L'incendie de la mairie de Limoges ce samedi 17 octobre a marqué les esprits de toute la France. Et plus particulièrement des maires, tous solidaires de leur confrère limougeaud Guillaume Guérin, qu'ils ont soutenu à travers des rassemblements devant ou à l'intérieur de leur mairie à divers moments de cette journée pluvieuse.
Philippe Ribot, président de l'AMF30, appelle le gouvernement à "répondre aux demandes des maires" et "sanctionner les auteurs à la hauteur de ces actes qui nous menacent tous", afin de retrouver "l'apaisement dont le pays a besoin". D'autant que "la force civique est plus forte que le chaos".
Alès épargnée mais « inquiète »
C’est aux côtés de la police municipale que Christophe Rivenq a pris la parole sur les coups de midi, sur le parvis de la mairie d'Alès. Face à des « violences de toutes formes », contre lesquelles il est « en désaccord total », il adresse un « soutien collectif aux forces de sécurité intérieure ».
« Inquiet » vis-a-vis de la situation du pays et non « des manifestations des lycéens, qui sont dans leur droit », le premier magistrat d'Alès a condamné les « débordements » dans les grandes villes, notamment Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux, mais qui « ne touchent heureusement pas Alès pour l’instant ». Mais qui ont sévèrement touché Limoges, où des « personnes non concernées en ont profité pour détruire et mettre le feu à l’hôtel de ville ». La centaine de personnes présentes ont conclu le rassemblement par une Marseillaise.
Des rassemblements se sont aussi tenus à Saint-Christol-lès-Alès, Saint-Privat-des-Vieux (voir plus bas), Saint-Hilaire-de-Brethmas, La Grand-Combe, Saint-Julien-les-Rosiers, Saint-Martin-de-Valgalgues, Saint-Ambroix, Cendras et aux Salles-du-Gardon.
À Beaucaire, “Ceux qui cassent ne paient jamais et ceux qui paient ne cassent jamais”
Le maire de Beaucaire, Nelson Chaudon, a pris la parole devant les élus présents. “Il y a des jours où l’on aimerait se réunir pour parler d’autres choses, de nos projets, de nos fêtes. Aujourd’hui n’est pas l’un de ces jours”, a-t-il lancé, avant d’évoquer “une nuit de honte” vécue samedi à Limoges, Marseille, Lille, Bordeaux, Lyon et Paris. Pour l’élu, l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges dépasse la seule destruction d’un monument : “La mairie, c’est la maison commune, le lieu où l’on se marie, où l’on déclare la naissance de ses enfants, où l’on vient chercher de l’aide. Ce n’est pas un bâtiment qu’ils ont brûlé à Limoges, c’est la République elle-même.”
Dans un discours très politique, Nelson Chaudon a désigné des responsables : l’extrême gauche, accusée d’"apporter l’essence”, et le reste de la gauche, à qui il reproche de “faire semblant de ne rien voir” et de s’être alliée à Jean-Luc Mélenchon en 2024. Il s’en est aussi pris à un gouvernement qu’il juge “inerte” et à Emmanuel Macron : “C’est sous son règne que nos mairies brûlent”. Opposant “la France du travail” à “celle qui brûle nos mairies”, il a résumé : “Ceux qui cassent ne paient jamais et ceux qui paient ne cassent jamais.” Il a conclu en adressant son soutien aux forces de l’ordre et aux pompiers : “Ici, on ne vous lâchera pas. Ici, vous êtes respectés et vous le resterez.”
