Tout commence par hasard. Pour la fête des pères, la famille offre à Lucien, passionné d’automobile et amateur de karting de loisir, une session en famille à Brissac. Alexandre, huit ans à l’époque, est trop jeune pour piloter seul : il fait ses premiers tours en duo avec un moniteur. Il goûte ensuite au roulage en solo, et l’envie de recommencer ne le quitte plus.
Sur le comptoir, des flyers présentent l’école de pilotage. Lucien y voit une bonne façon d’enseigner les bases à son fils, comme on lui a appris à skier : freiner, tourner, trouver sa trajectoire. "Dans mon idée, ce n’était pas du tout pour qu’il devienne pilote de course", confie-t-il. Au bout d’un an et demi, son moniteur, Cédric, estime qu’Alexandre a fait le tour de ce qu’il pouvait lui apprendre.
La famille lui achète alors un kart de compétition, à dix ans, en pensant qu’il roulerait près de chez eux. Le kart est livré un mercredi, Cédric appelle dans la foulée pour inscrire le garçon à une course le dimanche. Pour sa toute première course, Alexandre termine sixième. La semaine suivante, à Grabels, il franchit la ligne en deuxième position, avant d’être déclassé pour une pénalité. Quinze jours plus tard, à Muret, il gagne. Cédric, lucide, prévient les parents : il n’a pas les moyens d’emmener ce jeune talent plus loin, il lui faut une vraie équipe.
Repéré par une écurie parisienne
Alexandre est envoyé à Paris sur une piste qu’il ne connaît pas, au volant d’un kart qui n’est pas le sien. À la fin de la journée, il signe le deuxième meilleur temps. L’écurie, dirigée par les frères Martins (dont Victor Martins, pilote d’endurance chez Alpine, passé par la F2), décide de le garder.
Depuis, la progression est rapide. Sélectionné par la Fédération française du sport automobile (FFSA) après son passage en grand châssis, il dispute en 2026 le championnat de France Junior, tout en courant à l’international avec son écurie, principalement en Italie, en Allemagne et en Belgique. Début d’année, la famille a même croisé Kimi Antonelli sur une piste de karting italienne. Un rêve, puisque l'Italien a été sacré champion de F1 cette année avec Mercedes, le plus jeune de l'histoire.
Une vitesse naturelle, un mental à construire
Les points forts du jeune pilote ? "Sa vitesse naturelle", d’abord, que son père remarque depuis toujours, en karting comme au ski. Et surtout son adaptabilité, qualité essentielle en sport automobile : "Alexandre est capable de découvrir un circuit et un châssis inconnus le matin, et de figurer parmi les meilleurs le soir". Cette saison, il a alterné entre deux marques de châssis, l’une en championnat de France, l’autre à l’international, et a découvert de nombreux circuits face à des Italiens qui s’y entraînent à longueur d’année.
Les résultats n’ont pourtant pas toujours suivi : erreurs de concentration, difficultés à gérer ses émotions. Lucien explique que les week-ends de course sont longs, du jeudi aux finales, et exigent de rester régulier à chaque manche. "Les très bons sont réguliers sur tout le week-end. Les autres alternent une très bonne manche et un crash". Il rappelle aussi que beaucoup de ses concurrents ont commencé à six ou huit ans, alors qu’Alexandre n’a disputé sa première vraie saison qu’en 2026, avec moins de roulage faute de budget.
Pour 2027, année charnière, le choix est fait : corriger les erreurs plutôt que chercher à gagner des dixièmes. La famille est en discussion avec une cellule spécialisée dans la préparation physique et mentale en sport automobile. Endurance, cardio, gestion de l’adrénaline et du stress : "Quand on est préparé, on dépense moins d’énergie à encaisser l’effort".
Un garçon "d’une maturité hors norme"
Dans la vie de tous les jours, Alexandre est décrit par son père comme un enfant poli, respectueux et sérieux à l’école, dont la scolarité reste une priorité absolue pour ses parents, même si les déplacements de dix à douze jours compliquent les choses. Ayant grandi entre deux grandes sœurs de 23 et 21 ans, il a toujours évolué parmi des adultes et se sent parfois décalé des garçons de son âge. Il parle anglais au sein de son écurie, voyage, découvre d’autres cultures, tout en restant, assure son père, "très terre à terre".
Ses modèles ? Pour la motivation et la force mentale, Lewis Hamilton, dont il a admiré le rebond après une défaite cruelle lors du Grand Prix d'Abu Dhabi en 2021. Pour la personnalité, plutôt Lando Norris ou Kimi Antonelli : une génération de pilotes plus humbles, simples et discrets que leurs aînés.
Passionné d’automobile depuis tout petit, Alexandre peut disserter sur l’histoire d’Alpine, ce qu’elle a gagné, comment elle a été construite. Il adore toutes les voitures, modernes comme anciennes, et passe du temps sur les sites d’annonces. Il dépense aussi son énergie à négocier : il appelle des garages en Allemagne, envoie des mails, au point que certains interlocuteurs demandent à parler à son père. "Si la compétition ne marche pas, je sais qu’il s’épanouira dans l’automobile, à sourcer des voitures, à les vendre, à les valoriser", assure Lucien.
300 000 euros pour franchir le cap
Reste la question du budget. Une saison de compétition coûte environ 200 000 euros. Pour 2027, il faudrait atteindre 300 000 euros, car il faudra aussi réunir de 60 000 à 70 000 euros pour réserver une monoplace. La famille est donc à la recherche de partenaires et de soutiens financiers.
"La F1, je ne la promets pas, mais la F4, on va dire que c’est programmé. Par contre, il va falloir un peu de budget", résume Lucien. Alors que l’équipe prépare l’après-saison par un travail physique et mental, la recherche de sponsors bat son plein. Les entreprises ou particuliers souhaitant accompagner le projet peuvent contacter la famille via le site de l’association R22, où figurent également photos et actualités, ou suivre Alexandre sur Instagram.