Un lit, une table de kiné. Dans son petit appartement de la rue Colbert, tout est aménagé en fonction de son handicap. Nordine se déplace en fauteuil roulant. Depuis son arrivée en mars, il a aussi des voisins, des « potes ». « Là, j’ai retrouvé une confiance en moi, l’autonomie… » Il se sent bien ici. Il envisage pourtant un autre appartement, le sien, une autre étape importante.
Maëlle l’a connu dehors. Elle travaillait au Samu social lorsqu’elle l’a orienté vers Les Lantanas, un centre d’hébergement de la Croix-Rouge destiné aux personnes précaires fragilisées par le vieillissement. Par le 115. Puis elle a été recrutée à l’ouverture du centre. Nordine a changé de lieu de vie, pas de travailleuse sociale. Elle continue de l’accompagner. Une demande d’habitat inclusif et une autre en résidence autonomie ont été déposées.
Douze hommes à Colbert
Depuis novembre 2025, Les Lantanas accueillent des personnes que les structures habituelles peinent à héberger. Onze hommes vivent rue Colbert, sur une capacité de douze places. Les appartements de 30m² sont entièrement équipés, trois sont adaptés aux personnes à mobilité réduite. Un second site, du côté de Bir-Hakeim, porte la capacité totale à 24 places, indique Malik Berkani, directeur territorial de la Croix-Rouge française en Occitanie.
À la perte d’autonomie peuvent s’ajouter des addictions ou des troubles psychiques, qui compliquent encore l’accueil. Les centres d’hébergement ne disposent pas toujours des moyens nécessaires aux soins et à la dépendance. Les Ehpad, eux, ne sont pas nécessairement équipés pour accompagner certaines addictions ou certains troubles psychiques, explique Malik Berkani. La Croix-Rouge travaille depuis quatre ans à ce dispositif, intégralement financé par l’État. Les logements accueillaient auparavant des femmes ayant des enfants. Les personnes sont hébergées dans un appartement, où elles peuvent ensuite être accompagnées et soignées, avant une installation durable ailleurs.
Nouveau départ chez soi
Sandrine, l’infirmière de l’équipe, sollicite l’hôpital et les professionnels de ville, coordonne les interventions et les rendez-vous. Elle ne réalise pas elle-même les soins. Maëlle reprend les démarches administratives et aide les résidents à rouvrir leurs droits. Chez Nordine, des professionnels interviennent matin et soir. Le repas du midi est livré, il le réchauffe. Géraldine fait encore ses courses. Monitrice éducatrice et maîtresse de maison, elle aide les résidents à retrouver les habitudes d’un appartement. Elle les stimule, les laisse accomplir seuls ce qu’ils peuvent déjà faire. « Avoir envie de pouvoir le faire de plus en plus tout seul. »
Chaque semaine, elle organise un petit déjeuner collectif. Un repas commun doit commencer en novembre. Il y a aussi les légumes épluchés ensemble, les rencontres dans la cour, toutes ces occasions de se retrouver. Le soir et le week-end, l’équipe n’est pas là. Pas de veilleur de nuit. Les consommations sont autorisées dans les appartements, et les professionnels travaillent à leur réduction. « Ils sont libres, autonomes, chez eux. En sécurité », dit Géraldine.
Certains n’ont d’ailleurs aucune envie de repartir. Aucune durée de séjour n’est imposée. Si quelqu’un a besoin de dix-huit mois plutôt que de douze, explique Malik Berkani, il doit pouvoir rester. L’expérimentation doit s’achever fin 2027. Avant d’envisager de la reproduire ailleurs, le directeur veut obtenir sa pérennisation. Nordine envisage de partir. « Oui, mais pas pour l’instant. »