Créée il y a 40 ans par son père, Genevez Auto Station est aujourd’hui dirigée par Christophe Genevez, qui a repris l’entreprise il y a près de 15 ans. Mais depuis plusieurs mois, la station-service connaît des difficultés financières. « Les clients ont relativement bien supporté la hausse des prix entre mars et avril. Puis, à partir d’avril, la situation s’est dégradée. C’est de pire en pire. Le mois d’octobre est le pire que nous ayons connu », déplore le gérant. Selon lui, la fréquentation de la station a chuté de 50 % en une semaine.
L’entreprise a déjà traversé plusieurs crises. Après avoir réussi à surmonter celle du Covid, elle a subi les conséquences de la guerre en Ukraine, en 2022. Depuis, les volumes de carburant vendus n’ont jamais retrouvé leur niveau précédent. Une situation qui s’aggrave aujourd’hui avec la concurrence des grandes enseignes.
« La station Total à Fourques vend le SP95 à 1,99 euro le litre, contre 2,22 euros chez nous. Pour le gazole, le prix est de 2,25 euros chez eux, contre 2,45 euros à la station. Je ne peux pas me défendre face à cela », explique Christophe Genevez.
La baisse des volumes fragilise le modèle économique
Pour comprendre ces difficultés, il faut s’intéresser au fonctionnement d’une station-service. La rentabilité ne dépend pas directement du prix affiché à la pompe, mais de la marge réalisée sur chaque litre vendu. Pour couvrir ses charges et dégager des bénéfices, le gérant doit donc vendre suffisamment de carburant.
Or, lorsque les prix augmentent, les automobilistes ont tendance à dépenser une somme similaire, mais à acheter moins de litres. La station réalise alors moins de marge au total. À cela s’ajoutent les changements d’habitudes : certains automobilistes roulent moins, privilégient le covoiturage ou passent à la voiture électrique.
Dans le même temps, les charges continuent de peser sur les comptes de l’entreprise. « Rien que pour payer les salariés et les charges, je dois débourser environ 15 000 euros par mois. Si nous ne faisons pas rentrer suffisamment d’argent, cela va devenir compliqué », souligne Christophe Genevez.
Le gérant dirige également un garage. Aujourd’hui, les deux activités comptent cinq salariés, contre neuf auparavant. Dans ce contexte, il limite les embauches afin de maîtriser les dépenses.
Miser sur la proximité face aux grandes enseignes
Face à des groupes comme Total, Intermarché, Leclerc ou Super U, les stations indépendantes disposent de moins de moyens pour s’aligner sur les prix pratiqués. Selon Christophe Genevez, les grandes enseignes peuvent réduire leurs marges, voire absorber des pertes, pour attirer les automobilistes. Une capacité dont les petites structures ne disposent pas.
Pour continuer à faire vivre son commerce, Genevez Auto Station mise donc sur la proximité et la qualité de son service. La station conserve une clientèle fidèle, composée notamment d’habitants du quartier et de personnes âgées. « Le service et le contact humain restent un atout. Certains clients acceptent de payer quelques centimes de plus pour être servis », souligne le gérant.
L’établissement accueille également des touristes, notamment grâce à sa proximité avec la voie rapide et aux recommandations de ses clients en Camargue. Depuis avril ou mai, deux flottes d’ambulances constituent aussi une clientèle importante. Malgré cet apport, l’entreprise reste déficitaire.
Quel avenir pour les stations indépendantes ?
Pour Christophe Genevez, les perspectives restent incertaines. Le gérant ne compte pas sur une aide de l’État, dont son entreprise n’avait déjà pas bénéficié pendant la crise du Covid, en raison des nombreuses contraintes administratives. Il s’interroge aussi sur la possibilité de faire évoluer son activité avec le développement de la voiture électrique.
L’installation de bornes de recharge pourrait sembler une solution, mais l’investissement lui paraît difficilement rentable. « Une borne de recharge coûte environ trois fois le prix d’une pompe classique. Un véhicule reste branché 15 à 20 minutes, contre environ trois minutes pour faire le plein de carburant », explique-t-il.
Le gérant craint également que la grande distribution ne s’impose sur ce nouveau marché. « La station-service de demain n’existe pas. Une voiture électrique peut être rechargée à la maison, au travail ou pendant les courses, grâce aux bornes installées sur place », observe-t-il.
Pour l’heure, la trésorerie permet encore à Genevez Auto Station de poursuivre son activité. Mais les derniers mois ont été difficiles et le gérant ne sait pas combien de temps l’entreprise pourra tenir dans ces conditions.