La paix sera au cœur des échanges dans plusieurs communes cévenoles du 19 au 23 septembre. Pendant cinq jours, le Festival pour la paix entend proposer des temps de réflexion, de rencontres et de sensibilisation autour des conflits, du droit international et de la place des citoyens face aux enjeux qui traversent aujourd’hui le monde.
Parmi les rendez-vous annoncés, deux temps forts se dérouleront à Cendras et à Alès. Le mardi 22 septembre, à 18h30, le théâtre de la Biosphéra accueillera la pièce 'Les mains propres', avec Jean Delval et René Vincendet, dans une mise en scène de Danièle Ricaillé. La représentation raconte la rencontre entre un ouvrier au chômage, marié et père de deux enfants, et le DRH d’une multinationale du secteur de l’armement. Une confrontation entre deux personnages qui permet d’aborder la question de l’industrie de l’armement et ses conséquences.
Le lendemain, mercredi 23 septembre à 18h30, direction la salle du Capitole à Alès pour une conférence intitulée « Droit international : crise des normes ou crise des volontés ? ». Pour l’occasion, les organisateurs ont invité Farah Safi, professeure de droit à l'université Clermont-Auvergne, agrégée de droit privé et spécialiste notamment du droit pénal international. Elle est également vice-présidente de JURI, une association de juristes engagés pour le respect du droit international.
« Voir quel rôle peut encore jouer le droit international »
À quelques jours de sa venue à Alès, Farah Safi nous explique vouloir profiter de cette rencontre pour questionner la place du droit international dans un contexte marqué par de nombreux conflits. « L’idée est de questionner un tout petit peu le rôle du droit international aujourd’hui, notamment face à certaines atrocités auxquelles on assiste dans le monde, que ce soit en Ukraine ou encore, et peut-être surtout, à Gaza et au Liban », souligne-t-elle.
Pour la juriste, la question dépasse largement le seul cadre des spécialistes du droit. Les conventions internationales, le droit humanitaire et les mécanismes judiciaires ont été construits au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec l'objectif de fixer des règles communes et de prévenir la répétition de certaines atrocités.
Mais leur existence ne garantit pas nécessairement leur application. C’est précisément cette différence entre les normes et leur effectivité que Farah Safi souhaite mettre en débat à Alès. « Même si aujourd’hui, malgré le fait que le droit existe et que les règles existent, on ne voit pas une effectivité directe, il faut quand même rester accroché au droit », estime-t-elle. Selon elle, le droit international demeure « notre seul porte de secours », alors que les rapports de force entre États peuvent parfois prendre le dessus sur les règles établies.
Une association de juristes née après le 7 octobre
Farah Safi viendra également présenter le travail de JURI, association créée après les attentats du 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi au Proche-Orient. Elle rassemble des juristes, parmi lesquels des professeurs de droit international et de droit humanitaire, des avocats, magistrats, procureurs, maîtres de conférences ou encore doctorants.
L'association entend notamment apporter un éclairage juridique aux débats publics sur les conflits et rappeler les obligations qui découlent du droit international. « Nous, juristes, on s'est dit qu'en fait, on ne peut pas laisser cette parole du droit être galvaudée », explique Farah Safi.
JURI veut mener également des actions judiciaires et publie des tribunes dans différents journaux, afin de questionner les responsabilités des États et des institutions européennes. La situation à Gaza occupe notamment une place importante dans ses travaux.
La conférence alésienne sera donc l'occasion de revenir sur ces questions, mais aussi de permettre au public d'interroger directement la juriste. « Ce que j'attends, c'est d'abord avoir un public à l'écoute », confie Farah Safi, qui souhaite également répondre aux questions des participants.
« Nous sommes tous concernés »
Pour la juriste, le droit international ne concerne pas uniquement les gouvernements, les diplomates ou les spécialistes. « Quand il y a des crimes très graves qui sont des crimes internationaux, donc génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre, même s'ils n'ont pas lieu sur notre territoire, nous sommes tous concernés », considère-t-elle.
Elle estime également que les citoyens peuvent avoir un rôle à jouer pour rappeler aux responsables politiques leurs obligations internationales. « On demande juste le respect du droit », résume-t-elle.
Un message qui rejoint la philosophie du Festival pour la paix, dont les bénéfices seront reversés à Mayors for Peace et au Mouvement de la paix. À leurs côtés, plusieurs associations locales participent à l'organisation de ces cinq journées.
Et malgré les difficultés et les conflits qui persistent à travers le monde, Farah Safi revendique une forme d'espoir : « Il faut vivre toujours avec l'espoir. » Pour elle, l'alternative reste de s'engager, de faire vivre le droit et de refuser l'indifférence.
En résumé
Festival pour la Paix des communes cévenoles, du 19 au 23 septembre. Conférence de Farah Safi, « Droit international : crise des normes ou crise des volontés ? », mercredi 23 septembre à 18h30, salle du Capitole à Alès. Entrée libre.