Publié il y a 39 min - Mise à jour le 16.09.2026 - Propos recueillis par Corentin Corger - 7 min  - vu 22 fois

MONTPELLIER Michaël Delafosse : "Je ne m’interdis pas d'avoir des idées pour mon pays"

Michaël Delafosse Montpellier Méditerannée Business Club

Michaël Delafosse

- Photo Corentin Corger

Maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole, Michaël Delafosse était le premier invité de la saison du Montpellier Méditerranée Business Club. L'occasion pour l'élu d'évoquer son projet politique et ses ambitions en matière de développement économique face aux chefs d'entreprise.

Objectif Sud : Qu’ont validé les Montpelliérains en vous réélisant maire de Montpellier ?

Michaël Delafosse : Ils ont validé d’une certaine manière le slogan que je portais en 2020, un nouveau souffle pour Montpellier. Un maire qui fait ce qu’il dit, qui tient ses engagements. On peut ne pas être d’accord avec lui mais il tient parole et c’est un élément important. Le programme que j’avais promis en 2020 a été honoré et depuis Georges Frêche, j’ai été le seul maire réélu.

Est-ce que votre première satisfaction, c'est d'avoir montré comment Montpellier pouvait porter et réaliser de grands projets ?

Oui, dans un pays qui est devenu d'une complexité administrative sans nom, où le moindre sujet fait l'objet d’un recours, livrer en temps et en heure une infrastructure comme la ligne 5 de tramway, c'est un élément très important. La signature de notre ville doit être le volontarisme et la capacité à faire. À Strasbourg, ils avaient un projet de tramway, ils n'ont pas encore commencé. Cela fait cinq ans. D'emblée, je me suis attaché à ce que nous ayons déjà engagé les nouveaux chantiers : la rénovation de l'hôpital public, la réalisation du contournement Ouest de Montpellier dont on parle depuis 1992 et qui sera en travaux à partir de décembre. Et puis un projet absolument majeur pour notre territoire, la réalisation de la ligne à grande vitesse Montpellier-Perpignan, on a lancé les appels d'offres, cela avance.

Vous avez annoncé la création de 30 000 emplois sur ce mandat, comment fait-on ?

Durant la campagne, j'ai fait des réunions dans tous les quartiers de la ville, je suis allé voir tout le monde. J'ai comme principe qu'il faut toujours dire la vérité aux gens. J'ai parlé d'économie alors que les gens veulent qu'on parle de trottoirs, d'écoles, de parcs. Mais je voulais aussi leur parler d'une des compétences qu'exerce la Métropole : le développement économique. Et je leur ai dit, nous allons nous mobiliser parce qu'il n'y a pas de fatalité à ce que le Languedoc-Roussillon reste la région la plus pauvre de France. Nous devons travailler ensemble pour pouvoir créer de l'emploi et il faut qu'on soutienne les entreprises. Je peux évoquer le tourisme, l'hôtellerie, la restauration, le commerce, où les enjeux sont très importants et les potentiels d'attractivité touristique sont encore devant nous. Et puis, je pense à nos filières.

Lesquelles ?

Dans le domaine du numérique, sur la santé, il paraît que nous avons la plus ancienne faculté de médecine. Aujourd'hui, on a travaillé sur une filière qui s'appelle MedVallée. En ce moment-même, nous sommes dans des négociations très importantes pour pouvoir accueillir une machine qui peut donner de l’espoir aux personnes atteintes du cancer du pancréas et du cerveau. C’est créateur d’emplois. C’est une stratégie de filière. Tous les soirs, nous sommes à la télévision*. C’est unique ! Même des touristes viennent pour cela. La première heure du film Le Comte de Monte-Cristo a été tournée au château de L’Engarran près de Montpellier. Le 20 décembre, alors que je me préparais à inaugurer un tramway, avec une certaine fierté je me retrouvais sur BFM TV à commenter une bande de petits jeunes qui avaient fait une pub pour Intermarché avec une histoire de loup qui est mal aimé et qui a fait un milliard de vues. Ils ont grandi où ? À la Cité Créative, à la Halle Tropisme, dans un tiers-lieu. Et Clair Obscur, ce jeu vidéo développé à Montpellier, reçoit tous les prix contre les géants américains et japonais. Il faut conforter évidemment l'économie telle qu'elle est mais aussi la renouveler pour que nous soyons inspirants et ensuite s'exporter. Je peux aussi vous parler des énergies renouvelables. Sur notre territoire, nous avons les principaux sièges des leaders énergétiques français : TotalEnergies, Engie et EDF.

