Publié il y a 1 h - Mise à jour le 16.09.2026 - Propos recueillis par CM et AS - 5 min  - vu 1528 fois

NÎMES Alliance LR-RN : les politiques gardois réagissent à l’interview de Jean-Paul Fournier

Jean-Paul Fournier

Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes

- Sacha Virga

Les déclarations de l’ancien maire de Nîmes dans Objectif Sud provoquent de nombreuses réactions dans le Gard. À droite, Laurent Burgoa, Richard Tibérino et Frédéric Touzellier prennent leurs distances. À gauche, Rémi Nicolas se dit « très déçu » et Fabrice Verdier dénonce « grandeur et décadence ». Au RN, Yoann Gillet estime que Jean-Paul Fournier parle « six mois trop tard ».

Il fallait s’y attendre. Les déclarations de Jean-Paul Fournier dans le nouveau numéro d’Objectif Sud, le magazine, disponible depuis ce mardi chez les marchands de journaux, commencent à faire réagir dans le paysage politique gardois. Et particulièrement à droite.

Laurent Burgoa, sénateur et secrétaire départemental des Républicains du Gard, tient d’abord à rappeler la position de sa famille politique : « Le bureau politique LR national est défavorable à tout accord LR/RN. Telle est ma position. »

Richard Tibérino, président démissionnaire des Républicains dans le Gard et compagnon de route historique de Jean-Paul Fournier à Nîmes, se dit lui aussi surpris par la sortie de l’ancien maire. « Je suis vraiment surpris par les propos de Jean-Paul Fournier, qui a toujours refusé un rapprochement avec le RN. Toutefois, j’ai toujours dit que le RN avait repris des thèmes du RPR que nous avons abandonnés lors de la création de l’UMP. Sauf sur le social et l’économie. » Une manière de nuancer son propos sans pour autant suivre Jean-Paul Fournier. Richard Tibérino tient d’ailleurs à préciser : « Ses propos n’engagent que lui… »

Même prise de distance chez Frédéric Touzellier. Le maire de Générac assume une autre ligne : « Jean-Paul Fournier pense ce qu’il veut. Moi, j’ai ma ligne. Celle d’une droite modérée, sociale, mais régalienne aussi. Aujourd’hui, je soutiens Laurent Burgoa aux élections sénatoriales de septembre. Pour la présidentielle 2027, ce sera sûrement le maire de Cannes David Lisnard. C’est le seul qui a la capacité de comprendre les problématiques des collectivités et du poids des normes. »

La surprise exprimée à droite s’explique aussi par la ligne défendue jusqu’ici par Jean-Paul Fournier. L’ancien maire de Nîmes avait notamment refusé le rapprochement avec le Rassemblement national défendu par Éric Ciotti en 2024.

Yoann Gillet : « Six mois trop tard »

Du côté du Rassemblement national, évidemment, la lecture est tout autre. Le député du Gard Yoann Gillet voit dans les déclarations de Jean-Paul Fournier la confirmation de la stratégie défendue par Julien Sanchez pendant les dernières élections municipales. Il rappelle que celui qui était alors candidat à Nîmes avait proposé un rapprochement avec la droite nîmoise avant le scrutin puis, selon lui, une nouvelle fois entre les deux tours. « La déclaration de Jean-Paul Fournier est inédite. Elle a le mérite d’exister mais elle vient six mois trop tard », réagit Yoann Gillet.

Le député RN met directement en cause Franck Proust et Laurent Burgoa, auxquels il reproche d'avoir refusé cette stratégie d'alliance. Il estime même qu'une intervention de Jean-Paul Fournier entre les deux tours aurait pu modifier l'issue de l'élection. Le second tour avait finalement vu Vincent Bouget l'emporter avec 40,97 % des voix, devant Julien Sanchez à 37,52 % et Franck Proust à 21,51 %.

