L’heure de l’apaisement n’a pas sonné à Beaucaire Terre d’Argence. Ce lundi matin, les élus de l’intercommunalité se sont réunis pour valider une quinzaine de délibérations. L’ordre du jour laissait présager les passes d’armes entre nouvel et ancien exécutif. D’abord, Juan Martinez, maire de Bellegarde, veut arrêter la mise en commun des services sur l’instruction des permis de construire et des affaires juridiques. « On aimerait bien savoir pourquoi ? », interroge Philippe Gibelin, qui a bien sa petite idée… Le nouveau président RN, Nelson Chaudon, n’est pas franchement ravi : « Ça va coûter plus cher à la communauté de communes ! » Et de monter d’un cran : « C’est de l’égoïsme ! La politique et la morale nous opposent ! »
Premier round : la démutualisation avec Bellegarde
Le Bellegardais fait remarquer : « La ville de Beaucaire, elle, n’a jamais mutualisé ses services ! » Sur la question du coût, Juan Martinez rappelle : « Lorsque nous avons mutualisé, nous participions financièrement et, tous les ans, au fonctionnement. » Première adjointe de Jonquières, Catherine Clément ne comprend pas : « Où est le souci ? Il y a deux personnes, vous allez en embaucher une autre. » Justement… Nelson Chaudon répond : « On va devoir embaucher une personne à un temps complet ! Les personnes en instruction à mi-temps, vous n’en trouverez pas ! Donc, une embauche à temps complet et, avec moins de recettes. C’est facile à comprendre ! »
« Pourquoi embaucher ? » reprend Juan Martinez, estimant que ce n’est pas une obligation au regard des communes de Fourques et Jonquières qui ont peu de permis à instruire en raison du risque d’inondation. Et à Juan Martinez de contre-attaquer sur les dépenses au sein de l’intercommunalité : « C’est vous qui augmentez les charges. Vous avez un directeur de cabinet*, je n’en avais pas. Vous avez choisi de mettre en congé exceptionnel (après ses congés, NDLR) l’actuel DGS (Directeur général des services). Vous venez de recruter Florian Scandella appelé à être DGS. Ça fait trois postes ! » Nelson Chaudon ne se laisse pas faire : « Dites, combien était payé le DGS ? » Juan Martinez répond : « C’est un administrateur qualifié. Je pense qu’il a rendu beaucoup de services à la collectivité. »
Règlement intérieur : la pause « Perrin »
Entre ces affrontements, la minute de repos s'appelle "Luc Perrin". L’élu d’opposition de Beaucaire interroge Nelson Chaudon sur le règlement intérieur : « Il ne permet pas de garantir un droit d’expression réel, suffisant et équitable aux élus d’opposition ! Je citerai en particulier le fait d’attribuer moins de 150 caractères à chaque élu n’appartenant pas à la majorité… Retirer cette délibération afin d’éviter à la collectivité les coûts d’une procédure perdue d’avance au tribunal administratif. » Nelson Chaudon rebondit : « Alors, vous vous considérez comme un élu d’opposition à la CCBTA ? Assumez, monter un groupe ! De plus, vous avez lu le précédent règlement intérieur ? » Luc Pérrin réagit : « Je ne l’ai pas lu, ça n’est pas mon problème ! Je n’étais pas élu à l’époque. Nous votons un règlement intérieur, c’est celui-là qui m’intéresse. » Le règlement a été adopté avec deux voix contre et 7 abstentions**.
Deuxième round : qui est fait « lustrer » ?
Les attaques entre Nelson Chaudon et Juan Martinez reprennent de plus belle sur la modification du budget. Le président RN invective : « Nous sommes en train de remettre de l’ordre dans une maison qui en avait bien besoin ! Je pense au contrôle de chaque facture, de chaque euro dépensé… Nous avons baissé de 30 % le plus haut salaire, aucune note de restaurant ne sera payée, aucun hôtel… Ça sera le cas jusqu’à la fin du mandat. » Juan Martinez demande la parole : « Si des choses sont illégales, saisissez les autorités compétentes. Moi, je n’aime pas trop accuser sans preuve ! » Nelson Chaudon ne lâche pas le morceau : « Vous vous êtes fait plaisir en allant au resto, à l’hôtel… Vous vous êtes fait lustrer par l’argent public ! »
« Il y a eu des missions bien sûr. On appelle ça des frais de représentations, de déplacement. C’est encadré par la loi », répond Juan Martinez qui, en matière de gestion d’argent public rappelle : « Ceux qui ont été condamnés sont de votre bord politique. » Une référence à la condamnation de Marine Le Pen, confirmée en appel, pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens.
Une bonne heure après son démarrage, la séance publique a pris fin. Nul doute que Nelson Chaudon et Juan Martinez ont d'autres combats en perspective.
*Il s’agit de Josyan Oliva, 33 ans. Candidat de l’union de la droite et de l’extrême-droite, il a été battu aux législatives anticipées sur la 1re circonscription de l'Hérault puis aux municipales de Lattes.
**Le conseil communautaire compte 34 élus.