À Beaucaire, Célia Roig-Pons commence sa dixième année de médecine auprès de patients qui n’ont plus de généraliste. Elle rejoint Lo caïre, la plateforme territoriale de santé où elle exerce aux côtés de Julie Chevalier, autre docteure junior, sous la supervision d’Adina Dinu et de Mariel Autard. Les deux médecins de Bouillargues préparent cette arrivée depuis des mois. Elles espèrent transmettre une pratique et une envie de s’installer à Beaucaire.
Les représentants des futurs généralistes ont contesté la préparation de cette année supplémentaire, leur rémunération et les garanties d’encadrement. L’indemnisation des médecins chargés de les accueillir a également fait l’objet de discussions. François Mengin Lecreulx, directeur général de l’ARS Occitanie, défend un alignement de leur formation sur celle des autres spécialités. La médecine générale était la seule dépourvue de cette « phase de consolidation ». Principalement réalisée en cabinet, cette quatrième année doit permettre de suivre des patients dans la durée et de préparer un exercice de la médecine autonome.
Le Tinder des médecins
Jeudi, les 35 docteurs juniors du Gard font leur rentrée, promotion Simone Veil. Ils rejoignent principalement des cabinets, des maisons et des centres de santé, où ils consultent en autonomie supervisée. Ils sont 241 dans la région. « Les jeunes docteurs ont besoin d’un bureau à temps plein pour consulter », rappelle David Costa, directeur du département universitaire de médecine générale de Montpellier-Nsfserrîmes. Les encadrants doivent aussi obtenir un agrément spécifique et dégager du temps. Dans le Gard, les élus ont participé à l’aménagement des locaux et à la recherche d’hébergements, souligne l’ARS.
Il faut ensuite que le jeune médecin ait envie de venir. David Costa compare la procédure de choix des stages à Tinder. Les maîtres de stage présentent leur cabinet, les candidats donnent leurs préférences. Les encadrants examinent les dossiers, classent les candidatures, puis un outil réalise l’appariement. Pour les affectations suivies par son département universitaire, David Costa annonce 99 appariements dès le premier tour sur 100 docteurs juniors alors que quatre tours étaient prévus. Être affecté de suite ne signifie pas avoir obtenu son premier choix. Dès la deuxième année d’internat, les étudiants travaillent sur leur projet professionnel et personnel. François Mengin Lecreulx, estime qu’une très grosse majorité des 35 jeunes praticiens du Gard ont choisi leur stage par intérêt pour le territoire. Seule une petite partie a accepté ces affectations faute d’avoir obtenu celles qu’elle souhaitait. Ils sont déjà internes sur le territoire.
Le choix de rester
Pendant un an, Célia Roig-Pons et Julie Chevalier auront le temps de connaître les autres soignants, de comprendre les parcours de soins, de revoir les mêmes malades. David Costa estime à environ trois ans le délai qui sépare aujourd’hui la fin des études de l’installation. Il espère le raccourcir grâce à cette fameuse quatrième année. Un jeune médecin qui connaît déjà ses collègues et ses patients, dans un endroit où il souhaite vivre, aura peut-être moins besoin de multiplier les remplacements avant de choisir son cabinet.
Le Département compte lui aussi sur ces installations. Les personnes âgées, handicapées ou précaires ont besoin de soins, rappelle Christophe Serre. Lorsqu’elles y renoncent, « ça veut dire que nous on les retrouve dans nos politiques de solidarité », explique le premier vice-président chargé de l’autonomie et pilote du Plan santé. À Beaucaire, Adina Dinu et Mariel Autard retrouveront totalement leur cabinet de Bouillargues après avoir passé le relais. Elles ont un an pour donner à Célia et Julie l’envie de rester.