Publié il y a 39 min - Mise à jour le 07.11.2026 - © Julia Razil - 6 min  - vu 34 fois

FAIT DU JOUR Gaël Givet, capitaine de l'équipe du Krystal

© Léa Cuissard

Dix heures du matin sur le parking du Krystal, à Moulès, à une dizaine de kilomètres d'Arles. À cette heure-ci, le moulin qui signale l'emblématique boîte de nuit veille sur un décor qui aurait été inimaginable il y a trois ans. Car jusqu'en 2023, c'est plutôt la nuit que les voitures se pressaient ici, pare-chocs contre pare-chocs. Pendant 42 ans, le lieu a fait danser plusieurs générations de fêtards. Et sur la piste, dès la fin des années 90,  un gamin du village jouait à domicile. Son nom : Gaël Givet.

« Comme beaucoup de gens de Moulès et du coin, j'ai fait mes premières fêtes ici. J'ai plein de super souvenirs, avec les copains, même en famille. Des fois, on finissait la soirée tous ensemble au Krystal avec les parents, il y avait même les grands-parents. » Plus tard, Gaël Givet y a lui aussi emmené son fils.

Le voilà qui arrive ce matin-là, casquette vissée, short, baskets. Le style n'a pas changé, l'état d'esprit non plus. L'ancien défenseur international connaît ses racines, les pieds bien ancrés dans cette terre moulésienne, plus habituée aux champs et au foin qu'à l'économie du padel. Dans ce village d'Arles de quelque 1 300 âmes, le jeune garçon a répété ses premières gammes de footballeur. Bien plus tard, il a disputé une finale de Ligue des champions avec Monaco (2004), puis une finale de Coupe du monde (2006). Pudique, réservé, peu enclin à se mettre en avant, il a pourtant accepté de parler de lui pour Objectif Sud. Alors en activité, il n’hésitait pas à se présenter devant la presse et les caméras… surtout les soirs de défaite. « J'y allais de moi-même, dans les moments difficiles. La gloire, j'aime bien quand même, mais je préfère la laisser aux autres. » Aucune fausse modestie, l'homme est ainsi.

• © Le Krystal

Après une carrière bien remplie, il aurait pu savourer sa retraite de sportif. Il l'a fait, un temps. « J'étais chez moi, tranquille, je n'avais pas besoin de travailler, j'étais peinard. » Mais les soirées Netflix jusqu'à 5 heures du matin ont fini par le lasser. « Quand tu sors juste pour une partie de padel et qu'il ne te reste plus rien de ta vie, soit tu te laisses aller, soit tu te prends en main. J'ai choisi de me bouger. » Il sourit : « Bon, après, je suis passé d'un extrême à l'autre ! »

En 2023, avec un autre footballeur du cru, l'Avignonnais Samuel Gigot, il se lance dans une aventure hors norme. Les deux hommes se sont connus à l'AC Avignon, en toute fin de carrière pour l'un, au début de la sienne pour l'autre. « On est devenus amis, et on l'est toujours. » Ensemble, ils investissent dans plusieurs projets, dont l'idée d'un club de padel. Ils identifient un premier site au cœur du village de Moulès, mais le projet tombe à l’eau. Puis l'opportunité du Krystal se présente, avec une tout autre ampleur : six hectares et demi de terrain, et entre 4 500 et 5 000 m² de bâtiments. Pas question de se limiter à un simple club de padel. Les deux associés imaginent un complexe multi-activités, inédit sur le territoire : cinq terrains de padel, une piste d'escalade, un restaurant et un bar. Les clients viennent faire du sport entre amis, manger un bout, boire un verre, écouter de la musique, danser aussi. Le Krystal n'est plus une boîte de nuit, mais l'âme du lieu est bien vivante.

L'aventure se vit en famille

« L'endroit est tellement grandiose qu'il faut exploiter tout ce qu'on a », explique Gaël Givet. Récemment, le Krystal s'est lancé dans un comedy club ; les soirées avec des DJ de renom s'enchaînent, tout comme les privatisations pour des entreprises ou des mariages. Les propriétaires n'ont d'autre choix que de se diversifier. Une nécessité qui nourrit un certain recul. S'il devait recommencer, il le referait, mais « pas avec cette dimension-là ». « C'est la grandeur du truc qui fait qu'il faut toujours être là, toujours trouver de nouvelles choses. Peut-être à plus petite échelle. C'était d'ailleurs le projet initial. »

Deux ans après l'ouverture, une clientèle de fidèles s'est installée, mais le quotidien de chef d'entreprise ne fait pas de cadeau. Ses amis de la restauration l'avaient prévenu. Il fallait être « assez fou » pour se lancer. « Ils avaient raison. C'est même plus dur que ce que je pensais. Il n'y a jamais un jour où l'on peut se relâcher. » Le jour de notre visite, le club n'a d'ailleurs plus de cuisinier. « Ce sont les aléas. »