À Nîmes, le discernement de Vincent Bouget
Nîmes, micro en main, Vincent Bouget a condamné « sans ambiguïté » les violences qui ont visé plusieurs commerces, comme le FootKorner de l’avenue Général-Perrier, le Carrefour Express de la place Montcalm ou le Lidl des 7 Collines. Le maire le rappelle : « Derrière chaque commerce touché, il y a des femmes et des hommes qui travaillent. Des investissements parfois de toute une vie… Ils ne doivent pas être victimes d’une situation dont ils ne sont aucunement responsables. » Et de marteler : « On ne répare pas des injustices par d’autres injustices. »
Avec discernement, le communiste appelle toutefois à « ne pas confondre ces actes (les violences, NDLR) avec le mouvement social » : « Ne confondons pas les casseurs avec ceux qui manifestent pacifiquement, les dégradations avec les revendications. » Samedi, la manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes : « jeunes, salariés, familles, indépendants, retraités... Ils ont exprimé leurs inquiétudes et leurs difficultés ». Pour le maire, « il faut des décisions sur le pouvoir d’achat, les salaires, les services publics… La responsabilité des pouvoirs publics est de prendre la mesure de cette crise et d’y apporter une réponse à la hauteur ».
Dans son allocution, dimanche soir, Emmanuel Macron a fait état de la « colère », de la « honte », face à la « violence débridée (…) des factieux issus de groupuscules d’ultragauche rejoints par de nombreux délinquants ». Sur les « revendications légitimes », pas vraiment de réponse… Du moins pour l’instant. Vincent Bouget, lui, appelle surtout les responsables publics, « à tous les niveaux, à ne pas se laisser guider par la peur » : « Dans ces moments difficiles, notre responsabilité est de garder la tête froide, de refuser la surenchère et de ne céder ni à la division, ni à la tentation des réponses simplistes. »
À Lunel, "la priorité est désormais au rétablissement de l'ordre"
C'est dans une ambiance pluvieuse que tous les élus municipaux, majorité comme opposition, se sont donnés rendez-vous dans la salle du conseil à la mairie de Lunel. Lors d'un court discours, Paulette Gougeon a tenu à rappeler son soutien entier à tous ses collègues premiers édiles, touchés par les débordements du 17 octobre. "Nous sommes aux côtés des maires de France. La violence a franchi un seuil inacceptable à l'occasion de manifestations qui ont respecté l'ordre public. Nous exprimons toute notre solidarité envers les maires, leurs équipes ainsi que les habitants et commerçants des communes touchées comme Limoges, Marseille, Lille, Bordeaux, Calais, Grenoble et tant d'autres".
À travers ce rassemblement, le conseil municipal exprime également sa reconnaissance aux forces de l'ordre et au personnel des services de secours dans la gestion de ces événements. "Ces attaques graves portées contre les institutions démocratiques constituent un vrai risque pour la nation. La priorité est désormais au rétablissement de l'ordre, pour que les libertés publiques puissent être respectées", continue-elle. À l'issue de la prise de parole, tout le monde a chanté la Marseillaise.
À Villeneuve, « la violence n'apporte aucune réponse aux difficultés que traverse notre pays »
Depuis l'entrée de l'hôtel de ville villeneuvois, Pascale Bories a souhaité « porter collectivement un message de solidarité, de responsabilité et de fidélité aux valeurs de notre République » et « rappeler ce qui doit continuer à nous unir ».
Au-delà de garder en mémoire l'incendie de l'Hôtel de Ville de Limoges, « un édifice chargé d'histoire et symbole de notre vie démocratique », la maire pense aux « habitants, commerçants, agents publics, élus, dont le quotidien a basculé en quelques heures et qui ont eu peur pour leur propre vie ».
Elle rappelle que la liberté de manifester est « un droit essentiel et une richesse de notre démocratie que nous devons protéger ». Pour autant, « il est une frontière que personne ne doit franchir : celle qui sépare la liberté de manifester de la violence et de la destruction. Aucune colère, aucune revendication, aucune cause, ne saurait justifier que l'on incendie une mairie, que l'on pille un commerce ou que l'on s'en prenne à celles et ceux qui assurent notre sécurité, appuie Pascale Bories, pour qui « la violence, qui revêt une gravité toute particulière quand elle prend pour cible une mairie, n'apporte aucune réponse aux difficultés que traverse notre pays et ne fait qu'ajouter de l'injustice à la colère et de la division aux désaccords. » Non loin, des rassemblements se sont aussi tenus à Rochefort-du-Gard et aux Angles.
