Publié il y a 6 h - Mise à jour le 11.09.2026 - Julia Razil - 4 min  - vu 345 fois

FAIT DU JOUR Joachim Cadenas, triplé inédit

G.B.

Le raseteur retrouve la piste ce vendredi, pour une course camarguaise comptant pour le Trophée des As, avec en ligne de mire… une prochaine saison en habit de lumières ! Raseteur, torero, et désormais organisateur - il fait partie de ceux qui orchestrent la venue de Morante à Palavas le 10 octobre -, Joachim Cadenas cumule une triple casquette inédite dans le mundillo.

Ce vendredi 11 septembre, Joachim Cadenas fera son grand retour en piste après 45 jours de suspension. Le crochet lui a manqué, les taureaux aussi - et c'est peu dire qu'il a hâte d'y revenir. En attendant, il a profité de ce début de semaine pour filer à Madrid, chez le sastre, se faire tailler un nouvel habit de lumières. Un déplacement qui, à lui seul, résume assez bien le personnage : Joachim Cadenas n'a jamais eu peur de sortir des sentiers battus, et c'est précisément ce qui a fait de lui une figure à part dans l'univers taurin.

Raseteur vedette d'abord - il a décroché sa huitième Cocarde d'Or cette année -, torero ensuite, depuis ses débuts en novillada piquée au Mexique l’an dernier, et désormais organisateur de corridas, il enchaîne les casquettes avec une aisance qui pourrait presque paraître déroutante. C'est d'ailleurs lui qui, aux côtés de l'empresa Carlos Zúñiga, a signé le coup de maître de l'automne : le mano a mano Morante-Clemente, prévu le 10 octobre dans les arènes de Palavas. Un parcours qui semble tentaculaire de l'extérieur, mais pour Cadenas, la logique est limpide : tous les chemins mènent au taureau.

"Ça fait partie du destin"

"C'est une raison de vivre pour moi que d'être dans l'arène avec les taureaux, de raseter, de toréer", lance-t-il d'emblée, à la veille de son retour, quand on l'interroge sur son état d'esprit. Le raset et les taureaux lui ont, dit-il, "énormément manqué". Mais loin d'être vécue comme un simple manque, cette parenthèse forcée s'est transformée en une période riche de "moments de tauromachie inoubliables". "Cette suspension m'a peut-être évité un gros coup dur. Elle m'a aussi permis d'aller en Espagne plusieurs fois", explique-t-il, avant de résumer simplement : "Au final, je me dis que ça fait partie du destin."

Il y a quelques jours encore, à Aranjuez, "de grands taureaux et de grands toreros l'ont rempli d'émotions". En France aussi, il a multiplié les tientas et les toros en privé ces dernières semaines. De quoi nourrir, même à l'arrêt, sa passion intacte. Adepte du verre à moitié plein, Joachim Cadenas résume cette période avec un fatalisme serein : "Si ça devait arriver, c'est que ça devait arriver." Dont acte.

Reste que cette suspension a coûté cher à ses ambitions initiales. Son objectif pour la saison était le Grand Chelem - Cocarde d'Or, Palme d'Or, Trophée des As -, un triplé désormais hors de portée. Mais plutôt que de s'attarder sur ce qui lui échappe, Cadenas préfère retenir le soutien reçu dans l'épreuve : "C'est ce qui m'a donné l'envie d'aller chercher ce Trophée des As." Retentera-t-il le Grand Chelem l'an prochain ? Rien n'est moins sûr, prévient-il : "Je verrai l'année prochaine ce que me réserve mon état d'esprit, mon envie, et je prendrai les choses étape par étape."

