La corrida goyesque a plus de 20 ans et elle est devenue, au fil des saisons et des artistes choisis, une référence culturelle quand on parle d’art et de toros. En France comme à l’étranger d’ailleurs !
Dans un amphithéâtre millénaire, avec un public ayant des envies d’art et désireux de voir des triomphes, cette course a pris son envol. Les plus grands artistes sont venus à laisser leur trace délébile sur le sable intemporel. Un moment à jamais fixés dans les têtes et les yeux de certains, quelques instants et images abandonnés à l’éternité d’un souvenir.
Les arènes sont quasi pleines, il fait chaud, beau, les gens sont là pour « kiffer ».
En 2026, c’est un Parisien qui bosse à Arles qui s’est occupé de la décoration de la piste et des burladeros. Une œuvre monumentale pour le trentenaire Arsène Welkin.
Habituellement, son œuvre prend forme à travers des natures mortes et des portraits, où des figures familières côtoient des êtres imaginaires, souvent imprégnés de traditions et de références historiques. La figure du torero constitue ainsi un motif récurrent dans son travail. Il aborde par cette occasion la tauromachie comme une métaphore du geste artistique.
Pour se souvenir, il faut se mêler à la fête et Juan Ortega a mis la jambe. Quelques heures avant le paseo, il était avec sa « base », ses admirateurs, pour une séance sociale qui a pu le mettre dans la bonne humeur. Le Sévillan de 36 ans a son public mais il est toujours bon de le rameuter avant un tel rendez-vous ! Juan Ortega fera montre de bonne volonté face à une peinture de toro. L’Espagnol ira avec le cœur, il nous donnera plus que d’habitude et fera voir quelques détails qui laissent imaginer une faena pleine de sa part. Avant d’en arriver à la muleta, c’est sans doute au capote qu’il fera la meilleure impression. La faena va a menos, le public veut l’oreille mais la pétition n’est pas majoritaire. Oreille de bienvenue et de lancement de course. Personne ne criera au scandale !
Avec son second de Jandilla (qui se casse la corne et qui sera remplacé par une pupille de Sorando Herranz), Juan Ortega montrera autre chose. Son toreo artistique mais classique et très assumé reprend le dessus. La lidia n’est pas terrible, les errances sont multiples. Le toro n’y met pas du sien, l’alchimie ne prend pas, la faena est plate mais, parfois, rehaussée d’un sublime détail. Peu, mais parfois. Les tendidos ne semblent pas voir, sont-ils ailleurs ? Les aficionados laissent passer l’affaire dans un silence de tribunal inquisiteur. Silence.
Andrés Roca Rey revient en terre arlésienne pour cette corrida goyesque. Une course qu’il apprécie, une ambiance qu’il aime et pour laquelle il lui arrive de se transcender. L’aficion attend cela de la part d’une figura del toreo, une locomotive de la tauromachie moderne. Un premier toro et une première oreille. On le sent affûté, décidé, la machine est en marche. Il tombe sur un bon toro du second fer de la maison, Vergahermosa, et s’implique totalement pour débuter et finir sa faena sur des notes spectaculairement sobres et sincères. On voit l’étendue de son talent qu’il déballe au vu et au su de tous. Les applaudissements sont là. Belle épée. Oreille.
Avec le cinquième de la tarde (qui aura droit à une vuelta à titre posthume) le Péruvien nous fera peur, très peur. Mais il coupera le rabo de son excellent toro de Jandilla, un certain Vicioso ! Un combat ? Un duel ? Oui, c’était presque parfait ! Voilà un toro bravo qui était noble, un coriace dans la charge qui savait être doux dans la muleta. Et on parle du toro… Roca Rey a, lui aussi, montré au public qu’il évoluait dans une dimension parallèle. Parlons à la première personne. De mémoire, je n’ai pas souvenir d’avoir vu un torero rester aussi longtemps suspendu à une corne, virevoltant dans le ciel assombri, balayant le sable comme un pantin. La corne se coince dans le chaleco du maestro qui ne peut rien faire d’autre qu’attendre que ses subalternes viennent l’en décrocher. Terrible vision. Heureusement, Roca Rey échappe au pire, reprend ses esprits et revient sur le ring. Son regard n’est pas hagard, non, il est machinal. Comme un commando qui va sur le terrain d’opération. Le Péruvien s’oublie, se livre, le toro aussi, l’émotion est là et cela suffit au plaisir de chacun. Toutes les passes sont déclinées avec goût mais le couteau entre les dents. Un régal. Juste parfait, merci. Rabo et vuelta al ruedo.
Marco Pérez est le troisième du cartel. Il est logique, pour les aficionados qui l’ont déjà vu, de le voir compléter ce cartel. Le jeune a tout à prouver, il a du caractère, il est bourré d’envie et de passion et il est dans une période où il doit montrer tout cela d’un coup pour rester au centre du ruedo et des attentions. Il n’attendra pas bien longtemps pour signifier qu’il est à la bonne place en coupant les deux oreilles de son Jandiilla qui fera lui aussi une vuelta al ruedo tout aussi méritée que celle de Vicioso. Jandilla aura sorti un sacré lot ! Cependant, qui dit bon toro, dit que les maestros doivent être à la hauteur et Marco Pérez s’est transcendé. De son premier pas en piste à son épée, rien à redire. Le jeune diestro a compris Arles et son public. Un coup les genoux à terre, un coup le toro dans le dos, un coup une naturelle sortie de nulle part, dix secondes plus tard un retour dans les cornes… Deux oreilles méritées et une belle vuelta al ruedo ! Ça commence à faire beaucoup de choses méritées pour une seule course… mais tant mieux !
Dernier Jandilla de la tarde et Marco Pérez se montrera à son avantage mais le toro sera moins inspiré que ses congénères. Sans jamais rompre, Marco Pérez à l’intelligence de savoir bricoler et ça lui plaît. Si ce toro ne lui donne pas pleine satisfaction, ne vous inquiétez pas, il fera en sorte que ça change. Il brinde son opposant à Andrés Roca Rey et met en route sa machine. Le « petit » se fait grand et son savoir, avec le toro, commence à plaire. Il voit les recours et les échappatoires. Belle démonstration de courage et de patience. Silence mais… On l’a vu bien !