L'école datait "du tout début du XXᵉ siècle, évalue la maire Laurence Bultez-Cadet, élue lors des dernières élections municipales. Elle est venue avec l'école laïque..." Dans la cour, une séparation était prévue entre filles et garçons. "Auparavant, il y avait des écoles privées et religieuses, dans les hameaux. Mais elles n'étaient que pour les garçons." Ce sujet, la maire et son adjointe, Karine Frostin, l'explorent en préparation d'un bulletin municipal sur l'histoire de l'école. Car, pour l'instant, elle s'écrit au passé. L'école n'a pas ouvert en cette rentrée 2026.
"On a des craintes depuis au moins 30 ans", rembobine la maire. On se souvient, notamment, d'inscriptions anticipées d'enfants à quatre ans parce que l'école était déjà menacée de fermeture. "Mais il y avait 20 élèves à l'époque, les effectifs ont toujours fluctué, se souvient Karine Frostin, avec des années où ils sont descendus très bas. Ce qui a changé, ce sont surtout les exigences de l'Éducation nationale. Il y a une volonté d'avoir moins d'écoles." Même si les deux élues comprennent la difficulté, pour un enseignant, d'animer une classe unique avec seulement un élève par niveau ; ou, pour les élèves, le manque d'émulation entre camarades de classe. Avec la fermeture de l'école, le restaurant des Amis, qui était chargé d'assurer la cantine, perd aussi de l'argent, mais gagne un peu de choix dans ses jours de repos...
"On s'est donné deux ou trois ans pour tenter de la faire revivre"
Pour les deux élues aujaquoises, le problème d'effectif provient aussi de l'assouplissement de la carte scolaire, décidé sous Nicolas Sarkozy. "Aujourd'hui, la carte est ouverte et tout le monde regarde son intérêt. Les parents qui travaillent à Bessèges préfèrent laisser leurs enfants là-bas... Auparavant, aucun maire ne donnait une dérogation", se souvient Laurence Bultez-Cadet. Cette fois-ci, les enfants promis à Aujac sont donc partis à Bessèges, Villefort, Génolhac ou Vielvic (commune de Saint-André-Capcèze). Les trois derniers élèves inscrits ont choisi Génolhac, pour deux d'entre eux, et Bessèges pour le dernier. Côté transports, "pour les enfants qui vont en Lozère, ils doivent se débrouiller (pour Vielvic et Villefort, NDLR). Vers Bessèges et Génolhac, les transports sont déjà en place."
"Officiellement, l'école est mise en sommeil, précise Laurence Bultez-Cadet. L'Éducation nationale nous a enlevé le poste. Mais ce n'est pas fini, on s'est donné deux ou trois ans pour tenter de la faire revivre." Karine Frostin détaille : "On est arrivés à la mairie fin mars sur cet état de fait. Il y a des pistes qu'on voulait travailler mais il était déjà trop tard." La municipalité se demande, notamment, si la mise en place d'une garderie ne pourrait pas faire changer d'avis les parents du village qui ont choisi de mettre leur enfant dans une école proche de leur lieu de travail.
"Mais il y a aussi une réalité financière, anticipe Laurence Bultez-Cadet : une garderie, ça signifie un poste et la mise en place d'une politique d'ouverture à des nouveaux arrivants, alors qu'on est dans une dynamique de perte de population. Mais on veut renverser la vapeur." La municipalité espère notamment réussir à développer une offre locative, alors que le village compte un peu plus d'un tiers de résidences secondaires, auxquelles il faut ajouter des gîtes. "Dans l'équipe municipale, on a un architecte urbaniste qui travaille sur les bâtiments communaux. On verra ce qu'il sera possible de faire. On espère, aussi, convaincre ceux qui louent en saison de louer à l'année à des familles", projette Laurence Bultez-Cadet.
La commune doit refaire le point avec la nouvelle inspectrice d'académie en octobre. Alors que la politique que souhaite insuffler la nouvelle municipalité prendra du temps avant d'être suivie d'effets. "Fin mai, on avait organisé une réunion publique sur l'école, elle n'a pas eu un grand succès...", se désole la maire, qui a compté les personnes intéressées sur les doigts d'une main. "Pour l'instant, on ne touche pas à l'école, poursuit Laurence Bultez-Cadet. Elle est fonctionnelle et peut servir comme maison pour les associations." Mais les chaises d'écoliers risquent bien de rester longtemps retournées sur leur table, face à un tableau numérique vide d'images.
Soudorgues s'inquiète, Camprieu se rassure
Plusieurs villages cévenols s'inquiètent de ce que pourrait devenir leur école, faute d'élèves en nombre suffisant, de possibilité d'installation de jeunes couples et de baisse globale de la natalité. C'est le cas à Soudorgues. "Macron avait dit qu'il n'y aurait pas de fermeture d'école en milieu rural, sourit le nouveau maire, Pascal Grevoul. Mais ce mardi, on fait une rentrée avec dix élèves, on en avait quinze l'an dernier. Selon le Dasen (directeur académique des services de l'Éducation nationale), la classe est maintenue pour cette année." Mais le maire est préoccupé pour l'année prochaine.
"J'envisage de rencontrer mon homologue de Lasalle (Thierry Schweda, NDLR). Eux risquent de perdre une classe. J'espère le rencontrer en novembre ou décembre pour qu'on parle peut-être d'un futur RPI... ? (regroupement pédagogique intercommunal, NDLR). Mais on nage un peu dans l'inconnu", constate Pascal Grevoul.
Alors que la fermeture menaçait à Saint-Sauveur-Camprieu, au printemps 2025 (relire ici), la commune montagnarde semble, au contraire, tirer son épingle du jeu. "On a vingt élèves, un peu plus que l'an dernier, recense le nouveau maire François Romazzotti. Qui couvrent tous les niveaux." Une seule professeure est chargée de ce public hétéroclite. "Des petits vont naître, l'effectif devrait se stabiliser", se satisfait François Romazzotti. Ce nouvel élan incite même la commune "à donner quelques heures de soutien scolaire en plus, le matin".