Hier à 16h30, les pancartes découpées dans du carton ont été brandies devant l'école Prosper-Mérimée par une petite trentaine de parents des écoles maternelle et élémentaire qui ont occupé le trottoir devant l'entrée. Mardi, c'était la rentrée. Trois jours plus tard, une classe est déjà en voie de disparition.
La classe avait bien commencé
En juin, 113 enfants étaient inscrits, rappelle Victoria, mère d’une élève de petite section. Ils étaient près de 100 à la fin de l’été, puis 96 présents le jour de la rentrée. Un nombre suffisant pour que l’Éducation nationale envisage de ramener l’école maternelle de cinq à quatre classes. Après redistribution, les petites sections pourraient se retrouver à 27.
« Ce qui, en soi, n’est pas contestable parce que c’est mathématique. Mais ce qu’on conteste, c’est le manque de concertation », résume Victoria, parent d'élève. En juin, le conseil d’école n’avait pas laissé présager une fermeture aussi rapide. « On nous rassure. À la rentrée, on explique aux enfants que c’est leur maîtresse. Quelques jours après, ce n’est plus leur maîtresse. »
Dans sa classe, Karine Loriot-Coudyser avait pourtant commencé les cours. Enseignante depuis vingt-deux ans, dont dix-huit en maternelle, elle accueille cette année des petits et des moyens. Les prénoms étaient appris, le groupe commençait à prendre forme. Elle avait lu La Petite Fille qui marchait sur les lignes, lancé une peinture tirée de l’album et installé les premiers rituels de La Chenille qui fait des trous. Un projet musical devait aussi débuter grâce au grand-père d’une élève, multi-instrumentiste.
« Je me sens heurtée et triste de voir que ça se passe comme ça. C’est la première fois de ma carrière que je fais l’objet d’une fermeture de classe », confie-t-elle. Elle n’a pas encore trouvé le courage de l’annoncer aux enfants. Elle leur a seulement expliqué qu’elle ne serait pas là ce vendredi, car elle se rendrait devant l’inspection académique.
Léna Belhadj connaît bien l’enseignante. Son fils vient de rejoindre sa classe, sa fille y a passé deux années. « On est là parce qu’on a envie qu’elle reste, mais aussi parce qu’on sait que nos enfants auront beaucoup de chance de l’avoir et de progresser. » La qualité de l’enseignante ne résume toutefois pas le combat. Les parents redoutent de fait la hausse des effectifs dans les autres classes et ses conséquences quotidiennes.
Les pancartes devant l’inspection
Victoria compare la classe annoncée à 27 élèves aux groupes de crèche, bien plus encadrés. Elle évoque une salle trop petite, des sorties plus difficiles à organiser et moins de temps pour chaque enfant. Prosper-Mérimée reçoit aussi, durant l’année, de nouveaux élèves confiés à l’Aide sociale à l’enfance, des enfants allophones ou présentant des troubles autistiques.
« Comment accueille-t-on ces enfants dignement ? Le gouvernement insiste sur les 3-6 ans et l’importance des mille premiers jours, puis il prend ce type de décision. C’est contre-productif. » Les familles réclament l’étude d’autres solutions. Elles proposent notamment de discuter avec la mairie du maintien ou du renforcement des postes d’ATSEM. Leur pétition, qui comptait 143 signatures mercredi après-midi, dépassait les 800 soutiens ce vendredi matin.
Le Comité social d’administration devait examiner ce vendredi matin les derniers ajustements de la carte scolaire du Gard. Karine Loriot-Coudyser s’est déclarée gréviste. « J’espère qu’ils entendront que nous leur demandons de réfléchir, tout simplement, à l’intérêt des enfants. » À Prosper-Mérimée, la classe a commencé et les parents refusent qu’elle s’arrête au bout d’une semaine.