"Acceptez-vous de participer à ce pari fou ?" Dans deux courriers adressés à Carole Delga, présidente de la région Occitanie, et à Christophe Serre, président de l'Agglomération du Gard rhodanien, le comité de défense des habitants du hameau de L’Ardoise exprime son opposition au projet industriel de MGH Energy. Risques d’accident industriel, proximité des maisons, inondabilité du terrain, pollution des sols, crainte d’une dévalorisation des logements et incertitudes sur le financement : l’association multiplie les inquiétudes et demande que la sécurité des riverains soit entendue, à défaut d'être, selon eux, assurée.
La lettre destinée à la présidente de la région Occitanie expose les inquiétudes du comité. Dans le même temps, un courrier accompagné d’une copie de cette lettre a été envoyé à Christophe Serre. "Nous voulons ainsi attirer votre attention sur l’inquiétude créée auprès de notre population par l’installation de la société MGH Energy sur notre hameau", lui écrit l’association.
Des maisons "à moins de 25 mètres"
Présentée dans le courrier comme une filiale du groupe familial Soper, détenue par Jean-Michel Germa, MGH Energy porte un projet de production d’hydrogène et de carburants de synthèse sur l’ancienne friche sidérurgique. L’investissement est estimé à environ un milliard d’euros, selon le comité. Pour ce dernier, le choix du lieu pose d’abord problème : "Ce site présente trois contraintes majeures que tout le monde tente d’ignorer", affirme-t-il. L’association décrit un terrain inondable, recouvert, selon elle, d’un mètre d’eau lors de la crue du Rhône en 2003. Elle signale également une pollution héritée de plus de cinquante ans de sidérurgie, avec notamment la présence de chrome 6.
À ces deux préoccupations s’ajoute la proximité des habitations. Le comité évoque des maisons "à moins de 25 mètres de la limite de propriété", avant d’insister : "Des maisons avec des gens qui y vivent !" Depuis la fermeture de l’usine en 2004, rappelle l’association, le quartier a changé. Des retraités et de jeunes couples ont acheté les anciennes maisons ouvrières avec jardin. Ils craignent aujourd’hui pour leur tranquillité, la valeur de leur logement et, surtout, leur sécurité. À noter que la zone est marquée depuis toujours par son côté industriel, Marcoule étant le site industriel le plus ancien de France, créé en 1955 par le Commissariat à l'énergie atomique (CEA)
La crainte d’un accident industriel : "Qui sera alors responsable ?"
"C’est un coup de tonnerre", écrit le comité à propos du choix de MGH Energy. Au centre de ses inquiétudes figure le classement Seveso et la possibilité d’une évolution du seuil bas vers le seuil haut. Ces deux niveaux dépendent de la nature et des quantités de produits dangereux présents sur le site : le seuil bas impose déjà des mesures de sécurité, tandis que le seuil haut correspond à des quantités plus importantes et exige des précautions renforcées. "Comment peut-on, en 2026, installer en zone urbaine une industrie classée aujourd’hui Seveso seuil bas mais qui demain passera en classement Seveso seuil haut ?", interroge l’association. Elle présente ce changement comme inévitable, mais les éléments transmis ne permettent pas de l’établir.
Le comité redoute avant tout les conséquences d’un accident pour les habitants et les personnes travaillant dans les entreprises voisines. "Outre le fait de la perte de la valeur du patrimoine de toute la population, c’est surtout la mise en danger de cette dernière en cas d’accident. Qui sera alors responsable ?" Dans son appel à Carole Delga, l’association ajoute : "On ne peut pas sacrifier une population même si cette dernière est constituée de “petites gens”.
"Nous vous invitons à bien prendre conscience des dangers"
Au-delà des risques, le comité dénonce un manque de dialogue. Dans la lettre à la présidente de la région Occitanie, il estime que "la population est tout simplement ignorée mais, plus grave, volontairement ignorée". L’association rappelle avoir proposé d’autres activités pour la friche : une ressourcerie dans l’ancienne sucrerie, une ferme photovoltaïque à financement participatif et un port à sec. Elle souhaite que ces propositions soient prises en compte dans l’avenir du site.
À Christophe Serre, le comité adresse une mise en garde : "Nous vous invitons à bien prendre conscience des dangers que vos choix vont faire courir à la population qui habite ou travaille ici." Il se dit disponible pour en débattre, tout en affirmant sa détermination : "Nous ne lâcherons pas." Dans les deux courriers, l’association défend un hameau qu’elle décrit comme un village à part entière, avec ses écoles, ses commerces, ses entreprises et ses équipements. "Nous voulons simplement vous dire qu’il y a, ici, à l’Ardoise, des gens qui vivent heureux aujourd’hui. Ils voient comme une menace l’arrivée de cette société."
À propos
Les équipes de MGH Energy présenteront le projet mercredi 16 septembre, de 12 à 20 heures à la mairie de Laudun-l’Ardoise.
Les réponses de la région et de l'Agglo seront données en cours de semaine prochaine, en même temps que le point de vue de MGH Energy.