Dans la tempête, Gaël Givet s'appuie sur ses réflexes de joueur. « À 100 %, ma carrière m'aide. Je reste calme, j'observe, je cherche des solutions. » Aux premières grosses soirées, la panique était générale. Aujourd'hui, l'équipe est rodée. Son expérience de capitaine lui a appris à diriger et animer un groupe, avec une nuance de taille toutefois. « Au foot, tu joues avec des mecs motivés par la même chose. Là, certains sont là juste pour leur paye. » Le recrutement s’est affiné et l'équipe se construit peu à peu autour de l'état d'esprit qu'il recherche. Accueillir les clients, c'est la partie facile. Le plus dur se joue en coulisses. Mais l'ancien défenseur reste positif. « La gestion du personnel, c'est le plus compliqué, mais aussi le plus enrichissant. » Sans surprise, le chef d'entreprise se positionne en capitaine d'équipe.

Heureusement, Gaël Givet ne joue pas seul. Sa femme travaille avec lui, son beau-père et son fils sont là, et le reste de la famille répond présent en cas de coup dur. « Ma chance, c'est d'être à Moulès, avec toute ma famille. » Une aventure qu'il vit donc en clan, dans les bons comme dans les mauvais moments.

Des stars de l'OM et de Monaco

Dans ce rythme effréné, il a forcément moins de temps pour jouer au padel. Toujours le cordonnier le plus mal chaussé… Ce matin-là, il profite d'une petite séance photo pour reprendre la raquette. Dix heures, et déjà plus qu'un terrain de libre : la folie du padel s'est un peu atténuée, mais les amateurs sont toujours au rendez-vous. Il se rattrape aussi quand ses anciens collègues, stars de Monaco et de l'OM, passent jouer de temps en temps. Au Krystal, il n'est pas rare de croiser Ludovic Giuly, Sébastien Squillaci, Benoît Cheyrou ou Rudy Riou. Dans quelques jours, il en réunit d'ailleurs quelques-uns pour « un petit tournoi entre nous, tranquillement ». Le plateau s'annonce joli.

« Toujours à droite, à gauche », Gaël Givet garde pourtant du temps pour ce qui l'anime : le sport, l'envie d'entreprendre, et un engagement associatif qui ne date pas d'hier. En pleine carrière, il s'était investi auprès de l'association des Arlésiens Dominique et Michel Monnier pour la trisomie 21. Revenu à Arles, il a répondu sans hésiter à l'appel de Thomas Joubert et de son association ASSPA (qui œuvre pour l’inclusion par le sport) dont il est aujourd'hui le parrain. « Je me sens privilégié par rapport à ma carrière et à mon vécu, alors qu'il y a des gens plus en difficulté. Je me sens un peu redevable. » Chaque journée passée avec les accompagnateurs et les personnes en difficulté, physiquement ou mentalement, lui fait « un bien fou ». « Il n'y a pas de barrière. Ce sont des gens sincères, des gens vrais. »

• © Le Krystal

Un rendez-vous à ne pas manquer

Même engagement pour son village. « J'essaie, à mon échelle, de m'engager dans des choses auxquelles je crois. J'ai grandi ici, mes premiers pas de footballeur, je les ai faits au stade de Moulès. J'adore mon village. » Chaque année, il y a un rendez-vous qu’il ne manquerait pour rien au monde : la fête de Moulès, fin août, quatre jours durant lesquels il ne s'arrête pas. Petit-déj’ à 10 heures, abrivade longue à 11 heures, apéro à 13 heures, arènes, toros piscines, retour au pré, puis apéro et soirée… le programme est chargé à chaque édition ! Il y fait venir des amis de Monaco et d'ailleurs, ce sont désormais les enfants qui réclament d'en être. « Je suis plus fatigué que si je travaillais, sourit-il. Et mes amis de Monaco ? Ils n'ont pas d’autre choix que de suivre ! »

Au Krystal comme dans les rues de Moulès, au côté de l'ASSPA comme sur les terrains de padel, l'ancien défenseur n'a finalement pas changé de poste. Capitaine hier, capitaine aujourd'hui. Il entraîne les autres dans son sillage. Et c'est toujours en équipe qu'il aime jouer. 

Bio express

Naissance le 9 octobre 1981 à Arles.

Parcours en club

• Formé à l'AS Monaco, il y fait ses débuts professionnels le 9 décembre 2000 et dispute 234 matchs entre 2000 et 2007. Il remporte la Coupe de la Ligue 2003 et atteint la finale de la Ligue des champions 2004, perdue 3-0 contre le FC Porto.

• Olympique de Marseille (2007-2009), puis Blackburn Rovers (2009-2013), où il joue plus de 130 matchs en quatre saisons.

• De retour en France, il joue à Arles-Avignon (2013-2015), avant de terminer sa carrière au Tours FC et de prendre sa retraite en 2016.

Équipe de France : 12 de sélections (2004-2006). Il figurait parmi les 23 joueurs retenus par Raymond Domenech à la Coupe du monde 2006, où la France a atteint la finale perdue contre l'Italie.

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