À Pont-Saint-Esprit : "Une minorité malveillante a volé la voix d'un mécontentement légitime"
Les élus de la ville de Pont-Saint-Esprit ainsi que Jean-Marc GIANNOTTI, maire de Saint-Christol-de-Rodières, et Madame Claire LAPEYRONIE, se sont réunis ce soir à 18h30 pour montrer condamner fermement les atteintes à l'ordre républicain perpétrées ce week-end, et apporter leur soutien aux commerçants de tout le pays, et aux Limougeauds, à la suite de la destruction de leur hôtel de ville.
Depuis l'hôtel de ville, la municipalité spiripontaine a condamné des "actes ignobles et dangereux", une "violence qui a trouvé son expression la plus brutale dans l’incendie de l’Hôtel de Ville de Limoges, dont la vocation est pourtant d’accueillir, rassembler, écouter, accompagner et défendre tous ceux qui frappent à sa porte". Ainsi, Pont-Saint-Esprit attend des autorités "une réaction ferme et durable pour que cela ne se reproduise jamais". Un regret pointe particulièrement : "Il y avait un mécontentement légitime. Leur voix méritait d’être entendue. Elle leur a été volée par une minorité malveillante, qui s’est servie de leur colère comme prétexte à la violence."
Jean-Marc Giannotti, maire de Saint-Christol-de-Rodières, s'est joint au rassemblement pour exprimer son "soutien à la République, à ses symboles, à ses valeurs", ainsi que sa "solidarité" avec son homologue limougeaud. Il regrette des "actes anti-républicains qui fragilisent une fois de plus notre fonctionnement démocratique" et adresse "un appel aux consciences, à la raison", car "la haine engendre la haine, et la violence ne peut rien résoudre".
À Saint-Privat-des-Vieux, "de la fermeté mais aussi de l’éducation"
Après 48 heures à échanger avec ses homologues gardois et partout en France, Philippe Ribot a convié les Saint-Privadens pour échanger sur les raisons et les solutions. "Pris aux tripes" par les images à Limoges, il souhaite une "nécessaire prise en main, collective et individuelle" et compte "ne rien laisser passer", même à l'échelon communal : "Un enfant qui parle mal, c'est déjà inacceptable. Il faut de la fermeté mais aussi de l’éducation pour les jeunes sur les actions civiques". Cette "éducation" passe, par exemple, par la création d'un conseil municipal des jeunes à l'occasion du nouveau mandat.
À Roquemaure, « le silence ne peut être une solution »
Avant d’entonner la Marseillaise en mairie de Roquemaure avec la cinquantaine d'élus, agents et policiers municipaux et présidents d’associations présents, Nathalie Nury a appelé à « des réponses concrètes » aux « exactions des émeutiers » et une « attaque » contre la République : « La violence ne peut être une réponse, pas plus que le silence ne peut être une solution ». La maire rappelle aussi que « condamner les violences ne doit pas nous conduire à ignorer le mal-être qui s’exprime dans les manifestations » et souhaite « faire vivre une société plus juste et plus apaisée ».
À Laudun-l'Ardoise : "L’autorité de l’État une obligation"
Sur le parvis de la mairie, une trentaine de Laudunois et Ardoisiens ont participé à un rassemblement, dirigé, non pas "contre ceux qui manifestent pacifiquement", mais "contre la violence, les dégradations et le mépris de nos règles républicaines". Le maire Ludovic Di Rollo n'a pas hésité à dire "stop aux leçons de démocratie, surtout aux partis d'extrême gauche" : "Quand on prétend défendre la République, on ne peut pas souffler sur les braises, puis s’étonner que le feu prenne. Brûler des bâtiments publics, saccager des commerces, intimider des habitants ou s’en prendre aux forces de l’ordre, ce n’est pas défendre une cause. C’est faire payer aux autres sa propre colère", alors qu'elle "mérite des réponses politiques concrètes".
Le premier édile en appelle ainsi à l'État, sa "responsabilité" et son "autorité", qui "n’est pas une option, c’est une obligation". Il rappelle que, "dans notre République, chacun a le droit de s’exprimer, mais personne n’a le droit de tout détruire" ou de "franchir la ligne qui sépare la contestation démocratique de la violence".