« Ce n’est pas un risque potentiel : ce sont des événements que nous avons vécus. » Dans le quartier Safrus Pierre-Longue, le souvenir des 8 et 9 septembre 2002 reste vif. Ces deux jours-là, des pluies diluviennes avaient frappé Villeneuve-lès-Avignon et les communes voisines. L’eau avait dévalé les reliefs, touché des propriétés et endommagé la voirie. Un état de catastrophe naturelle avait été reconnu quelques jours plus tard dans la commune. C’est dans ce secteur résidentiel, au pied d’un espace boisé et à proximité du talweg du Safrus, qu’une maison de 294 m² doit être construite sur une parcelle de 3 212 m² selon le collectif. Un talweg est une dépression naturelle du terrain dans laquelle les eaux peuvent se concentrer en descendant des hauteurs. Pour les riverains, cette situation géographique suffit à justifier une vigilance particulière.
En quelques semaines, l’aspect de la parcelle a changé. Encore largement recouverte de végétation sur une image datée du 27 mai 2026, elle présente, sur des vues prises le 31 juillet, des bandes de terre à nu, des traces d’engins et plusieurs monticules de déblais liés aux travaux préparatoires du projet de construction.
Un projet de maison « en plein milieu d’une zone de ruissellement » ?
Selon le Collectif des riverains de Safrus et Pierre-Longue, la future maison se trouverait « en plein milieu d’une zone de ruissellement ». Ses membres craignent que le terrassement, le déplacement des terres et le retrait de la végétation modifient le parcours de l’eau en cas de pluie exceptionnelle. Ils évoquent notamment un mur situé à l’extrémité de la parcelle. D’après leur témoignage, celui-ci aurait été dévasté par les eaux en 2002, avant d’être reconstruit. Pour le collectif, cet épisode témoignerait de la circulation passée de l’eau sur cette partie du terrain. « Quand on a vécu l’eau qui descend, les routes abîmées et les maisons touchées, on ne peut pas faire comme si cela n’avait jamais existé », estime un riverain.
Le propriétaire rejette cette analyse. Il explique vivre dans le secteur depuis quinze ans sans avoir constaté d’eau sur le terrain et indique que l’implantation de la maison a été étudiée avec son architecte. « Je peux comprendre que la tournure prise par ce dossier ait pu susciter des interrogations légitimes chez certains riverains », déclare-t-il. Il estime cependant que les présentations « alarmistes, voire catastrophistes » qui circulent « ne reposent sur aucun fait ».
Déblais et risque incendie : des versions qui s’opposent
Les riverains évaluent entre 300 et 400 m³ le volume de terre déplacé vers le fond du talweg. Ils signalent également plusieurs tonnes de végétaux coupés. Ces estimations n’ont pas été confirmées par une expertise indépendante. « En deux mois, tout a changé. On voit l’impact sur la parcelle. Nous, cela nous choque parce que c’est notre sécurité », témoigne un membre du collectif. Les habitants qualifient les opérations réalisées de travaux de défrichement et soutiennent qu’elles ont été menées pendant une période de risque incendie élevé. Toujours selon eux, des policiers municipaux seraient intervenus sur place et auraient demandé l’arrêt du chantier.
La commune confirme avoir effectué des rondes dans les secteurs concernés par les arrêtés préfectoraux relatifs au risque incendie, dont Safrus Pierre-Longue. Elle indique également que le maître d’œuvre a été informé des règles de prévention à respecter, sans confirmer formellement qu’un ordre d’interruption du chantier a été donné. « Le risque incendie n’est pas le seul. Il faut aussi regarder ce qui peut se passer avec l’eau, la terre déplacée et la stabilité du terrain », insiste un représentant du collectif. Le propriétaire affirme, de son côté, que son permis est « parfaitement valide » et que les travaux s’y conforment strictement. Il dénonce également des intrusions sur un chantier interdit au public ainsi que des propos qu’il considère comme diffamatoires. Il dit se réserver le droit d’engager des procédures pour défendre ses droits.
Permis et défrichement : ce que répond la mairie
Le propriétaire a obtenu son permis de construire le 30 juin 2022. Le collectif se demande toutefois si les risques d’inondation et d’incendie ont été suffisamment étudiés avant cette décision. La mairie répond qu’ils ont bien été pris en compte et confirme que le permis est toujours valable. Elle indique aussi avoir constaté le début du chantier après la déclaration déposée en mai 2025. Lors de sa visite, le service urbanisme dit avoir vu le chemin d’accès et le terrassement prévu pour les fondations. Il précise néanmoins que la conformité de l’ensemble ne pourra être vérifiée qu’une fois les travaux terminés.
Pour les coupes de végétation, la commune attend le contrôle d’un technicien forestier des services de l’État. Elle rappelle aussi qu’une demande de trois riverains visant à arrêter le chantier a été rejetée le 3 septembre. De son côté, le collectif affirme que ses précédentes démarches n’ont pas permis d’examiner les risques sur le fond, tandis que le propriétaire estime que les procédures menées contre lui ont été jugées infondées. En parallèle, le conseil municipal a lancé le 10 décembre 2025 une révision du PLU, c’est-à-dire une refonte des règles locales de construction. Il ne s’agit donc pas de nouvelles règles déjà applicables au chantier. La mairie souhaite intégrer davantage les risques naturels dans le futur document et étudier de nouvelles protections contre les incendies. Elle attend désormais l’avis des services de l’État. Le collectif, lui, maintient sa demande d’expertise sur les risques d’inondation, d’incendie et de glissement de terrain : « On veut simplement retrouver une certaine quiétude et une certaine sérénité. Notre sécurité n’est pas négociable. »