Les Entrepreneurs du Gard et la droite nîmoise montent au créneau. Après les violences et les dégradations de samedi dernier, qui ont choqué tout le monde, les premiers demandent à la préfète d'envisager l'interdiction de la prochaine manifestation. Les seconds, par la voix de Franck Proust, Valérie Rouverand et Julien Plantier, invitent les organisateurs à renoncer aux rassemblements prévus les 24 octobre et 5 novembre. Et demandent au maire de Nîmes, Vincent Bouget, de prendre ses responsabilités. Une inquiétude parfaitement compréhensible. Mais faut-il pour autant empêcher les Nîmois de manifester ? D'abord, plusieurs questions méritent d'être posées. Pourquoi a-t-on laissé des commerçants seuls face à une horde de sauvages, jeunes et moins jeunes, venus pour casser ? Comment expliquer que les forces de l'ordre n'aient pas pu intervenir plus rapidement ? Avec un hyperviseur nîmois, des centaines de caméras et une police municipale aux effectifs conséquents, on pouvait espérer une meilleure réaction. Bien sûr, le maintien de l'ordre relève d'abord de l'État. Mais la municipalité a aussi un rôle à jouer. Car une chose est certaine : ce qui s'est passé samedi dernier ne doit plus jamais se reproduire. Pour autant, interdire toute manifestation serait profondément injuste. D'abord pour tous ceux qui ont défilé dans le calme et qui condamnent fermement ces violences. Ceux-là seraient punis deux fois. Une première fois parce que leurs revendications ont été éclipsées par les casseurs. Une seconde fois parce qu'on leur retirerait le droit de les exprimer dans la rue. Ce serait tout de même un comble ! Et puis, interdire, c'est aussi renoncer à entendre cette colère sociale qui traverse notre pays. Car enfin, il y a bien un problème économique en France. Il y a bien des gens qui crèvent de faim. Des travailleurs qui, malgré leur salaire, n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois. Des lycéens et des étudiants enfermés dans une précarité qui compromet leur avenir. Qui va les entendre ? Qui va prendre en compte leur souffrance ? Si autant de Français descendent dans la rue, c'est peut-être aussi parce qu'une bonne partie de la classe politique a cessé de les écouter. Du gouvernement à une large partie de l'opposition. Prenons le Rassemblement national. Avez-vous vu ses responsables prendre le temps d'écouter les manifestants ? De s'intéresser à leurs revendications ? Certainement pas avec la même énergie que celle déployée, matin, midi et soir, pour dénoncer les casseurs. À force de ne parler que des violences, on finit par oublier les raisons qui poussent les citoyens à manifester. Comme si les casseurs rendaient finalement service à tous ceux qui préfèrent ne pas répondre aux questions sociales. Alors oui, il faut être ferme. Identifier les auteurs des dégradations, les interpeller et les sanctionner. Protéger les commerçants et mobiliser les moyens nécessaires pour éviter que Nîmes ne revive un tel samedi. C'est la responsabilité de l'État, avec le concours de la municipalité. Mais sauf à démontrer que la prochaine manifestation présente des risques qu'aucun dispositif de sécurité ne pourrait maîtriser, son interdiction serait une erreur. Une erreur politique autant que démocratique. Parce que manifester n'est pas un délit. Parce que la colère sociale ne disparaît pas avec un arrêté préfectoral.
Publié il y a 1 h -
Mise à jour le 22.10.2026 - Abdel Samari - 2 min
ÉDITORIAL Interdire de manifester, c'est renoncer à entendre la colère sociale
Manifestation de Nîmes le 17 octobre 2026
- (Photo Anthony Maurin)Après les violences de samedi dernier à Nîmes, les appels à empêcher une nouvelle manifestation se multiplient. Mais faut-il faire payer aux manifestants pacifiques les agissements des casseurs ?
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Abdel Samari