À la veille du paseo, les émotions de Pascal Mailhan sont aussi intenses qu’ambivalentes. Forcément. Entre le bonheur et l’inquiétude, l’excitation et la fierté, cette première corrida dans des arènes de première catégorie suscite chez lui une attente démesurée : il en attend "tout".
"Oui, on attend tout de cette corrida", confie-t-il. "C’est très important pour l’avenir de notre élevage. Si ça marche bien pour nous, c'est un tremplin extraordinaire. C'est comme pour les toreros, s'ils triomphent à Arles, ça peut ouvrir beaucoup de portes."
Et pour y parvenir, Pascal Mailhan, ce "maniaque de tout noter", comme il se décrit lui-même, a méticuleusement étudié chaque détail : les notes des mères, celles des sœurs, les performances des frères… "On a sélectionné ce qu’on pensait être le meilleur", explique-t-il. Mais avec un sourire malicieux, il ajoute : "Après, on sait bien qu’il y a des familles de génies qui ne produisent pas que des génies… (rires). Les toros, c’est pareil : il y a toujours un risque. Mais on a fait tout notre possible pour que cette corrida soit à la hauteur."
Derrière cette touche d’humour se cache une émotion plus profonde. Car non seulement les Pagès-Mailhan font leur entrée dans une arène de première catégorie, mais en plus, ce sont celles de leur ville, Arles. "C’est encore plus touchant", avoue Pascal. "C’est à la fois génial et émouvant. On est fiers, mais aussi un peu stressés, parce qu’on veut que tout se passe bien. Arles, c’est notre terre. Notre campo n’est qu’à quelques kilomètres… On pourrait presque y amener les toros à cheval !" Son fils Pierre renchérit, non sans une pointe de pression : "On joue à domicile. Et ça, ça ajoute une responsabilité supplémentaire. On est attendus par ceux qui nous suivent. Il faut que ça marche." Pourtant, comme Pascal le rappelle, "les toros restent des toros, et une corrida, c’est une alchimie complexe : la météo, le public, les toreros… C’est un miracle à chaque fois."
La famille Pagès, toujours là
Cette corrida s’inscrit dans une saison déjà exceptionnelle pour la ganadería. "La plus aboutie". Entre la superbe corrida de Mimizan, où un de leurs toros a été indulté, et les performances remarquables à Lunel ou bien encore Saint-Gilles, cette année restera gravée dans les mémoires. Et le clou du spectacle ? La clôture à Nîmes, pour le seul contre six de Marco Perez, où un Pagès-Mailhan côtoiera les fers des plus grandes ganaderías : Jandilla, Victoriano del Río, El Pilar, Juan Pedro Domecq ou Santiago Domecq. "La crème de la crème" pour le père. "La Ligue des Champions", pour le fils, le ballon rond décidément jamais bien loin du capote.
Un final en apothéose dans les plus grandes arènes du Sud-Est et le résultat d’un travail acharné, commencé en 2000, lorsque Philippe Pagès et Pascal Mailhan ont uni leurs forces. Aujourd’hui, 26 ans plus tard, leurs toros honorent cet héritage. Et même si Philippe a disparu il y a cinq ans, sa veuve Maryline et sa famille restent toujours aux côtés de Pascal. Ils seront d’ailleurs tous là, ce dimanche, pour vivre ensemble ce moment qui, sans aucun doute, aurait rempli de fierté leur ganadero disparu.