Pour comprendre le Mas d'Eyrolles, il faut remonter au début du XIIIᵉ siècle. Le site apparaît dans les textes sous de multiples noms au fil des époques : Ayrolae en 1226, Airolae en 1254, Ecclesia de Ayrolis en 1314, Mas d'Ayrolae en 1547, Saint-Adoryte d'Eyrolles en 1553. Autrefois prieuré simple tonsure du diocèse et du doyenné d'Uzès, il relevait du bénéfice de l'évêque d'Uzès, dont le titre était Saint Théodorit. Au début du XVIIIᵉ siècle, ce prieuré est uni au séminaire d'Uzès.
L'histoire du domaine est intimement liée aux grandes turbulences de son époque. L'église d'Uzès récupère ces terres le 6 mars 1214 en réparation de dommages causés par Simon de Montfort, comte de Toulouse. Cette donation est confirmée en octobre 1226 par Louis VIII à Pamiers, puis en juillet 1254 à Nîmes par un diplôme de Saint Louis. En 1314, l'état de pauvreté du prieuré est tel qu'il ne peut payer le droit de procuration de l'archevêque de Narbonne et qu'il est dit "non visitable", non est visitabilis. Un détail qui dit beaucoup sur la fragilité de ce lieu à certaines périodes de son histoire. Ces informations ont été reconstituées grâce au travail d'un voisin de Lionel, passionné d'histoire, malheureusement décédé il y a environ un an et demi, qui avait réalisé des recherches approfondies dans les archives du Gard à Nîmes et publié un livre recensant les lieux remarquables de la commune de Sainte-Anastasie.
Un site traversé par les siècles
Le Mas d'Eyrolles a connu de nombreuses vies. D'abord prieuré servant de point de frontière entre le comté de Toulouse et le duché d'Uzès, il est progressivement transformé en lieu agricole par les prêtres qui y développent cultures en terrasses et élevage. À la Révolution, comme beaucoup de lieux religieux, il est saccagé et tombe en désuétude, avant de servir un temps de lieu de prière clandestin. En 1793, le Directoire y effectue des arrestations, soupçonnant un rassemblement de contre-révolutionnaires. Les habitants des villages alentours se souviennent encore de l'avoir fréquenté comme lieu de promenade et de pique-nique, alors qu'il n'était plus qu'une ruine.
C'est finalement l'ancien propriétaire du mas voisin qui commence à reprendre les lieux, en utilisant d'abord la partie aujourd'hui dédiée aux gîtes comme bergerie et porcherie. Puis en 1984, un nouveau propriétaire tombe à son tour sous le charme du site et entreprend de réhabiliter structurellement l'ensemble, allant jusqu'à créer un gîte équestre qui accueillera jusqu'à trente chevaux. Le Mas d'Eyrolles retrouve alors une activité, mais le temps passe et les lieux vieillissent à nouveau.
Un domaine sauvé par un coup de cœur
C'est en été 2023 que Lionel Gies et son mari découvrent le Mas d'Eyrolles, lors d'une visite organisée presque par hasard. Parisiens depuis quinze ans, ils cherchaient à quitter la vie de bureau pour revenir dans le Sud. Une seule annonce sélectionnée, un coup de cœur immédiat en arrivant à l'entrée du domaine. "D'un côté la plaine d'Uzès, de l'autre la garrigue de Nîmes, on s'est dit, c'est ici", se souvient Lionel Gies. Ils achètent à l'automne 2023.
Le bâti récupéré est solide, réhabilité structurellement dans les années 1980, mais daté. "C'était dans les années 80-90 qu'ils avaient fait ça, donc après 30 à 40 ans, il fallait lui donner un coup de jeune", explique Lionel Gies. Façades, toitures, électricité, plomberie, intérieurs, tout est repris. Les travaux durent un an et demi, tout au long de l'année 2024. C'est principalement Lionel Gilles qui mène le projet au quotidien, tandis que son mari, dont le travail s'effectue entièrement à distance, assure la stabilité financière de la famille pendant la transition. "Seul c'est un gros projet, ce n'est pas évident, mais on l'a vraiment fait à deux, en équipe."
Une nouvelle vie ouverte sur le territoire
En 2025, le Mas d'Eyrolles ouvre pour sa première saison avec six gîtes pour deux personnes. L'idée d'un lieu intimiste, pensé pour les couples, les duos parents-enfants ou les paires d'amis, s'est imposée naturellement. Cette deuxième saison qui s'achève a accueilli une cinquantaine de couples, venus de France mais aussi de Belgique, des Pays-Bas, d'Allemagne ou d'Angleterre. Le domaine de trois hectares et demi, classé aux Bâtiments de France en raison de sa proximité avec les gorges du Gardon, abrite par ailleurs un écosystème protégé, avec des espèces d'oiseaux rares régulièrement recensées par la Maison des gorges du Gardon, située à Russan. "On est classés dans la réserve de biosphères de l'UNESCO", précise Lionel Gilles.
Les projets ne s'arrêtent pas là. Au-delà de l'hébergement, Lionel Gies souhaite ouvrir le Mas d'Eyrolles à des événements privés et publics, des mariages intimistes aux fêtes de village, en lien avec la municipalité de Sainte-Anastasie. Les Journées du patrimoine pourraient également être l'occasion d'ouvrir les portes de ce lieu à un public plus large, huit cents ans après sa fondation.