Publié il y a 49 min - Mise à jour le 17.10.2026 - Julia Razil - 3 min  - vu 118 fois

FAIT DU JOUR Les moustiques mettent les nerfs à rude épreuve

Dans le Gard, l’Hérault et les Bouches-du-Rhône, les pluies d’automne ont provoqué des éclosions massives après un été et un mois de septembre très secs. Malgré 5 000 à 6 000 hectares traités par l'Entente interdépartementale pour la démoustication (EID), les moustiques qui ont échappé aux larvicides rendent la vie difficile aux habitants du littoral méditerranéen. Qui vont devoir faire preuve de patience.

Des professeurs de sport qui renoncent à faire cours sur le stade, des sites fermés comme la Réserve du Petit Rhône à Vauvert, des habitants calfeutrés derrière leurs volets, des terrasses vides malgré des températures encore très clémentes… Depuis quelques jours, les moustiques ont envahi le littoral méditerranéen et rendent fous ses habitants. "C’est l’un des événements les plus significatifs de ces dernières années", reconnaît Jean-Claude Mouret, responsable du pôle coordination opérationnelle de l’EID Méditerranée (Entente interdépartementale pour la démoustication).

Dans le Sud de la France, et notamment en Camargue, il y a toujours eu des moustiques, et même beaucoup. Mais en ce mois d’octobre doux et pluvieux, la gêne est à peine supportable. Au Grau-du-Roi, à Vauvert, à Aigues-Mortes, à Arles ou à Saint-Gilles... Là où l’on marchait paisiblement, il faut désormais traverser de véritables nuages d’insectes. Certains renoncent à promener leur chien, à faire du vélo... Bref, à profiter de l'extérieur. Chaque sortie se payant en une pluie de piqûres.

"J'ai fait rentrer toute la Camargue chez moi"

Le sujet, bien que marronnier, alimente toutes les conversations. "J’ai ouvert la porte de chez moi deux minutes, j’ai fait rentrer toute la Camargue", raconte Lucie, une Arlésienne qui préfère en sourire. D’autres sont au bord de la crise de nerfs. Sur les réseaux sociaux, beaucoup décrivent une situation devenue "invivable" et appellent les pouvoirs publics à réagir. Le paradoxe, c’est que les moustiques s’étaient faits plutôt discrets cet été, la canicule ayant asséché leurs zones de ponte. C’est l’automne, et ses pluies diluviennes, qui les a fait déferler sur le bassin méditerranéen.

"Le point de départ, ce sont les épisodes cévenol et méditerranéen survenus le 30 septembre puis le 7 octobre, indique Jean-Claude Mouret. Conjuguées aux vents marins, ces fortes précipitations ont entraîné la remise en eau des zones humides littorales qui, jusqu’alors, étaient très sèches. Ces mises en eau ont déclenché des éclosions massives de moustiques communs." Et le terme "massives" n’est pas exagéré. "Les larves peuvent atteindre plusieurs milliers d’individus par mètre carré", précise l'expert.

Début octobre, l’EID a disposé d’une fenêtre d’une dizaine de jours, en s’adaptant en permanence à la météo, pour traiter dans plusieurs départements. Plus de 1 200 hectares l’ont été dans les Bouches-du-Rhône et plus de 2 000 dans le Gard, tandis que des opérations étaient aussi menées dans l’Hérault, l’Aude et les Pyrénées-Orientales. "Nous avons déployé toute notre panoplie pour traiter en quelques jours entre 5 000 et 6 000 hectares : avions, hélicoptères, drones et tous les moyens terrestres, afin de réguler au maximum ces éclosions de larves."

Un traitement larvicide efficace à 85 %

Le traitement de l’EID agit sur les larves, avant qu’elles ne se transforment en moustiques adultes. À ce jour, le seul insecticide autorisé par l’Union européenne pour lutter contre la nuisance des moustiques en zones naturelles est le Bti (Bacillus thuringiensis ser. israelensis), un bio-insecticide d’origine naturelle. Son efficacité est de l’ordre de 85 %, donc un traitement laisse toujours échapper des moustiques. Sur des centaines d’hectares d’éclosion, ce résidu de 10 à 15 % peut représenter, localement, une nuisance considérable. "Oui, la gêne actuelle est insupportable, mais les moustiques que l’on subit représentent les 10 à 15 % de larves qui ont échappé au traitement. Imaginez ce que ce serait sans traitement !", ajoute Jean-Claude Mouret.

Pourquoi y en a-t-il autant ? "C’est au regard des densités de larves exceptionnellement élevées et de l’ampleur des surfaces concernées. Même si une faible proportion de larves a survécu aux traitements, cela suffit à provoquer, après émergence, des nuisances importantes." L’intensité varie selon les territoires. "La plus forte se situe dans l’est de l’Hérault, le Gard et les Bouches-du-Rhône. On a tous en tête cette image assez marquante de nuages de moustiques au Grau-du-Roi. À Arles, par exemple, la nuisance est due à la présence à la fois des espèces rurales qui ont éclos dans les zones humides et du moustique tigre qui, lui, a bénéficié des précipitations et a éclos dans nos jardins, dans nos cours car il est bien présent en zones urbaines."

Jusqu’à quand ?

Un moustique commun vit environ un mois, et le pic d’intensité de ce genre de prolifération se situe dans les premiers jours. Les nuisances devraient donc diminuer progressivement avec la disparition naturelle des adultes. Mais tant que les températures resteront douces, elles continueront de favoriser les insectes. À cela s'ajoutent les prévisions météo. De nouvelles pluies sont en effet attendues la semaine prochaine. "Le maximum qui pouvait être fait a été fait. Nous poursuivons la surveillance et restons mobilisés", assure Jean-Claude Moutet.

Pour en savoir plus, consultez le site de l'EID.

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Julia Razil

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