Le tribunal judiciaire d'Alès a fait le point sur ses principaux chantiers. Quelques mois après un premier rendez-vous organisé en juin, le président Simon Lanes et le procureur de la République Abdelkrim Grini ont souhaité revenir sur les évolutions de la juridiction et les difficultés auxquelles elle est confrontée. Au cœur des échanges : une activité pénale en forte progression, marquée notamment par l'intensification du narcotrafic sur le bassin alésien et la multiplication des dossiers complexes.
Le narcotrafic, une priorité pour le parquet d'Alès
La lutte contre le trafic de stupéfiants constitue l'un des principaux enjeux de la juridiction. Depuis l'été 2025, le parquet observe une évolution des réseaux présents sur le territoire, avec l'arrivée de trafiquants extérieurs au bassin alésien après le démantèlement de plusieurs organisations locales, notamment dans les quartiers des Cévennes et des Prés-Saint-Jean.
« À compter de l'été 2025, on constate un changement de paradigme », a expliqué Abdelkrim Grini. Selon le procureur et le président du tribunal, cette recomposition des réseaux s'est accompagnée de l'arrivée de jeunes recrutés dans différentes régions de France, parfois via les réseaux sociaux, pour alimenter les points de deal.
Les chiffres communiqués par le parquet illustrent l'intensification de l'activité des services. Sur les dix premiers mois de 2025, 285 procédures liées aux infractions à la législation sur les stupéfiants avaient été recensées en zone police, dont 16 étaient qualifiées de trafic de produits stupéfiants. Pour les dix premiers mois de 2026, le procureur a annoncé 370 procédures en zone police, dont 107 qualifiées de trafic de stupéfiants, soit une hausse de près d'une centaine de dossiers en un an, dont 90 concernaient le trafic de stupéfiants.
Les saisies ont également progressé. En zone police, 2,5 kg de cocaïne et 6 kg de résine de cannabis avaient été saisis sur l'ensemble de l'année 2025. Sur les dix premiers mois de 2026, les quantités annoncées atteignent 11 kg de cocaïne et 28 kg de résine de cannabis. En ajoutant les saisies réalisées par la police judiciaire de Nîmes dans le cadre d'opérations menées sur le bassin alésien, le total de résine de cannabis atteint 38 kg. Trois armes de type Kalachnikov ont également été saisies en zone police en 2026, contre une seule en 2025.
« Continuer à pilonner le terrain »
Pour répondre à cette situation, le parquet a mis en place, avec le commissariat, des opérations de contrôle répétées sur les points de deal. Cette stratégie dite de « pilonnage » vise à multiplier les interpellations et à perturber le fonctionnement des réseaux. « L'objectif est d'assainir les points de deals », affirme le procureur. Il défend également une politique pénale plus ferme à l'égard de certains consommateurs, qui peuvent être placés en garde à vue et déférés devant le parquet.
« Les premières victimes du narcotrafic, ce sont les gens qui habitent dans les quartiers », a rappelé Abdelkrim Grini, en soulignant les conséquences de ces trafics sur les habitants. Depuis l'été 2025, six personnes ont été tuées dans des faits liés au trafic de stupéfiants dans le ressort du bassin alésien, selon le procureur, qui fait également état de plus d'une douzaine de tentatives, soit une hausse significative par rapport à ces dernières années.
Les responsables judiciaires ont toutefois tenu à nuancer ce constat : si les violences liées aux réseaux et le trafic de stupéfiants se sont aggravés, la criminalité globale est, selon eux, en baisse. Ils décrivent une situation caractérisée par des phénomènes particulièrement préoccupants, sans considérer pour autant Alès comme une ville où l'ensemble de la population serait exposé à une insécurité généralisée.
Une activité pénale en hausse malgré des délais réduits
Autre constat dressé lors de cette rencontre : l'augmentation importante du nombre de procédures traitées par la juridiction. Le parquet d'Alès dépasse les 12 000 procédures pénales par an et prévoit une nouvelle progression en 2026.
Les comparutions immédiates, qui permettent de juger rapidement certaines personnes mises en cause, illustrent cette évolution. Alors que le procureur en dénombrait moins de 80 à 90 par an lorsqu'il exerçait il y a quelques années à Roanne (42), ville de population quasi similaire à Alès, leur nombre dépasse désormais largement les 250 dans la capitale cévenole et pourrait approcher les 300 d'ici la fin de l'année. Entre janvier et août 2026, environ 150 comparutions immédiates avaient déjà été enregistrées, selon les chiffres présentés, soit une augmentation de 10 % de l'activité.
