On ne sait si c'est bien elle qui a effectivement gravé le mot "Résister" dans la pierre. Mais c'est bien à Marie Durand qu'on attribue cette audace, en tant que prisonnière ayant passé 38 ans dans la tour de Constance, sans abjurer sa foi. Pour les 250 ans de sa mort, le thème "Femme, foi, résistance" s'imposait de lui-même à l'Assemblée du Désert, qui s'est tenue ce dimanche sur les terrasses du mas Soubeyran.
"Voici venu le temps de réorienter nos vies vers l'Unique essentiel, la source de l'amour, le Dieu vivant", a entamé la pasteure Sandrine Maurot, du Foyer de l'âme de l'église protestante unie de Paris. Avant de rapidement faire allusion à l'anniversaire de la mort de Marie Durand, "l'une des 91 protestantes enfermées à la tour de Constance". Puis, d'en appeler à la tolérance, à l'encourager, même si "vouloir que les autres soient libres, c'est difficile".
"La foi est une grâce, et je ne l'ai pas." Sandrine Maurot s'interroge longuement sur cette phrase entendue. "Moi non plus d'ailleurs, parce que nous tendons à faire de ce que nous possédons un instrument d'exclusion ou d'orgueil (...) La foi est de l'ordre de la grâce, théorise la pasteure, on ne se la donne pas à soi-même. Elle est avant tout de l'ordre de la relation, comme l'amour. Mais l'amour est une grâce... et je ne l'aurais pas ?", interroge-t-elle.
Extrapolant sur la place des femmes en partant de Marie Durand, Sandrine Maurot tient à "écarter le préjugé selon lequel les protestants ne s'intéressent pas à Marie de Nazareth. Étienne Durand appelle bien sa fille Marie (...) Dans le protestantisme, précise néanmoins la pasteure pour marquer une différence, Marie est tout sauf une statue."
"Dieu veut que nous déployions notre vie, libre du regard des autres, mais profondément attachés à eux", poursuit Sandrine Maurot, pour qui la foi "nous empêchera toujours de considérer qu'il y a des humains de plusieurs classes. Sans doute nous est-il difficile de faire société. Mais il est impossible de détourner les yeux du fait que tant de jeunes manquent d'espoir dans le monde, voire meurent dans la Méditerranée."
"Nous devons poser sur les jeunes un regard qui les élève", enjoint Sandrine Maurot, qui a insisté sur le besoin de pluralité, de liberté d'expression, qu'on perd "en ne consommant que des médias gratuits (...) Les libertés pour lesquelles Marie Durand a consacré la majeure partie de sa vie sont en danger", a alerté la pasteure, qui a appelé à "transformer nos vies pour rendre la vie humaine plus juste et plus heureuse".
Après une récitation du Credo, Sandrine Maurot a tenu à revenir sur les deux thèmes marquants de son culte, les femmes et la jeunesse. "Prions ensemble pour le monde (...) Pour les parents et les proches des jeunes qui se sont noyés dans la Méditerranée cet été (...) Prions pour les femmes afghanes ou pour ceux qui leur organisent des cours clandestins. Elles craignent tellement d'être oubliées (...) Prions pour l'égalité hommes/femmes et pour les personnels d'enseignement et de l'éducation, afin qu'ils posent sur chaque jeune un regard qui leur donne du courage. À nous aussi de poser un regard sur eux qui corresponde à un amour inconditionnel."