L’eau. Vitale, mortelle. La région la connaît par son manque et son excès. Les Gardois l’aiment, la craignent, la vénèrent, la redoutent. L’eau, ici plus qu’ailleurs, a fait son chemin telle une déesse aussi bénéfique que terrifiante.
En quatre éditions, le Festival de l'eau Émergences à Aramon s’est affirmé comme un temps fort culturel et citoyen, profondément ancré dans la thématique de l’eau. À travers une programmation artistique riche, des temps d’échange et des actions de sensibilisation à l’environnement et à la biodiversité, le festival confirme son rôle de plateforme et de moteur pour la transition écologique locale.
Alors que certains événements se pressent dans la course au gigantisme, cet événement s'oppose à une logique de sobriété, un festival à taille humaine, dimensionné pour son territoire (une commune de 4 500 habitants).
Rappelons tout de même que chaque année le festival réunit plus de 2 000 visiteurs du village et des communes environnantes pour assister aux débats, ateliers, concerts, déjeuners participatifs, promenades à pied ou à vélo, expositions, ateliers, et animations.
Bérangère Noguier, vice-présidente du Département à la transition énergétique et à la biodiversité, connaît bien le sujet. « Nous soutenons le festival depuis le début, en partant des inondations de 2002 durant lesquelles Aramon avait été fortement touché. Le Gard est touché par des événements climatiques, des sécheresses et des inondations importantes. Nous parlions de ces objectifs, nous parlions de la ressource en eau mais aussi de l’apport de la culture. Il faut toucher à des domaines techniques pour en parler et faire vivre une réflexion essentielle aujourd’hui. »
Les Gardois sont associés à ces sujets pour mieux en combattre les effets négatifs, voire apporter des solutions. Pour cette cinquième édition et après un été spécial, Émergences a son mot à dire. Patrick Malavieille, vice-président du Conseil départemental à la Culture, au patrimoine et à l’éducation artistique, poursuit : « C’est finalement un festival né dans la douleur mais l’aspect culturel prend pleinement sa place car le Département est très attaché à la culture du risque. Le fait culturel en fait partie et nous soutenons ce festival utile et d’une très grande qualité. »
En septembre, moins de festivals donc plus de possibilités d’honorer ce rendez-vous. Le Département consacre 400 000 euros chaque année aux festivals ; son soutien permet l’organisation de 80 festivals tout au long de l’année. La culture, pour le Département, est « essentielle » selon le terme choisi par Patrick Malavieille. « Culture et éducation ont un coût, pas mais de prix. »
Mêler musique, réflexion et engagement autour de l’environnement, de la protection de la biodiversité, et de la culture du risque inondation. « En cinq ans, on a avancé ! La bascule s’est faite en 2002, l’inondation a dévasté le village, j’ai perdu ma mère et je me suis demandée pourquoi elle est décédée chez elle à l’âge de 53 ans. Elle n’a pas eu la bonne alerte, quand il le fallait, et elle n’a pas pris conscience du danger que peut représenter l’eau », se rappelle Sabine Chatel, à l’organisation du festival.
Et l’organisatrice de poursuivre sur ce traumatisme territorial collectif pour lequel la mémoire ne s’est pas beaucoup diluée grâce au festival. « Sans dramaturgie, il faut savoir alerter et émerveiller, c’est pour cela que j’ai voulu faire ce festival qui n’est pas reproductible ailleurs. Tout un répertoire parle de l’eau, toutes les religions monothéistes parlent d’une source, le chant de l’eau est infini. La science et des discours comme celui d’Erik Orsenna m’ont inspirée. »
Avant d’entrer plus dans les détails, voici les trois temps forts de l’édition 2026. Trois soirées musicales dans la cour du château d’Aramon : Walid Ben Selim, Joao Selva et la Mal Coiffée ; deux tables rondes sur les enjeux de l'eau en partenariat avec les partenaires (EPTB Gardons, CCPG, Initiative pour l’Avenir des Grands Fleuves), une balade musicale et contée dans la zone humide des Paluns et, bien sûr, la programmation pour le jeune public (gratuite), contes par Layla Darwiche, films d’animations, espace jeux, quiz, conférence à hauteur d’enfants. Tout le programme à consulter ici.
Donc, au fil de ses quatre éditions, le public se retrouve pour des rendez-vous réguliers : concerts du soir au château, programmation pour les scolaires et les familles, spectacles et balades découvertes en pleine nature à la zone humide des Paluns, tables rondes, expositions photographiques, ateliers de sensibilisation à la transition écologique.
Ainsi le festival propose des concerts dans les lieux préexistants de la commune (cour du château d’Aramon, église Saint-Pancrace, salle polyvalente Eugène-Lacroix, salle Jarié, place et abords du village…). Ici, le public verra une pluralité de formes artistiques proposées (musique, danse, peintures et illustrations, photographie, sculpture) et une programmation culturelle et scientifique (tables rondes, expositions, balades musicales) de haute qualité. Les jauges sont modestes simplement pour que le public puisse avoir une expérience singulière au plus près des artistes.
« Que ce soit à travers des spectacles, des installations, des temps d’échange ou de contemplation, le festival nous invite à poser un regard nouveau sur cette richesse que nous tenons parfois pour acquise. Émergences a cette capacité à créer du lien entre les générations, entre les disciplines artistiques, entre les habitants d’ici et d’ailleurs. C’est un festival à taille humaine, mais porté par une ambition immense : celle de faire vibrer les consciences autant que les imaginaires », soutient Pascale Prat, maire d'Aramon.
Enfin, une participation active des habitantes et habitants, ainsi que des commerçants d’Aramon dans la logistique de l'événement, permet une expérience améliorée. Dans la même logique, une attention particulière est ainsi tournée vers le jeune public et les familles avec un espace dédié et entièrement gratuit le samedi après-midi avec spectacle, film d’animation en grand écran, stand maquillage, dessins, buvette…
D’année en année, le festival s’affirme comme une démarche humaine et collective, qui associe une équipe soudée de professionnels du spectacle et de bénévoles fidèles au rendez-vous, ainsi que les commerçants du village, les élus et les habitants de la commune et alentours.
Info au 06 19 72 96 43 ou par mail à contact(a)emergencesfestival.fr. Billetterie ici.