Depuis 2017, le challenge Pierre Dumas rassemble les habitants du quartier de Ventabren au boulodrome situé derrière le tunnel ferroviaire. L'hommage au Nîmois prend la forme d'une compétition amicale de pétanque mais de haut niveau, suivie d’un barbecue fraternel sur l’aire de loisirs. « Pierrot c’était un saint homme, il était généreux et très attaché à sa famille. Un roc, un chêne, il semblait indestructible », confie Colette Dumas, son épouse.
Histoire d'amour à Nîmes
Les deux nîmois se rencontrent en colonie de vacances. Il a onze ans, elle en a neuf. Ils se perdent de vue. Puis ils se retrouvent par hasard au bal du Mont-Duplan, alors que Colette vient de célébrer ses 17 printemps. Il se voient de temps en temps, parfois en cachette, jusqu'au départ de Pierrot pour son service militaire. Au détour d’une permission, il présente Colette à ses parents avant de partir en Algérie. À son retour, en 1961, les deux amants se marient.
Elle était vendeuse dans une boutique de vêtements pour enfants rue de l’Aspic, « Le bambin », qui n’existe plus aujourd’hui. En raison du métier de son mari, Colette prend la décision de mettre un terme à sa carrière afin d’élever leurs deux adorables filles. Fabienne travaillait au TCN (Tango) avant de suivre son mari, cadre supérieur à l'EDF. Lorraine occupe un poste au sein de la médecine du travail du Gard. Colette reçoit régulièrement ses quatre petits-enfants, et ses deux arrière-petits-enfants que Pierrot n’a pas connus.
Électricien, il devient conducteur de trains
Électricien de formation, il entre à la SNCF en 1961 alors qu’elle vient de perdre son papa. Travailleur et sérieux, le Nîmois très apprécié de ses collègues réussit plusieurs examens. Il devient conducteur de trains. Ainsi en 1981, lorsque les premiers TGV orange font leur apparition, il fait partie des premiers à les conduire.
« Ils étaient douze conducteurs à Marseille, une quinzaine à Paris, une dizaine à Nîmes. Au début, il n’en dormait pas de la nuit. L’arrivée à Paris avec des voies de partout, ça le stressait. Et puis il y avait cette grande vitesse (260 km/h). Il devait tenir le volant pendant des heures sinon le train s’arrêtait », raconte Colette. Pierrot quittait le foyer à 2 heures du matin et rentrait le lendemain soir puis repartait le matin à 8 heures, notamment sur la ligne Marseille-Cerbere-Vintimille-Lyon-Toulouse et ensuite Paris. Malgré le stress, il était heureux aux manettes de ces grandes motrices orange.
Un ange passe
Né un 6 juillet, Pierre Dumas est décédé en 2017 et Colette a conservé une tristesse considérable dans ses yeux. Elle a voulu qu’il soit toujours auprès d’elle et il y est resté. Ainsi chaque année, un mercredi du mois de juin, les amis et habitants du quartier de Ventabren se rassemblent à quelques mètres de la maison du couple, à proximité de la voie ferrée. Cette année le concours de boules, en doublette, de très haut niveau, a été remporté par Julien Roussel et Fabien Flandin. Colette a remis la coupe aux vainqueurs qui lui ont demandé de la garder, comme chaque année, auprès d'elle... Et de lui.
Avant le barbecue fraternel, Damien, le petit-fils de Pierrot et Colette, a dit quelques mots à l’endroit de son grand-père. C’est à ce moment précis qu’un train est passé, tout près, à grande vitesse… Un clin d’œil bienveillant en direction des proches bien-aimés de celui qui pendant des années, a conduit des millions de personnes en sécurité sur des millions de kilomètres.