« Aujourd’hui, cette déclaration qui arrive six mois trop tard n’est plus suffisante. Il faudrait plutôt appeler à soutenir Julien Sanchez et son équipe pour regagner Nîmes », poursuit Yoann Gillet. Le député considère également que, sans Jean-Paul Fournier, la droite LR nîmoise ne retrouvera plus la place qui était la sienne. Et il pose déjà la question d'une éventuelle nouvelle élection en évoquant le recours déposé par Julien Sanchez : « Que ferait cette droite si le recours en annulation de Julien Sanchez aboutissait à l’invalidation des élections municipales ? C’est ce qu’il serait intéressant de savoir. »

Yoann Gillet termine toutefois par un message directement adressé à l'ancien maire : « Je veux tout de même adresser un message amical à Jean-Paul Fournier et lui dire qu’avec ou sans alliance, nous ferons tout pour sortir le moment venu les communistes et faire en sorte que les Nîmois puissent de nouveau être fiers d’être Nîmois, comme il l’a fait en 2001. »

Avant de conclure : « Cela se fera derrière le RN et non derrière un de ses amis, tous coresponsables du gâchis de mars dernier. »

À gauche, Rémi Nicolas « très déçu »

À gauche aussi, les déclarations de Jean-Paul Fournier font vivement réagir. Rémi Nicolas, maire de Marguerittes et vice-président de Nîmes Métropole, ne cache ni sa surprise ni sa déception. « J’ai été très surpris parce que ce n’est véritablement pas un terrain sur lequel j’attendais Jean-Paul Fournier. Il avait jusqu’à présent une ligne assez claire concernant le RN. Je pensais qu’il incarnait encore cette droite qui ne franchissait pas le Rubicon. Manifestement, ce n’est plus le cas et c’est très décevant. »

Il poursuit : « Je suis très surpris et très déçu de voir qu’une frange de la droite nîmoise franchit désormais le pas vers le RN. Heureusement que d’autres n’ont pas suivi cette voie durant la campagne. Je pense notamment à Laurent Burgoa, mais aussi à Franck Proust, qui ont préféré rester fidèles à leurs valeurs plutôt que de privilégier un intérêt purement électoral. »

Fabrice Verdier, président du Pays d’Uzès et candidat sur la liste de Denis Bouad aux élections sénatoriales, choisit lui l’attaque frontale. « Grandeur et décadence… Jean-Paul Fournier finit décidément tristement sa carrière politique en faisant sauter la dernière digue, celle qu’il proclamait pourtant vouloir préserver le plus. »

Et Fabrice Verdier de profiter de l’occasion pour ramener le débat vers le scrutin du 27 septembre : « Face à cette dérive à droite et à cette tentation des extrêmes d’une partie des élus de droite, l’enjeu des élections sénatoriales est plus que jamais de voter utile et de voter Denis Bouad. »

Enfin, Julien Devèze, délégué départemental des Centristes dans le Gard, se dit lui aussi « très étonné » par les déclarations de Jean-Paul Fournier. « Je suis vraiment étonné de l’analyse de Jean-Paul Fournier, qui a combattu toute sa carrière le rapprochement avec le FN ou le RN. Il avait très bien compris qu’une alliance électorale ne peut pas être simplement une addition de voix : elle suppose de partager une ligne et une conception de l’action publique. » Pour le responsable centriste, les divergences restent trop importantes : « Il existe des différences fondamentales entre nos familles politiques et le Rassemblement national. Pour ne citer que deux exemples, nous croyons à la méritocratie et à la valeur travail, où chacun doit être jugé sur ce qu’il fait et ses compétences plutôt que sur sa seule nationalité. Nous croyons aussi qu’une politique responsable doit dire la vérité sur les contraintes du réel, notamment lorsqu’on promet un retour à la retraite à 60 ans. » Julien Devèze conteste surtout l’idée selon laquelle une alliance entre la droite et le RN conduirait mécaniquement à additionner leurs électorats : « Les électeurs ne sont la propriété de personne et leurs voix ne se transfèrent pas mécaniquement d’un candidat à un autre. » Et de conclure : « La question pour la droite et le centre n’est donc pas de chercher une addition d’appareils, mais de reconstruire une offre politique suffisamment claire, radicale, crédible et attractive pour rassembler elle-même une majorité de Nîmois. »

Une chose est sûre : six mois après avoir quitté l’hôtel de ville, Jean-Paul Fournier n’a rien perdu de sa capacité à faire réagir le petit monde politique gardois. Ses déclarations viennent surtout rouvrir une question qui traverse toujours la droite nîmoise et gardoise : celle de son rapport au Rassemblement national.

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Jean-Paul Fournier dans le nouveau numéro d’Objectif Sud, le magazine, disponible dès maintenant chez les marchands de journaux. Vous pouvez également vous abonner et recevoir Objectif Sud directement chez vous en cliquant ici.

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Coralie Mollaret

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