Publié il y a 44 min - Mise à jour le 23.10.2026 - Abdel Samari - 2 min  - vu 38 fois

ÉDITORIAL Les sondages ne font pas encore les présidents

Jacques Chirac est devenu président de la République en 1995. Pourtant, trois mois avant l'élection, c'est Édouard Balladur qui dominait largement les sondages.

- Photo DR

En janvier 1995, Édouard Balladur dominait largement les sondages avant d'être éliminé trois mois plus tard. Trente-et-un ans après, dans une France plus fracturée et radicalisée, les intentions de vote dessinent un rapport de force favorable aux candidats de rupture. Mais à six mois de la présidentielle, les jeux sont-ils vraiment faits ?

En janvier 1995, à trois mois de l'élection présidentielle, Édouard Balladur était donné largement en tête. Près de 30 % des intentions de vote. Jacques Chirac, lui, plafonnait autour de 18 %. Autant dire que les jeux semblaient faits. Trois mois plus tard, Balladur était éliminé dès le premier tour. Et Jacques Chirac devenait président de la République. Une belle leçon de politique. Et surtout de prudence. Trente-et-un ans plus tard, les instituts de sondage ont considérablement amélioré leurs méthodes. Les outils sont plus performants, les enquêtes plus nombreuses et les analyses plus fines. Mais une chose n'a pas changé : les sondages restent une photographie de l'opinion à un instant donné. Pas une prédiction de l'avenir. Même avec les meilleures technologies du monde, personne ne peut anticiper tous les bouleversements d'une campagne présidentielle. Alors bien sûr, la comparaison avec 1995 a ses limites. Car la France de 2026 n'a plus grand-chose à voir avec celle de Jacques Chirac. Le pays est profondément fracturé. La colère sociale est partout. Le pouvoir d'achat, l'insécurité et le sentiment de déclassement alimentent les frustrations. La défiance envers les responsables politiques atteint des sommets. Et une partie de la population semble de plus en plus tentée par des réponses radicales. Dans ce contexte explosif, les candidats de rupture disposent d'un terrain politique particulièrement favorable. D'autant que les partis traditionnels peinent à retrouver la confiance des Français. Faut-il pour autant considérer que la présidentielle de 2027 est déjà jouée ? Certainement pas. D'abord parce que la campagne n'a pas véritablement commencé. Ensuite parce que les candidatures, les alliances et les événements des prochains mois peuvent encore bouleverser les équilibres. Enfin parce que les Français ont cette capacité à déjouer les pronostics. L'histoire politique l'a suffisamment démontré. Reste une différence majeure avec 1995. À l'époque, les électeurs avaient finalement choisi entre deux visions de la droite de gouvernement au second tour. Aujourd'hui, c'est peut-être le système politique lui-même qui est contesté. Une partie des Français ne vote plus seulement pour un candidat, mais contre ceux qui les gouvernent depuis des années. Et c'est autrement plus inquiétant pour les partis traditionnels. À six mois de l'échéance, les sondages nous disent donc quelque chose de l'état du pays. Ils traduisent une colère et une volonté de changement qu'il serait dangereux d'ignorer. Mais certainement pas tout de son avenir. En 1995, les Français avaient surpris les sondeurs. En 2027, ils pourraient encore surprendre tout le monde. Reste à savoir si ce sera par espoir de changement. Ou simplement par colère.

La rubrique Éditorial fera une pause la semaine prochaine à l'occasion des vacances de la Toussaint. Prochain rendez-vous le lundi 2 novembre à 6 heures sur Objectif Sud.

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