Une nuit au lieu de trois ou quatre. Le repas pris au camping plutôt qu’au restaurant. Le jet-ski supprimé du programme. Nous le racontions dans nos colonnes dès le 10 août. Au Grau-du-Roi, les professionnels voyaient déjà les séjours se contracter, les réservations arriver au dernier moment et les dépenses de loisirs être sacrifiées les premières. Les deux bilans publiés aujourd’hui par Gard Tourisme étendent ce constat à l’ensemble du département.
Ils reposent principalement sur une enquête de conjoncture menée en ligne auprès d’un panel de professionnels. Ils mesurent leur perception de la saison et comparent leur activité à celle de 2025.
Des haltes d'une nuit pour aller ailleurs
Selon cette enquête, 61 % des professionnels interrogés déclarent une activité inférieure à celle d’août 2025. Six sur dix se disent peu ou pas du tout satisfaits de leur fréquentation. Août apparaît comme le mois le plus difficile de la saison. La dégradation s’installe au fil des mois. La part des répondants signalant un recul passe de 42 % en mai à 56 % en juin, puis 60 % en juillet. De mai à août, 56 % des professionnels constatent une fréquentation inférieure à celle de 2025.
Le séjour se décide donc plus tard et raccourcit. Plusieurs professionnels évoquent des haltes d’une ou deux nuits sur la route d’une autre destination, là où les locations à la semaine se raréfient. Le pouvoir d’achat et le prix du carburant reviennent régulièrement dans leurs réponses. Le logement et les courses alimentaires passent avant les restaurants, les visites et les loisirs payants.
Les vacanciers surveillent aussi davantage les prix. Certains attendent les promotions, d’autres discutent les tarifs jusque dans les billetteries et les boutiques. Six professionnels sur dix estiment que le panier moyen a diminué depuis mai. En août, ils sont 69 %. Le taux d’occupation des locations proposées sur les plateformes tombe de 68 % à 61 % en un an.
Certains hébergeurs tentent de s’adapter. Un propriétaire de gîtes affirme avoir réduit ses tarifs et accepté des séjours de deux nuits au lieu de sept. Cette stratégie lui aurait permis d’augmenter son chiffre d’affaires de 25 % en août, au prix d’un travail plus important. D’autres professionnels signalent des difficultés de recrutement qui compliquent encore la saison.
Les Cévennes moins impactées
La canicule a également pesé sur les visites guidées et plusieurs activités en journée. Les grottes ont, elles, profité de leur fraîcheur. La géographie du mois d’août semble en attester puisque les Cévennes limitent le recul à 57 %, devant Nîmes–Pont du Gard à 61 %, Camargue–Méditerranée à 63 % et la Provence à 66 %. Cette hiérarchie donne du poids à l’effet de la chaleur sans le démontrer.
Sur l’ensemble des quatre mois étudiés, Nîmes–Pont du Gard obtient toutefois le meilleur résultat, juste devant les Cévennes. La moitié des professionnels y constate une baisse, contre 53 % dans les Cévennes. Camargue–Méditerranée affiche le recul le plus marqué, à 62 %.
Les commerces et services paient le prix fort dans le département. Ils sont 65 % à déclarer une fréquentation en baisse depuis mai. La proportion atteint 64 % dans les campings et 61 % dans les hôtels. Pour le seul mois d’août, 71 % des hôteliers interrogés constatent un recul.
Fracture touristique
Les situations ne sont pourtant pas uniformes. Certains établissements disent avoir bien travaillé grâce aux touristes étrangers, tout en observant une baisse de la clientèle locale. Un professionnel accuse aussi la médiatisation de la canicule, des incendies et de la pénurie de carburant d’avoir découragé des visiteurs étrangers.
La baisse paraît aussi révéler une fracture dans la clientèle. Les offres haut de gamme peuvent encore attirer des visiteurs étrangers moins contraints par leur budget, tandis que les familles françaises réduisent la durée du séjour, les restaurants et les loisirs payants. Ce phénomène, déjà observé au Grau-du-Roi, ressort de plusieurs témoignages sans pouvoir être généralisé à l’ensemble du Gard.
L’arrière-saison ne rassure guère. Les perspectives de réservation sont jugées peu ou pas du tout encourageantes par 61 % des répondants pour septembre, 76 % pour octobre et 90 % pour novembre. L’enquête repose sur le ressenti d’un panel de professionnels comparant leur activité à celle de 2025.