La saison prochaine en habit de lumières

Cette prudence n'est sans doute pas étrangère aux projets qu'il mûrit déjà pour la saison 2027. L'hiver dernier, il l'avait passé dans le campo mexicain, et c'est là, le 6 décembre, dans les arènes d'un village du Yucatán, qu'il s'était habillé de lumières pour la première fois, à l'occasion d'une novillada piquée. Depuis plusieurs années, celui qui ambitionne de mener de front les deux carrières prépare le terrain pour intensifier ses allers-retours vers l'Espagne. "Cet hiver, je pars en Amérique du Sud, mais j'y resterai moins longtemps que l'année dernière. Je resterai plus de temps du côté de l'Espagne, à Salamanque et à Séville, pour apprendre à connaître tous les élevages de taureaux espagnols, être au milieu des professionnels les plus importants et apprendre le métier." L'objectif, lui, ne varie pas : "Oui, j'envisage la saison prochaine en habit de lumières en Espagne, puis après en France."

Une double identité qu'il ne perçoit jamais comme une contradiction. Pour lui, la tauromachie n'est pas un simple divertissement, mais un véritable art de vivre. "Le taureau, c'est un vrai culte, c'est quelque chose d'unique", résume-t-il. Une vision qui, chez lui, dépasse largement la frontière entre course camarguaise et corrida : dans ces deux disciplines, Cadenas retrouve les mêmes valeurs.

Organiser : "Une obligation de moyens"

C'est cette même logique qui l'a porté, presque malgré lui, vers l'organisation d'événements taurins. Un rôle qu'il n'avait pas cherché au départ, mais qui s'est imposé à lui comme une nécessité pour faire avancer les choses. "C'est surtout une obligation de moyens", explique-t-il.

À l'origine de l'événement du 10 octobre à Palavas, il y a d'abord eu un échange avec Vincent Ribera, ami et apoderado de Cadenas en course camarguaise, pour qui l'avenir des arènes de Palavas est évidemment une cause chère. Le déclic est venu d'ailleurs, par la voix de Manuel Benítez El Cordobès, parrain du fils de Ribera, qui a posé la question toute simple : pourquoi ne pas y organiser une corrida ? "Son aval a suffi à enclencher quelque chose", confie Joachim Cadenas. Dans la même période, en Espagne, l'Arlésien échange avec Carlos Zúñiga et Roman Perez, et l'idée prend forme : rouvrir les arènes de Palavas, avec Morante. Le projet se concrétise alors, porté par la proximité de Zúñiga avec le maestro de La Puebla. Et Joachim Cadenas ne cache pas la fierté qu'il tire d'apprendre aux côtés de professionnels d'un tel calibre.

Plus qu'une simple corrida, Cadenas voit dans ce mano a mano l'occasion de raconter une histoire de la tauromachie : "À travers des toreros comme Clemente et comme l'immense Morante de la Puebla, on peut donner une belle vitrine de notre tauromachie. Ce qui est important, c'est aussi de pouvoir laisser s'exprimer les toreros. Eux vivent du toro et de la tauromachie au quotidien, et ils ont des idées visionnaires pour la tauromachie. Je pense que c'est avec des acteurs comme ça que la tauromachie va vivre et va perdurer.

Dans ce rôle d'organisateur, Joachim Cadenas trouve finalement un nouveau moyen de faire bouger les lignes d'un système qu'il juge parfois trop figé. Reste à savoir s'il en a fait, un jour, une ambition à part entière. Sur ce point, il tempère : "Ça n'a jamais été un rêve pour moi de devenir organisateur…" Mais connaissant l'homme et ce qui l'anime, difficile d'imaginer qu'il en reste là. 

Infos : Vendredi 11 septembre, 17h, course camarguaise aux As, aux arènes d’Arles. Concours de manades. Raseteurs : Joachim Cadenas, François Martin, Vincent Marignan, Léandro Léal, Youssef El Mahboub, Quentin Ayme. Taureaux : Constantin (Cuillé), Poker (Fabre-Mailhan), Amiral (Lautier), Baron (Fournier et Fils), Doker (Méjanes), Amiral (Chauvet), Bajan (Laurent).

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Sud, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifsud.fr
Julia Razil

Actualités

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio