Il se pose en vigie. « Il », c’est l’ancien président de Nîmes métropole, Franck Proust, défait aux dernières municipales par le communiste Vincent Bouget. Toujours élu, le Républicain affirme « vouloir aider son territoire » et, « si les choses dérapent, le dire ». Franck Proust, c’est aussi le chantre du développement des lignes commerciales. Avec des tops et des flops. Par exemple, au rang des « tops » : la création de nouvelles lignes comme Porto. Pour les « flops », le fiasco de la compagnie Odyssey en est un sacré ! D’ailleurs, son opposant et nouveau maire de Nîmes, Vincent Bouget, ne boude pas son plaisir de le lui rappeler…
L'appétit montpelliérain
Les joutes politiques n’éludent pas le fond de l’affaire : quel avenir pour les lignes commerciales à Nîmes ? « Aujourd’hui, on pense que c’est dealer… », lâche un élu d’opposition. Quel serait ce « deal » ? L’arrêt des lignes commerciales par Vincent Bouget au profit de l’aéroport de Montpellier ? Pas sûr… Il est vrai que, de l’autre côté du Vidourle, Nîmes est regardée avec gourmandise. L’aéroport montpelliérain désirant passer la barre des 2 millions de passagers, quand Marseille en affiche 11 M en 2025 et Toulouse, 7 M. Lors du dernier conseil communautaire, les élus de Michaël Delafosse ont même destiné Nîmes à devenir un hub européen.
Toutefois, Vincent Bouget n’en a pas décidé ainsi. Du moins, pas pour l’instant. L’édile doit d’abord gérer la fin du contrat avec Edeis, le gestionnaire de l’aéroport, qui ne parvient pas à atteindre ses objectifs en termes de passagers. Avec ses six lignes (Fès, Marrakech, Porto, Bruxelles-Charleroi, Dublin et Londres) portées exclusivement par la compagnie Ryanair, l'aéroport doit afficher 400 000 à la fin du contrat en 2028. « Le problème, c’est qu’Edeis pourrait dire : j’arrête l’exploitation de l’aéroport au regard du montant des pénalités », avance un élu de la majorité. Si Edeis lâche Nîmes, l’agglomération n’exclut pas de reprendre la gestion de l’aéroport, le temps de rédiger un nouveau cahier des charges et de trouver une autre entreprise.
Certains regards se tournent vers Sealer ? Une entreprise française, majoritairement public, spécialisée dans les aéroports régionaux. Elle travaille notamment avec les compagnies Volotea ou Transavia. Aujourd’hui, les défenseurs des lignes commerciales, comme Franck Proust, font valoir : « Il faut garder la ligne Fès, Nîmes est jumelée avec Meknès. Nous avons une communauté marocaine importante qui s’y rend. » Quant à Dublin, Londres ou Charleroi : « Beaucoup d’Anglais ont des résidences secondaires… » Et Franck Proust de rappeler : « Un euro investi dans l’aéroport, c’est 40 € de retombées économiques sur le territoire. » Alors finalement, « la ligne qui pourrait être concédée à Montpellier serait… Marrakech ».
Quid du "hub" européen ?
Au pouvoir, Vincent Bouget sait qu’il ne peut pas uniquement parier sur la sécurité civile. Les 3 et 4 novembre, il est à Bruxelles pour défendre la création d’un hub européen à Nîmes, à l’occasion du 9e Forum européen de la protection civile. « Quand le maire de Montpellier propose d’aller voir le ministre de l’Intérieur, c’est se moquer du monde ! Selon le résultat de la prochaine présidentielle, si c’est Marine Le Pen ou Mélenchon, croyez-vous vraiment que l’Europe pariera sur la France ? », lance un observateur de la vie publique. Pas sûr que Vincent Bouget mettra tous ses œufs dans le même panier… au risque de se faire voler dans les plumes.