Au lendemain des fortes pluies qui ont frappé le Vaucluse, l’inauguration prend une résonance particulière. Mercredi 21 octobre, à Avignon, les élus et partenaires du projet ont inauguré les travaux de confortement des digues de l’île Piot. Achevé à l’été 2026, ce chantier de 3,4 millions d’euros vise à mieux protéger 5 500 personnes face aux crues du Rhône.
Les inondations de 2002 et 2003 ont rappelé la vulnérabilité de ce territoire situé dans le lit majeur du Rhône. Après ces deux épisodes, des études de sécurisation des ouvrages de protection ont été lancées. L’agglomération du Grand Avignon les a reprises avant d’engager les travaux, dans le cadre de la compétence GEMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), qu’elle exerce depuis 2018.
Des digues renforcées pour 5 500 personnes
Pour Olivier Galzi, maire d’Avignon et président du Grand Avignon, l’enjeu dépasse les seuls ouvrages : « Derrière les études hydrauliques que l’on vient de nous présenter, il y a des logements, des commerces, des activités, des familles. » Le secteur concerné s’étend du pont de l’Europe, en aval, jusqu’au chemin de la Traille, en amont. Il accueille des logements, des commerces, des établissements touristiques et des équipements de plein air, dont le centre de loisirs de la Barthelasse.
Engagés entre 2025 et 2026, les travaux ont consisté à rehausser environ 650 mètres de murs existants et à créer quelque 560 mètres de nouveaux murs en béton teinté, détaille Camille Riotte, ingénieure chargée de la GEMAPI au Grand Avignon. Le dispositif comprend également un merlon de 130 mètres et le rehaussement d’environ 400 mètres de voirie.
Des protections adaptées aux différents secteurs de l’île Piot
« Une partie des travaux se sont déroulés sur la période estivale », rappelle Camille Riotte, qui souligne le maintien de la circulation et des accès aux commerces pendant les interventions. Trois protections amovibles, appelées batardeaux, complètent l’ensemble : deux au niveau de la péniche Vinotage et une au Pavillon Bleu. Elles sont destinées à être installées en cas d’alerte, tout en permettant le maintien des accès hors période de crue.
Le niveau de protection diffère selon les secteurs. Entre le pont de l’Europe et le centre de loisirs de la Barthelasse, les ouvrages sont dimensionnés pour une crue vicennale, c’est-à-dire ayant une probabilité sur vingt de se produire chaque année. Entre le centre de loisirs et le chemin de la Traille, la protection correspond à une crue biennale, dont la probabilité annuelle est d’une sur deux. Au-delà de ces seuils, les secteurs concernés restent susceptibles d’être inondés.
Des berges réaménagées face aux remparts
Le chantier a aussi permis de dégager deux arches du pont Édouard-Daladier afin de faciliter l’écoulement des eaux en période de crue. « Nous avons réfléchi avec la Ville d’Avignon comment valoriser ces nouveaux espaces », explique Béatrice Marti, également ingénieure chargée de la GEMAPI au Grand Avignon.
Cheminements, espaces de pause, mobilier urbain et plantations accompagnent ainsi les nouvelles protections. Douze arbres et près de 600 arbustes ont été plantés. Les finitions et les teintes des murs ont été choisies en accord avec l’architecte des Bâtiments de France, dans ce secteur situé face aux monuments historiques d’Avignon. L’ambition, poursuit Béatrice Marti, est d’en faire « un espace de rencontre pour l’ensemble des Avignonnais », également fréquenté par les visiteurs venus admirer le panorama sur la ville.
Six partenaires mobilisés pour financer les 3,4 millions d’euros de travaux
Le montant total de l’opération s’élève à 3,4 millions d’euros, financés par le Grand Avignon (268 952 euros), l’État (1,34 million d’euros), la Région (1,005 million d’euros), le Département (335 000 euros), la Ville d’Avignon (330 000 euros) et la Compagnie Nationale du Rhône (176 048 euros). Thierry Lagneau, président par intérim du Département de Vaucluse, a salué le « travail remarquable » réalisé sur ce secteur. Pour lui, l’enjeu reste de protéger les habitants, « leurs biens, leurs activités ».
Au nom de la Région Sud, le conseiller régional Michel Bissière a insisté sur l’intérêt d’investir dans la prévention : « Prévenir coûte moins cher que réparer. » Il a rappelé que le choix d’une première opération sur l’île Piot avait permis de faire aboutir les travaux sur le secteur le plus urbanisé, tout en poursuivant les études sur la partie nord de la Barthelasse.
« Vous vivez sur l’île, mais vous n’êtes pas isolés »
« Une digue, aussi nécessaire soit-elle, ne supprime jamais totalement le risque », a rappelé le sous-préfet, Thibault de Cacqueray. « La protection repose aussi sur l’entretien des ouvrages, la surveillance, l’alerte », a-t-il insisté. La préparation des secours et l’information des habitants restent également indispensables.
Cette inauguration constitue une étape dans un projet plus vaste. Les études sur le renforcement de la protection de la Barthelasse sont relancées cette année. Olivier Galzi souhaite les voir aboutir à l’horizon du mandat, tout en rappelant la nécessité de poursuivre le travail sur la partie nord de l’île. Aux habitants, le maire a adressé un message : « Vous vivez sur l’île, mais vous n’êtes pas isolés. »