Publié il y a 53 min - Mise à jour le 04.11.2026 - Propos recueillis par François Desmeures - 6 min  - vu 51 fois

FAIT DU JOUR Stéphan Maurin, président du Parc national des Cévennes : "Un sentiment d'abandon des territoires"

Le président du Parc national des Cévennes, Stéphan Maurin, lors de la réunion des groupements pastoraux sur le mont Lozère, en août 2024

- François Desmeures

En l'état actuel, le projet de Loi de finances 2027 prévoit de supprimer dix emplois dans les parcs nationaux de France, dont 2,3 équivalents temps plein annuels pour le Parc national des Cévennes (PNC). Ce jeudi matin, à l'occasion du conseil d'administration du PNC, à Florac, son président Stéphan Maurin invitera les membres du conseil d'administration à voter contre le budget proposé par l'État. Une première dans l'histoire des parcs nationaux. Stéphan Maurin explique ce qu'il en attend.

Le président du Parc national des Cévennes, Stéphan Maurin, lors de la réunion des groupements pastoraux sur le mont Lozère, en août 2024 • François Desmeures

Objectif Gard : Quelles sont les raisons qui vous incitent à inviter les membres de votre conseil d'administration à voter contre ce budget 2027 ?

Stéphan Maurin : En fait, c'est plutôt l'orientation qui est prise par rapport à cette mesure qui nous gêne. On ne demande pas seulement le maintien des dix postes, on défend un modèle qui fonctionne, et afin que les parcs nationaux soient mieux protégés lors des prochains budgets. C'est très important pour le président que je suis. Ensuite, les parcs nationaux sont habités - pas tous mais il y en a quelques-uns - ils sont gouvernés avec des élus présents sur le terrain. C'est là où je pense qu'il y a des divergences de vision : ces parcs nationaux, du fait qu'ils soient habités, gouvernés avec des élus présents sur le terrain, sont en avance. Ce que le pays devra faire demain en fait, les parcs nationaux le font déjà.

"L'économie est minuscule, mais le message est terrible !"

Sur quoi ? Le travail de concertation vous voulez dire, la réflexion en commun ?

Oui, sur les expérimentations qui sont faites, sur la protection de la faune et de la flore... Il y a des chiffres éloquents sur le sujet. Un qui m'avait interpellé : 95 % des rivières et des lacs en cœur de parc sont en bon état, contre 44 % en France. C'est un chiffre qui résonne et, pour moi, c'est important. Le fait de ne pas voter le budget, c'est un acte de gouvernance. On a des enjeux environnementaux face à nous, qui plus est avec l'été que nous venons de vivre. C'est un acte de gouvernance parce que là où l'État se retire déjà, la présence des parcs nationaux est cruciale. On est aussi l'État, sur nos territoires, qui sont hyper ruraux d'ailleurs. Et puis - j'avais déjà eu l'occasion de le dire à une autre ministre, au début de ma mandature - l'économie est minuscule, mais le message est terrible ! Si on réfléchit, on ne coûte pas beaucoup d'argent ! Il y a quelque chose qui ne va pas : le budget des onze parcs nationaux, ça représente un euro par habitant en France.

Pour qu'on comprenne bien, le budget est élaboré par vous à partir d'une dotation de l'État, ou c'est l'État qui vous dit où doivent aller les sommes en fonction des actions que vous menez ? 

Il ne faut pas se leurrer, dans le budget qui nous est alloué, 80 à 90 % passent dans la masse salariale. Mais si vous voulez un exemple, récemment, on a encore été interpellé, avec le directeur, par les organisations syndicales de l'école, qui nous disent "les agents du parc, on les voit de moins en moins, ce serait bien qu'ils viennent de temps en temps se poser, discuter, comme ils pouvaient le faire avant". Je ne pense pas qu'en réduisant le nombre de postes, on puisse le faire de manière beaucoup plus efficiente.

Et donc, l'État vous donne un budget en disant, "il faut supprimer 2,3 ETP", sans autre choix ? 

Oui, on est contraints à cela. On nous demande de s'organiser en conséquence... On nous donne ces chiffres-là, et puis on nous dit : "Maintenant, débrouillez-vous pour que ça puisse rentrer". Et pour nous, c'est un signe qui ne va pas dans le sens des enjeux qui sont face à nous. 

"Je suis aussi là pour protéger l'établissement public, quand on le fait un petit peu souffrir"

Les agents du Parc national des Cévennes sont majoritairement des contractuels ?

Il y a des contractuels, et aussi des personnes en CDI. Sauf qu'on a tendance à contractualiser énormément, donc on crée aussi de l'incertitude et de la précarité. C'est un état d'esprit sur lequel on est quand même très vigilant, parce qu'on a envie que notre établissement public puisse fonctionner de la meilleure des façons. 

Dans l'idée de l'État, c'est de toute manière les contractuels qui sauteront en premier... 

Oui. C'est moins de présence humaine sur le terrain, et moins de tout, en fait : un agent qui n'est pas sur le territoire, c'est aussi un agent qui n'intervient pas dans les écoles pour éclairer la jeunesse, pour les enjeux de demain, par exemple. Et tout cela ne se mesure pas qu'à l'instant T. C'est un travail de longue haleine. Il y a du très bon travail de fait. Et moi, je suis aussi là pour que protéger l'établissement public, quand on le fait un petit peu souffrir. En tant qu'élu, c'est mon rôle de le défendre quand il est attaqué.

