Emblématique de la Provence, le costume d’Arlésienne doit pourtant une partie de son identité à un motif venu de loin. À l’origine, le cachemire trouve ses racines en Inde avant de traverser les frontières et de s’inviter dans les costumes régionaux. C’est cette histoire que raconte la nouvelle exposition du Musée de la Mode et du Costume, intitulée Le Voyage de Cachemire.
Les pièces présentées sont toutes issues des collections de la Maison Fragonard, à l’exception d’une seule. "Cela a été très compliqué de sélectionner des pièces, car elles sont toutes aussi magnifiques les unes que les autres. Nous avons dû faire un choix en fonction de la visée de l’exposition", confie Clément Trouche, directeur du musée.
Le motif appelé "boteh" en Inde, apparaît en Europe au XVIIIᵉ siècle, notamment grâce aux échanges commerciaux entre l’Inde et la Grande-Bretagne. Les Européens le désignent alors sous le nom de "palmette", ou plus communément de cachemire. D’abord porté sous forme de châle, il séduit progressivement les Françaises. La Compagnie des Indes adapte ses productions aux goûts de sa clientèle et contribue à diffuser ce motif en Europe.
Mais le cachemire ne reste pas longtemps réservé aux pièces importées. Les industriels français s’approprient à leur tour ces motifs et cherchent à reproduire les modèles indiens, donnant naissance à un style à la française.
Une démocratisation par l’industrie française
La fabrication des châles en cachemire se développe dans plusieurs villes françaises, notamment à Paris, Lille et Nîmes. Dans la capitale gardoise, les fabricants cherchent à rendre ces pièces plus accessibles. Pour réduire les coûts, ils simplifient les décors, mélangent la laine et le coton ou encore impriment les motifs sur les étoffes.
Ces adaptations permettent au cachemire de toucher un public plus large, au-delà de l’élite. Les Françaises en raffolent au point que le motif s’invite jusque sur les vêtements d’intérieur. Sa popularité gagne progressivement les différentes régions du pays, où il est adopté et adapté aux traditions vestimentaires locales.
En Provence, il finit par s’ancrer durablement dans les costumes régionaux. Alors que les modes évoluent ailleurs, le cachemire devient un élément incontournable de la tenue traditionnelle de l’Arlésienne.
Un motif devenu emblème provençal
Châles, fichus, jupes ou rubans : le cachemire se décline sur différentes pièces du costume d’Arlésienne. Les fabricants adaptent leurs créations pour répondre aux attentes du marché local et faire de ce motif un élément familier de la garde-robe provençale. Certaines pièces présentées dans l’exposition témoignent ainsi de productions venues d’autres régions, notamment d’Alsace. Les rubans, quant à eux, sont également liés au savoir-faire des rubaniers de Saint-Étienne, qui travaillent pour le marché arlésien.
Derrière cette silhouette immédiatement reconnaissable se cache donc une histoire qui dépasse largement les frontières de la Provence. Né en Inde, diffusé en Europe puis adopté par les fabricants français, le cachemire a progressivement trouvé sa place dans les traditions vestimentaires locales. Aujourd’hui associé à l’identité provençale, il illustre la manière dont un motif venu d’ailleurs peut devenir un marqueur culturel durable. Le couturier arlésien, Christian Lacroix, a fait honneur à ce motif en l’intégrant dans une des pièces d'un de ses défilés haute couture. Et Arles n’est pas la seule ville concernée. Cet héritage se retrouve également dans d’autres villes de Provence, comme Aix, Marseille, Toulon ou Grasse.
Infos pratiques : l’exposition "Le Voyage de Cachemire" est ouverte du 17 octobre 2026 au 3 janvier 2027, puis du 1ᵉʳ mars au 23 mai 2027. Le tarif est de 10 euros par personne et de 8 euros en tarif réduit. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans. Les visites guidées sont proposées avec un supplément de 6 euros. Les billets peuvent être réservés directement sur le site du musée ou achetés sur place.