Publié il y a 18 h - Mise à jour le 09.09.2026 - Amélia Arfi - 6 min  - vu 192 fois

SAINT-ÉTIENNE-DES-SORTS Déchetterie, extension de carrière… Rouméas défend ses projets

Entreprise Rouméas septembre 2026

Éric Pottier, responsable de la carrière, et Anthony Rouméas, président de l’entreprise, défendent leur projet d’extension.

- Amélia Arfi

Dimanche 13 septembre, les électeurs de Saint-Étienne-des-Sorts sont appelés à se prononcer séparément sur deux projets portés par l’entreprise Rouméas : l’extension de sa carrière et la création d’une déchetterie destinée aux professionnels.

La carrière Rouméas est aujourd’hui « au point mort », déplore son président, Anthony Rouméas. Implantée à Saint-Étienne-des-Sorts et exploitée depuis près de cinquante ans, elle couvre actuellement six hectares. L’entreprise porte un projet d’extension sur un périmètre d’étude de 25 hectares, ainsi que la création d’une déchetterie destinée aux professionnels. « Aujourd’hui, les informations viennent de rumeurs », estime Éric Pottier, responsable du site. De son côté, Bernard Seu, candidat aux municipales de 2020, affirme que 38 des 40 participants à la réunion publique du 8 juillet étaient hostiles au projet. À la tête du collectif d’opposition constitué cet été, il prévient : « On ne se laissera pas mettre une extension. »

À quelques jours de la consultation citoyenne du dimanche 13 septembre, les dirigeants souhaitent « remettre les faits au centre du débat ». Ils organisent des portes ouvertes vendredi 11 septembre, de 14 h 30 à 18 h 30, et samedi 12 septembre, de 9 à 12 heures. Au programme : visites de la carrière et échanges avec les responsables.

« S’il n’y a pas d’extension, il n’y a plus de possibilité de continuer. »

Pour Anthony Rouméas, l’avenir de l’exploitation est en jeu : « S’il n’y a pas d’extension, il n’y a plus de possibilité de continuer. » L’autorisation préfectorale actuelle court jusqu’en 2028. « Nous avons pris du retard dans l’exploitation […] Nous n’avons malheureusement pas terminé l’exploitation ni pu réaménager la carrière comme prévu », reconnaît-il. L’entreprise souhaite anticiper cette échéance. Mais le zonage agricole des terrains concernés impose une modification du plan local d’urbanisme (PLU). Sur ce point, le maire, Stéphane Marcellin, fixe une condition : « Si les Stéphanois disent non, on ne modifiera pas le PLU. »

extension de la carrière
La carrière couvre environ six hectares, avec une extension à l’étude pouvant atteindre 25 hectares supplémentaires. • Amélia Arfi

Les 25 hectares constituent, à ce stade, un périmètre d’étude susceptible d’être réduit selon les conclusions des études environnementales. L’objectif, assure la direction, est de prolonger la durée de vie de la carrière et de sécuriser une ressource locale, sans augmenter la production annuelle. « C’est la ressource primaire de notre activité », insiste Anthony Rouméas, qui veut conserver son « atout local » face aux grands groupes nationaux.

Quel avenir pour les terres viticoles ?

La réduction des surfaces agricoles concentre une partie des inquiétudes. Le président rappelle que l’exploitation s’étalerait sur environ trente ans, avec une remise en état progressive. « Les surfaces ne vont pas disparaître du jour au lendemain », souligne-t-il. Certaines parcelles pourraient rester cultivées pendant dix, quinze, voire vingt ans ou davantage.

Selon le cellier des Mariniers, l’exploitation d’une vingtaine d’hectares pourrait fragiliser deux emplois. En réponse, la direction propose de maintenir les parcelles en culture jusqu’à leur utilisation effective et de préserver ou d’adapter l’irrigation avec l’ASA (Associations syndicales autorisées). Des compensations seraient également étudiées avec les viticulteurs, la Chambre d’agriculture et la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural). L’entreprise souligne, de son côté, qu’une cessation d’activité menacerait immédiatement les cinq emplois de la carrière.

Trafic, poussières et bruit au cœur des préoccupations

Autres sujets sensibles : la circulation des camions, les nuisances sonores, les poussières, les risques de fissures et la fragilité de la digue. Anthony Rouméas assure que le projet n’augmenterait ni la production annuelle ni le trafic dans le village. « Seuls quatre à cinq camions traversent la commune par jour », indique-t-il, précisant que « 80 % de nos camions partent vers le nord ». Bernard Seu, lui,  reste sceptique : il craint que l’extension entraîne une hausse de la production et, avec elle, davantage de poids lourds. « Si les camions bouffent la moitié du trafic, c’est la mort du village dans les cinquante prochaines années », prévient-il

Concernant la digue, l’entreprise conteste sa responsabilité et réclame une réponse « technique et documentée », fondée sur une étude indépendante dont les conclusions seraient rendues publiques. Éric Pottier dit également « comprendre les inquiétudes » liées aux tirs de mines qui, selon les habitants, provoqueraient des fissures dans les maisons. Il assure néanmoins que les vibrations mesurées restent sous les limites autorisées : « On n’a jamais dépassé le seuil. Il y a un capteur pour le mesurer, et nous sommes trois fois en dessous du seuil de tolérance. » La direction affirme aussi respecter les seuils réglementaires concernant les poussières et le bruit.

