Dans moins d’un mois, les Gardois connaîtront le nom de leurs nouveaux sénateurs. Quid du casting ? Le scrutin 2026 s’annonce à suspense… Depuis une vingtaine d’années, droite et gauche partagent les trois sièges. C’est l’ancien maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier, qui ouvre la voie à la droite en 2008. Pour la première fois, le Gard, historiquement à gauche, accouche d’un sénateur LR (anciennement UMP). Le 27 septembre prochain, les « grands électeurs » mettront-ils fin au clivage historique entre gauche/droite ? Clivage déjà désuet à l'Assemblée nationale et, plus récemment, à la ville de Nîmes.
300 voix pour un sénateur
Au nombre de 1 982, les participants au scrutin sont essentiellement des élus municipaux accompagnés de leurs délégués. Le reste du « corps électoral » se compose de députés, d’élus départementaux et régionaux. Couramment appelés « élus des élus » les sénateurs sont des parlementaires chargés de faire la loi et de contrôler l’action du gouvernement. Sur leur territoire, ils conseillent et aident les élus locaux.
Ce mercredi, la préfecture enregistrait cinq listes*, soit une de moins qu’il y a six ans. Le vote, obligatoire et anonyme, se tiendra de 8h30 à 17h30 dans cette même préfecture. L’élection se joue à un seul tour. Les sièges sont attribués à la proportionnelle, en fonction du pourcentage des voix recueillies. À noter enfin qu’un quotient électoral, calculé en fonction des suffrages exprimés et du nombre de listes, s’applique aussi dans l’attribution des strapontins sénatoriaux. En sortant la calculette, une liste doit rassembler autour de 300 voix pour espérer obtenir un sénateur.
Une droite unie mais fragilisée
Aujourd’hui, le Gard compte deux sénateurs de droite. En 2014, Jean-Paul Fournier a offert un second siège à la droite avec l’élection de sa numéro 2, Vivette Lopez, alors maire de Mus. En 2020, l’héritage a été préservé : la droite sort en tête du scrutin avec 672 voix. Laurent Burgoa succède à Jean-Paul Fournier, qui quitte le Sénat en raison de la loi sur le non-cumul des mandats. À l’approche de nouvelles élections, la droite pourra-t-elle conserver ses deux sièges ?
Si elle s’avance unie avec le centre, sa défaite aux municipales nîmoises contrarie sérieusement ses ambitions. Une défaite marquant la fin de l’ère Fournier et l'avènement de la gauche unie. À l’échelle nationale, c'est un nouveau recul électoral. D’autant plus qu'à Nîmes, la première force d'opposition au maire est incarnée par le RN.
La gauche divisée… Jusqu’à quel point ?
À gauche, c’est plus compliqué… En 2020, le socialiste Denis Bouad est élu sénateur avec 663 voix. Il rate d’un cheveu (c’est-à-dire neuf voix) l’élection d’un deuxième élu. Avec la victoire de la gauche à Nîmes, le socialiste espère, cette fois, que sa nouvelle colistière, la communiste Cathy Chaulet, décroche son ticket pour le Palais du Luxembourg. Mais rien n’est joué… Contrairement à la droite, plusieurs listes s’affrontent à gauche avec le risque de dispersion des voix. Ce qui, dans un scrutin à la proportionnelle, pourrait s’avérer fatal.
Carole Bergeri, ex-numéro 2 de Denis Bouad en 2020, a déposé sa liste. Conseillère départementale du canton de Pont-Saint-Esprit, elle n’a pas digéré le changement de casting de son ex-tête de liste. Soutenue par une partie des élus de l’agglo du Gard rhodanien, présidée par son binôme Christophe Serre, elle bénéficie également de l’appui d’élus du Vigan, dont le canton est détenu par Martin Delord et Hélène Meunier, ses soutiens. Si sa victoire n'est pas assurée certes, mais sa candidature est une sérieuse épine dans le pied du sénateur Bouad.
La gauche « social-démocrate » devra aussi compter avec la France insoumise. À un an de la présidentielle, l’adjoint au maire du Vigan, Jean-Baptiste Thibaut, entend aider le parti de Jean-Luc Mélenchon qui aspire à faire son entrée au Sénat. Le cou du spectacle aurait été qu'Alexandre Pissas, conseiller départemental du canton de Bagnols, dépose sa liste... Ce socialiste qui, pour la deuxième fois consécutive, s’est vu retirer l’investiture PS par la direction nationale, contre l’avis des militants gardois. Finalement, « l’équipe, mes amis et moi avons décidé de ne pas déposer de liste », annonce l'interessé.
Une victoire historique pour le RN ?
Dans ce contexte, l’extrême droite pourrait tirer son épingle du jeu. En 2020, la liste de Julien Sanchez avait récolté 203 voix. Parviendra-t-elle, le 27 septembre, à dépasser les 300 voix pour espérer décrocher un siège de sénateur ? Possible… Ce qui serait historique et, une nouvelle illustration de la percée RN dans le département. Ces six dernières années, le RN a fait tomber dans son escarcelle l’ensemble des sièges de députés (avec son allié UDR sur la 5ᵉ circonscription, NDLR). Aux dernières municipales, il l’a emporté à Vauvert et à Bagnols, ainsi que la présidence de la CCBTA (Communauté de communes Beaucaire Terre d’Argence).
Presque dix ans après la victoire surprise de Julien Sanchez à la mairie de Beaucaire, l’élection de sénateurs RN pourrait passer par le Gard. Un département considéré par Marine Le Pen comme le « laboratoire » de son parti. Finalement, l’enjeu du 27 septembre n’est pas tant de savoir quelle liste pourrait obtenir deux sénateurs mais plutôt quelle sera l’ordre d’arrivée des prétendants au Sénat. De quoi donner le tempo, dans le Gard, pour les départementales et les régionales 2028.
* La date officielle du dépôt des candidatures est le vendredi 11 septembre.