Une baisse significative des délais de convocation
Malgré cette charge, la juridiction estime avoir réduit les délais d'audience. Selon Abdelkrim Grini, les délais de convocation devant le tribunal correctionnel sont passés de plus de deux ans à environ trois ou quatre mois pour les formations collégiales, et de plus de 18 mois à quatre mois devant un juge unique.
Cette amélioration repose notamment sur une réorganisation des poursuites et sur la mobilisation des magistrats, des greffiers et des juristes assistants. Le tribunal doit toutefois faire face à des dossiers de plus en plus lourds, en particulier dans le domaine du narcotrafic. Certains procès nécessitent plusieurs jours d'audience et mobilisent simultanément trois magistrats, soit une part importante des effectifs.
Un dossier de trafic de stupéfiants jugé en août a ainsi conduit au prononcé de peines pouvant atteindre dix ans d'emprisonnement. D'autres affaires de cette ampleur sont attendues en janvier et en mars prochains. Pour le président Simon Lanes, cette évolution impose de nouvelles adaptations, tant dans l'organisation des audiences que dans la formation des magistrats confrontés à des dossiers de criminalité organisée.
Le tribunal dispose actuellement de onze magistrats du siège, avec l'ensemble des postes pourvus. Le parquet compte, lui, trois magistrats sur trois postes. Un quatrième poste est espéré à l'horizon septembre 2027, et un cinquième sera logiquement attendu également. Le substitut du procureur Quentin Larroque sera promu vice-procureur à partir du 1ᵉʳ janvier 2027. Les responsables judiciaires pointent néanmoins les difficultés liées aux absences des greffiers et aux remplacements, qui peuvent limiter la capacité à ouvrir des audiences supplémentaires.
Après l'affaire Lyhanna, près de 300 procédures examinées
La réunion a également permis de revenir sur les conséquences judiciaires de l'affaire Lyhanna, qui a entraîné un important travail de réexamen de procédures. À la suite des instructions ministérielles, près de 300 dossiers ont été recensés au parquet d'Alès.
Selon Simon Lanes, l'immense majorité a été traitée, tandis qu'environ 85 à 90 procédures restent en cours. Elles nécessitent encore des investigations, des auditions ou des expertises. Les dossiers considérés comme prioritaires, notamment en raison de la dangerosité supposée des personnes concernées, ont été traités en premier.
Un tribunal pour enfants attendu en septembre 2027
Annoncée lors de la venue du garde des Sceaux à Alès en août, la création d'un tribunal pour enfants constitue un autre dossier majeur pour la juridiction. Le projet doit permettre de traiter localement les affaires concernant les mineurs, qu'il s'agisse de leur protection ou de leur mise en cause pénale.
Le président Simon Lanes et le procureur de la République souhaitent une entrée en vigueur en septembre 2027, sous réserve de la publication du décret nécessaire et de l'arrivée des personnels. Le projet prévoit deux cabinets de juges des enfants, accompagnés chacun d'un greffier, ainsi que des renforts au parquet et un poste de substitut spécialisé dans les affaires concernant les mineurs. Deux greffiers supplémentaires et un adjoint administratif sont également sollicités.
Les locaux sont prévus au sein du tribunal judiciaire. La mise à disposition de locaux par l'agglomération doit permettre de déplacer une partie des archives et de libérer de l'espace pour accueillir ce nouveau service.
Pour les responsables judiciaires, cette création répond à un besoin concret. Elle doit notamment éviter à certaines familles et aux justiciables du nord et de l'est du Gard de devoir se rendre à Nîmes, à plusieurs dizaines de kilomètres, pour des procédures concernant des mineurs. Elle doit aussi permettre de mieux prendre en charge une activité jugée suffisamment importante pour justifier deux cabinets de juges des enfants.
Le festival du film judiciaire revient du 18 au 21 novembre
Enfin, le tribunal prépare la deuxième édition du festival du film judiciaire, organisée du mercredi 18 au samedi 21 novembre. L'événement, gratuit, proposera des projections en journée à destination des lycéens et des séances ouvertes au grand public en soirée.
Chaque projection sera suivie d'un échange avec un professionnel du monde judiciaire. Après une première édition qui avait accueilli 1 127 personnes, les organisateurs espèrent dépasser cette fréquentation grâce à une programmation diversifiée et à l'ajout d'une journée le samedi.
Le tribunal a également annoncé qu'un premier procès criminel devait se tenir à Alès le 9 novembre, dans le cadre de la possibilité de délocaliser certaines audiences criminelles. Cette audience doit permettre de tester la capacité de la juridiction à accueillir ce type de procès dans ses locaux, alors que les juridictions criminelles font face à un volume important d'affaires à juger.