Une déchetterie sans amiante ni produits dangereux

Rouméas : déchèterie septembre 2026
Si le projet est accepté, ce terrain accueillera une déchetterie destinée aux professionnels. • Amélia Arfi

La future déchetterie suscite elle aussi des réticences. « Une déchetterie, ce n’est pas valorisant », rapporte Stéphane Marcellin. Anthony Rouméas défend pour sa part un équipement de proximité pour les professionnels. « Il n’y en a qu’une à Tresques », assure-t-il, estimant que les déplacements nécessaires pour déposer leurs déchets sont trop importants. « Il faut recréer le maillage, c'est préconisé par l'État et toutes les collectivités », plaide-t-il.

À la suite des échanges avec les habitants, l’accueil d’amiante et de produits dangereux a été retiré du projet. La direction entend également privilégier le recyclage pour limiter l’enfouissement. Les électeurs pourront se prononcer séparément sur la déchetterie et sur l’extension de la carrière, dimanche 13 septembre, en mairie. La municipalité a choisi de recueillir cet avis avant de prendre position.

La réponse du collectif Stéphanois contre l'extention de la carrière et la création d'une déchetterie professionnelle privée.

Nous sommes choqués par tout le mal que se donne la société Roumeas pour influencer un vote citoyen voulu par le maire et son conseil municipal, qui est souverain en la matière. Une campagne sans précédent est menée par cette entreprise : réseaux sociaux, visite du site, tracts dans les boîtes aux lettres, conférence de presse, sans parler des appels téléphoniques à notre maire pour lui demander d’annuler ou de reculer le vote du dimanche 13 septembre ; le maire pourra en attester.

Dans n’importe quelle autre situation, ces procédés seraient qualifiés d’ingérence d’une société privée dans un processus démocratique ; chacun se forgera sa conviction.

Sur le fond, le collectif contre l’extension de la carrière et la création d’une déchetterie professionnelle privée ne mène pas un combat contre telle ou telle société.  

Le collectif ne s’oppose ni à une entreprise ni à des élus… Il oppose deux visions de l’avenir : celle où tout peut être vendu et exploité au nom du profit… 

Et celle où certains biens sont inestimables parce qu’ils constituent un héritage pour les générations futures que nous devons préserver.

À l’heure où le réchauffement climatique se fait plus pressant, où la biodiversité est malmenée, où le consumérisme est sérieusement remis en question, le premier choix serait suicidaire.

La société Rouméas pense que nous serions mal informés ou pas à même de comprendre ce qu’impliquerait un tel projet ; elle se trompe. La grande majorité des Stéphanoises et des Stéphanois ont bien compris, et c’est même pour cela qu’ils sont contre.

Le collectif tient à remercier monsieur Stéphane Marcellin, maire du village, et l’ensemble des élus qui, contre vents et marées, ont initié et organisé cette consultation dont le résultat sera respecté. Cela s’appelle tout simplement la démocratie, certains ont tendance à l’oublier.

Nous savons que ce vote ne sera pas la fin, car les enjeux financiers sont très importants. Mais nous sommes déterminés et nous nous constituerons en association afin de mener d’éventuelles batailles juridiques pour lesquelles nous sommes prêts.

Nous soutiendrons dans un même élan nos élus qui ont eu le courage de faire le choix d’en appeler aux habitants, ce qui est remarquable dans un contexte national de défiance globale ; cela les honore.

Le maire nous a avoué qu’il avait eu à subir quelques pressions « amicales » de certains politiques, mais qu’il est prêt à assumer, surtout pour défendre la volonté des Stéphanoises et des Stéphanois dont il est le garant.

Le collectif ne commentera pas les affirmations plus incroyables les unes que les autres émises par la société exploitante dans un document établi par une intelligence artificielle ; nous nous bornerons à rappeler un bon vieil adage bien populaire :  

« Les promesses n’engagent que ceux qui les croient. »

Nous pouvons vous dire aussi que la cave coopérative de Saint-Étienne-des-Sorts « Cellier des Mariniers » apportera incessamment un démenti officiel aux affirmations de la société Rouméas sur la fragilisation de deux de leurs emplois. Affirmations qui ont inquiété les personnes concernées ; et là, c’est de l’humain, pas de l’IA.

D’autre part, nous avons un courrier officiel du Syndicat des Côtes du Rhône apportant un soutien aux viticulteurs membres du collectif ou non, qui seraient impactés, en se déterminant aussi clairement contre ce projet pour des raisons évidentes d’image qui nuiraient à l’ensemble de l’appellation Chusclan. Un communiqué sera fait par cet organisme à ce sujet rapidement.

Nous ne souhaitions pas être obligés de communiquer pour rétablir notre vérité basée sur des faits ; nous ne pensions pas non plus être poussés à faire face à autant de moyens mis en œuvre afin de faire passer en force un projet que la grande majorité des Stéphanois rejette.  

C’est l’histoire du pot de terre contre le pot de fer, mais justement, à cette terre nous sommes attachés, nous la défendons et continuerons de le faire.

Pour rappel, en plein mois d’août, nous avons obtenu 263 signatures contre ce projet.  

Le vote de dimanche sera déterminant pour notre village, nos enfants, notre cadre de vie pour des décennies.

Alors, chers amis Stéphanois, venez vous exprimer dimanche 13 septembre, en espérant que la démocratie sortira grandie à moins qu’elle soit bafouée mais nous n’y croyons pas.

 

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