Ils ont commencé leur rendez-vous sur la pointe des pieds, ils l’ont terminé avec le sourire, à l'aise, comme s’ils étaient à la récréation. Plutôt que de rester chez eux en cette première semaine de vacances, dix-huit jeunes, entre 9 et 16 ans, ont appris à préparer et mener une interview, en théorie, mais surtout en pratique, grâce à plusieurs rencontres : une artiste illustratrice, une plombière, une pompière, Jalil Benabdillah, vice-président de la Région Occitanie en charge de l’économie, mais aussi Lucie Roesch, la sous-préfète de l’arrondissement d’Alès. Cette semaine, organisée par l’association MeltingPhot s’inscrit dans le cadre du programme d’orientation par l’image "Je filme mon futur métier – Hors clichés".
"Chocolat ou vanille ?", "Bureau ou terrain ?"
CV de la sous-préfète dans une main, fiche de questions dans l’autre, casque sur la tête, yeux alternant entre les notes, la caméra et leur interviewée du jour, les jeunes ont d’abord cherché leur marque à l'étage de la sous-préfecture. Et les ont vite trouvées.
Après quelques présentations individuelles timides et l'explication de leur projet, la douzaine de journalistes en herbe présents, quelque peu intimidés, ont vite laissé parler la légèreté propre à la jeunesse, mais aussi leur travail préparatoire parler pour eux-mêmes. L’interview a commencé par une vingtaine de questions "flash" : "Chocolat ou vanille ?", "Café ou thé ?", "Lève-tôt ou couche tard ?", "Sucré ou salé ?", "Bureau ou terrain ?", "Chien ou chat ?". Tant de questions qui ont permis aux intervieweurs et à l'interviewée de briser la glace, avant de rentrer dans le vif du sujet.
Un parcours de "fonceuse"
Le clap "Scène 1 : interview de la sous-préfète d'Alès. Silence plateau, ça tourne !" a alors laissé place à une quinzaine de questions plus sérieuses, par exemple sur le "déclic" qui a conduit la femme de 33 ans à occuper cette fonction : "Il n’y en a pas vraiment eu, mais j’ai toujours su que je voulais faire quelque chose d’utile. Mon parcours s'est simplement construit au fur et à mesure des rencontres."
La semaine s’articulant autour de la thématique : "Un métier a-t-il un genre ?", la question d’être une femme dans une position d’autorité s’est forcément posée, d’autant plus dans un département qui compte trois préfètes et sous-préfètes - Nîmes, Alès, Le Vigan - pour autant de postes : "Je n’ai jamais ressenti de barrières ou de stéréotypes particuliers. De toute façon, je suis plutôt du type fonceuse : tant qu’on ne me dit pas que c’est impossible, j'y vais", répond Lucie Roesch.
Montrer l'exemple et la voie
L'entretien a aussi été l'occasion pour la représentante de l'État d’en apprendre plus sur la jeunesse de ce territoire, trois mois après son arrivée, mais aussi quelques jours après les manifestations dans les lycées et dans les rues. Et de leur faire découvrir un bâtiment qui "peut paraître un espace très fermé", ainsi qu’une fonction particulière et méconnue du grand public : "On ne sait pas vraiment ce qui va arriver durant la journée. On sait quel est le programme prévu. En ce moment, ce sont des points de situation météorologique et sécuritaire, des réunions, des visites communales, l'accompagnement dans des projets et la représentation de l'État, mais on arrive rarement à le suivre. On ne sait jamais quand la crise va arriver, mais on doit toujours être prêt. Tout est à découvrir, tout est inattendu", explique la sous-préfète, qui avait officié pendant trois ans à Carcassonne avant son arrivée en Cévennes.
"C’est ce qu’on vient chercher : de la transmission, du partage, des interlocuteurs qui prennent le temps. Les jeunes ne sont pas fainéants, il faut les accompagner et leur montrer le chemin", souligne Abdeslam Chaoui, coordinateur du projet, à la sortie du rendez-vous qui aura duré plus d'une heure. Cette semaine de reportages et interviews prendra forme dans le cinquième numéro de leur "Hébé Mag", édité en février prochain.