Combien d'agents compte le Parc national des Cévennes ?

Un peu plus de 80. 

"J'entends bien qu'il faut mutualiser, rationaliser, mais on n'a pas eu de proposition là-dessus"

Et si le budget n'est pas voté ce jeudi, quelle sera la conséquence immédiate, à part de dire à l'État de revoir sa copie ?

Mon idée est là : c'est de sensibiliser nos gouvernants, de leur dire que ce qu'ils sont en train de faire ne va pas dans le bon sens, que le message qu'ils délivrent est terrible pour, finalement, générer peu d'économie. J'entends bien que l'État a besoin d'économiser, qu'il faut qu'il soit sobre, qu'il soit robuste, un peu à l'image des parcs, d'ailleurs. C'est-à-dire essayer d'être résilient. Cependant, je ne pense pas qu'ici, le jeu en vaille la chandelle. Parce que, je vous le dis, en fait les économies sont de pacotille. En plus, nous, le Parc national de Cévennes, on est un parc dont le cœur est habité, avec des enjeux énormes. Et, bien souvent, l'établissement public sert énormément aux collectivités locales de l'hyper ruralité, en termes d'ingénierie d'accompagnement, etc. Ce n'est pas en réduisant les postes qu'on pourra le faire aussi bien.

"Ils nous laissent les mains dans le cambouis"

Avez-vous pu en discuter avec vos homologues des autres parcs nationaux pour savoir s'ils partent sur la même idée de renvoyer l'État à ses travaux ?

Oui. Mon ami le président du parc national des Pyrénées, Louis Armary, est sur la même longueur d'onde que la mienne, parce que lui est concerné par un peu plus de trois postes, ce qui est énorme. Le parc des Écrins est aussi touché. Pour eux, je ne peux pas me prononcer, Mais avec le président du parc des Pyrénées, je dialogue énormément. Lui est dans la même vision que la mienne. Il est vraiment très embêté. Et lui, comme nous, est en train de faire adhérer un grand nombre de communes à la charte du parc des Pyrénées. Et à côté de ça, on lui donne moins de moyens. Donc, comment voulez-vous qu'on puisse travailler convenablement, si on va chercher plus de territoires, plus d'espèces à protéger avec les mêmes moyens ? On ne fait pas du bon travail. J'entends bien qu'il faut mutualiser, rationaliser, mais on n'a pas eu de proposition là-dessus.

Du côté de l'État, dans un budget délicat à construire, on risque de vous répondre que chacun doit contribuer, sans doute...

Oui mais, à ce moment-là, il faudra faire preuve de beaucoup de pédagogie pour nous expliquer comment on peut fonctionner aussi bien avec moins d'argent. Et que, finalement, l'État, qui prend ces décisions-là, puisse être en force de propositions dans l'élaboration de ce schéma. Là, c'est très descendant et ça ne fonctionne pas. Aujourd'hui, en tout cas, les citoyens du territoire national ne supportent plus ces décisions qui descendent de Paris et qui sont incompréhensibles.

Stéphan Maurin avec le directeur du PNC, Vincent Cligniez • François Desmeures

Et si l'État vous disait, "c'est à prendre ou à laisser", est-ce que c'est vous qui seriez obligé de voir quelles actions vous devriez soit enlever, soit revoir à la baisse, etc. ? Ou est-ce que c'est l'État qui se chargerait de dire, "ça maintenant, on s'en moque, on passe à autre chose" ?

Non, non, ils nous laissent les mains dans le cambouis. "Vous avez 2,3 postes en moins, faites avec". Je vous le redis, l'État n'est pas force de propositions. Et les économies, elles sont totalement ridicules au vu des montants qui sont annoncés sur le territoire national.

Il y a moins d'un an, on parlait de la disparition de certains opérateurs de l'État pour faire des économies et de la fusion des parcs nationaux (relire ici). Voyez-vous cette demande comme le premier chapitre d'une fusion à venir ?

Peut-être, peut-être. Mais quand je vois tout ce qu'il se dit dans les journaux télévisés ou à la radio, je pense que notre nation a besoin de dialogue, de confiance, de bien-être. Et le fait de se désengager de plus en plus, c'est un sentiment d'abandon des territoires. C'est catastrophique. Il faudrait l'enrayer pour proposer de nouvelles perspectives, une nouvelle vision face aux enjeux qui sont les nôtres. Moi, j'habite à 1 000 mètres d'altitude, j'ai eu des températures à 37-38 degrés cet été, il serait temps qu'on se pose des questions avant qu'on atteigne les 40... Quand je vois les zones humides qui sèchent les unes après les autres... Il faudrait aussi un accompagnement du monde agricole, qui souffre tout autant. Le monde des campagnes est en train de souffrir. Et la réponse qui nous est donnée pour l'instant, c'est "On vous enlève des postes". Je me dois, en tant qu'élu, de tirer la sonnette d'alarme.

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