« Vieillir chez soi, oui, mais vieillir isolé, non. » La phrase de Ludovic Di Rollo pourrait raconter le quotidien de Michelle, résidente. Inaugurée ce vendredi 6 novembre à Laudun-l’Ardoise, cette résidence de douze logements sociaux accueille des seniors et des personnes en situation de handicap. Portée par Un toit pour tous, elle est l’aboutissement de plusieurs années de travail, soutenues notamment par un prêt de 597 000 euros de la Carsat.
Michelle pousse la porte de sa maison. « Je suis trop bien ! », s’enthousiasme la résidente. À gauche de l’entrée, la salle de bain dispose d’une douche accessible aux personnes à mobilité réduite. La visite se poursuit dans la pièce à vivre, où la cuisine ouverte donne sur le séjour avec un jardinet privatif. Le logement bénéficie de la climatisation. Dans ce nouveau cadre, Michelle a retrouvé un visage familier : Coline, sa voisine, qu’elle connaissait déjà de son précédent lieu d’habitation.
Des portes voisines, une intimité préservée
Dans l’allée piétonne, la Villa Augusta prend des airs de petit village. Les logements se côtoient, la végétation borde le passage et les portes ouvrent sur un espace où les voisins peuvent se croiser. L'architecte, Laetitia Di Mascio, mène la visite. Elle évoque les rues où « les gens sortaient leur chaise devant la porte et discutaient avec le voisin ». « On espère que ça va vivre comme ça », glisse l’architecte. À chacun désormais d’y apporter ses habitudes.
Les douze T2 disposent chacun d’une chambre et d’un jardinet, pour environ 50 m² par habitation et 599 m² habitables au total. Une salle commune et douze places de stationnement complètent le site. Quatre logements sont financés en PLAI, pour les ménages les plus modestes, et huit en PLUS. Le Super U et la maison médicale sont à proximité. Un cheminement doux reliant le quartier au centre-ville a été inauguré en février. De quoi garder un lien avec les commerces, les services et la vie du village.
« Vous êtes chez vous »
Dans l’assemblée, les regards des intervenants reviennent régulièrement vers les résidentes. « Ici, mesdames, messieurs, rien ne vous sera imposé. Vous êtes chez vous », leur assure le maire, Ludovic Di Rollo. Michelle et Coline ont déjà trouvé cet équilibre : le plaisir de se retrouver entre voisines, puis de regagner chacune son logement pour un moment à soi. Une manière de « préserver l’indépendance de chacun, tout en cultivant le plaisir d’être ensemble », poursuit le maire.
La commune et son Centre communal d’action sociale accompagneront les habitants. Des agentes doivent être présentes chaque après-midi, après être déjà venues les rencontrer lors de leur installation. Un volontaire doit renforcer cet accompagnement dès janvier 2027. Un jardin partagé a été évoqué. Les autres envies viendront avec le temps et les conversations. Jean-Marie Garabedian, directeur général d’Un toit pour tous, rappelle l’importance d’une offre « adaptée, mais surtout abordable ». Il souligne aussi la place des services, en complément du logement.
Des histoires à transmettre
Le maire imagine déjà des rencontres avec les enfants du village : « J’ai visité la salle commune, elle se prêterait pour accueillir certaines classes. » À terme, des voix plus jeunes pourraient donc se mêler à celles des habitants. « Vous êtes les témoins de notre histoire », adresse Ludovic Di Rollo aux aînés. Leurs souvenirs, leurs expériences et leurs savoir-faire ont encore beaucoup à apporter. Un rendez-vous est déjà fixé au 27 novembre, pour le repas des aînés de la commune. « On va faire la fête », promet-il.
Avant d’accueillir cette nouvelle vie, la Villa Augusta a connu une longue préparation. Amorcé sous le mandat de Philippe Pécout, le projet était initialement une maison en partage, avant d’évoluer vers l’habitat inclusif. La crise sanitaire, les contraintes réglementaires et la hausse des matériaux ont pesé sur sa réalisation. Jean-Marie Garabedian évoque une augmentation d’environ 30 % du budget initial. La première pierre a été posée le 3 juillet 2025. « L’important, c’est de pouvoir le finaliser, le livrer », retient-il.
Des moyens pour les logements et les rencontres
La Carsat Languedoc-Roussillon a accordé un prêt de 597 000 euros à taux zéro sur vingt ans. Pour son représentant, Nouri Medjouel, la visite donne une réalité aux dossiers étudiés en commission : « Le réel, c’est le bâti et c’est aussi surtout la vie que l’on y trouve. » Il s’est renseigné sur l’accès au centre et les déplacements des personnes à mobilité réduite. L’enjeu est de « bien vieillir sans renoncer à son ancrage local, à ses habitudes, à son entourage quotidien ».
L’État, la Région et le Conseil départemental ont également apporté des subventions, pour environ 240 000 euros au total selon Jean-Marie Garabedian, auxquels s’ajoutent les fonds propres du bailleur. Des financements dédiés à l’habitat inclusif soutiennent la vie collective : le maire annonce 65 000 euros par an du Département au titre de l’aide à la vie partagée. Le directeur général souhaite aux locataires « de belles rencontres » et « de beaux liens ». Pour Michelle, il y a déjà Coline. Et, tout près, la porte de sa maison.