Dans un contexte géopolitique bouleversé, la question de l’indépendance énergétique revient au premier plan. "Le vrai sujet, c’est : avons-nous une capacité à être indépendants ?", a lancé Carole Delga au forum de Laudun-l’Ardoise, devant les acteurs économiques du Gard rhodanien.
L’enjeu résonne particulièrement sur ce territoire, façonné par près de 70 ans d’histoire nucléaire autour de Marcoule. Grands opérateurs, sous-traitants, ingénierie, recherche et PME (petite ou moyenne entreprise) y ont constitué un écosystème de près de 160 entreprises, faisant du Gard rhodanien le deuxième pôle industriel d’Occitanie.
Pour la présidente de la région, cette base doit permettre à la France et à l’Europe de renforcer leur capacité à produire leur propre énergie. "Nous devons absolument retrouver cette indépendance et cette combativité", a-t-elle insisté.
Former pour répondre aux besoins
Cette ambition industrielle se heurte toutefois à un défi immédiat : celui des compétences. Entre les départs à la retraite, les besoins de recrutement et l’évolution des métiers, la formation devient un enjeu central. "La question de la formation initiale et continue est essentielle", souligne Carole Delga. L’urgence est d’autant plus forte que, dans certains métiers du nucléaire, plusieurs années sont nécessaires pour maîtriser les savoir-faire.
Chaque départ à la retraite représente ainsi un risque de perte de compétences pour la filière. Il faut donc anticiper la transmission des connaissances tout en formant une nouvelle génération de professionnels. Mais former ne suffira pas : les entreprises devront aussi parvenir à fidéliser leurs salariés. La Région entend ainsi accompagner les entreprises sur l’ensemble de ces enjeux, de la formation à l’innovation, en passant par l’investissement.
L’attractivité passe aussi par la mobilité
Conserver les compétences suppose également de permettre aux salariés de rejoindre facilement leur lieu de travail et de s’installer durablement sur le territoire. La mobilité apparaît ainsi comme le prolongement direct des enjeux de recrutement. Carole Delga a évoqué le développement de l’offre ferroviaire sur la rive droite du Rhône ainsi que la réouverture envisagée de la gare de Villeneuve-lès-Avignon en 2027. Un calendrier qui reste cependant soumis aux travaux de la SNCF et aux prochains arbitrages financiers. "Pour être attractif, il faut avoir une offre", a-t-elle défendu.
Au-delà des transports, salaires, logements, services, qualité de vie et perspectives professionnelles pèseront aussi dans la capacité des entreprises à attirer puis à retenir leurs salariés. "Nous avons besoin d’être de nouveau un pays producteur", martèle Carole Delga. Dans le Gard rhodanien, cette ambition reposera autant sur le développement des projets industriels que sur la capacité du territoire à former, attirer et fidéliser les compétences.
L'eau en problématique fleuve et transversale du territoire
Tout ceci ne sera possible qu'à condition que les habitants du Gard rhodanien soient correctement alimentés. En nourriture comme en eau potable. D'autant plus que les deux sont liés. "Les Pyrénées-Orientales n’ont pas vu une goutte d’eau en deux ans et demi", rappelle Carole Delga, soulignant l’urgence d’une gestion durable de cette ressource, de plus en plus rare et manquante.
Cédric Clemente, vice-président de l’Agglomération du Gard rhodanien délégué à l’Agriculture, à l’Alimentation et à la Forêt, alerte : "Les exploitants se battent pour survivre." La question de l’eau est transversale, touchant aussi bien le tourisme, la prévention des incendies, que l’ouverture des territoires : "On ne peut pas traiter agriculture et forêt séparément. Il faut investir, penser aux générations futures", insiste-t-il. Pour Carole Delga, il est crucial de développer une "culture citoyenne sur l’eau", ce "bien rare et précieux". Elle propose de mieux développer le maillage des réseaux, d’assouplir la réglementation et de mieux réutiliser l’eau. La présidente de région ambitionne de faire de l'Occitanie "une région expérimentale sur l’exploitation de l’eau". Un des objectifs est de retrouver une indépendance alimentaire.
Pour l’Association des porteurs d’eau, il ne faut plus porter un projet agricole, mais "un projet de territoire." Il faut alors retrouver une agriculture qui s’adapte, se réinvente, et s’inspire des pratiques passées et des voisins : "Notre région méditerranéenne peut encaisser une sécheresse, même importante. Mais il ne s’agit plus de sécheresse, ce sont désormais des canicules." Un discours qui résonne d’autant plus à quelques mètres du camp de César, fermé pendant l’été en raison des risques d’incendie. "Une terre cultivée est le meilleur pare-feu face à la propagation des incendies. Une terre en friche est la pire allumette", rappelle Carole Delga.
Un schéma directeur pour anticiper les besoins futurs
Pour répondre à ces défis, un schéma directeur d’eau brute et d’irrigation, porté par l’Agglomération du Gard rhodanien et le Pôle d’équilibre territorial et rural Uzège-Pont du Gard, concernant 180 000 habitants sur 105 communes, de Pont-Saint-Esprit à l’Uzège, est en cours de développement. Les besoins sont estimés à 40 millions de mètres cubes d’eau supplémentaires par an en 2050.
Philippe Cavalier, vice-président de la Chambre de l’Agriculture, souligne une opportunité : "Le Rhône charrie 55 milliards de mètres cubes qui se jettent dans la mer chaque année. Ça nous laisse de la marge." Mais pour Denis Bouad, la clé réside dans la collaboration : "L’ONF, les propriétaires forestiers, les collectivités… Tous ont de bonnes idées, mais chacun travaille en silo. Il faut jouer ensemble, sinon on a un handicap."
Carole Delga conclut avec fermeté : "Si nous ne sommes pas à la tête des installations nationales, personne à Paris ne pensera à nous. Nous n’aurons pas les financements." Un appel à l’action pour ne pas rater le train, une fois de plus.