"Il ne faut pas que le pays ait peur de ceux qui créent"

Vous avez aussi prévu de mobiliser 350 hectares pour faciliter l’installation des entreprises, quel est le but de ce « Welcome Package » ?

De manière très claire, on doit progresser et j'ai donné comme mission à l'administration de la Métropole que nous soyons les meilleurs. Un chef d’entreprise, il doit savoir si c'est oui ou non. Déjà, il faut lui répondre vite. Il ne faut pas le laisser dans l'ambiguïté. La franchise, c'est une vertu. Si on a dit oui, il faut que ça déroule. Et pas donner rendez-vous dans un an. Le welcome package, c’est qu’aujourd’hui il faut lever tous les freins à l’implantation d’entreprises et donc pour les salariés, c’est trouver des berceaux en crèche quand ce sont des jeunes actifs. C’est le lycée international Jules-Guesde, utile pour des collaborateurs étrangers qui sont de passage. Le logement, c’est ce que fait Altémed avec sa filiale In Medio, qui s'efforce d'accompagner les entreprises. Les autorisations d'urbanisme doivent connaître des circuits prioritaires pour ceux qui, demain, vont créer de la richesse sur le territoire. J'ai souvent beaucoup de colère avec les services de l'État : quand la règle est posée, parfois on vient nous en rajouter une autre. J’essaye ardemment d'embarquer, et c'est en bonne voie, la préfète de l'Hérault, dans cette stratégie-là : que l'État ne soit pas lui-même un obstacle et qu'il ne vive pas avec des injonctions contradictoires entre protéger l'environnement, développement économique et logement.

Michaël Delafosse Montpellier Méditerannée Business Club
Michaël Delafosse a fait face aux chefs d'entreprise montpelliérains  • Photo Corentin Corger

Les élus de gauche ne sont pas forcément vus comme pro-entreprise, quelle est votre position ?

J'ai beaucoup d'admiration pour les chefs d'entreprise. Créer, c'est porter un projet, une idée, la concrétiser et surmonter des tempêtes. Le maire est responsable devant les électeurs, eux ils engagent leur propre risque personnel. Et on a besoin de ça. Il ne faut pas que le pays ait peur de ceux qui créent, de ceux qui osent. On ne peut pas être un pays frileux. On doit être un pays courageux, volontaire. Un jour on a lancé les Folies architecturales. Qu'est-ce que je n'ai pas pris dans la gueule ? Et à un moment, on choisit cet architecte japonais Sou Fujimoto. On a osé et d'un seul coup, on a changé le paysage le long du Lez. On a parlé de Montpellier sur toute la planète ! Des gens viennent à Montpellier pour voir cet immeuble. Le risque, il ne faut pas en avoir peur. Plus il y aura de chefs d'entreprise sur la métropole de Montpellier, plus le socialiste que je suis se portera bien.

Concernant la gratuité des transports, il y a des interrogations sur l’endettement de la Métropole et la taxe transport, que répondez-vous ?

Les gens contribuent, il faut qu'ils en aient pour leur argent. Quand on fait une nouvelle ligne de tramway, on connecte la gare, on reprend les espaces publics du centre-ville, on s'occupe des quartiers qui vont très mal et qui parfois défraient la chronique, j'assume ce niveau d'investissement. Le long de la ligne 5 du tramway, tous les biens immobiliers ont pris 30 %. Et dans le quartier Cambacérès, c'est le seul quartier tertiaire en France où on est à + 17 %. Tout le monde a bien vu quelle était la force de ce quartier d'affaires. Des grands groupes hôteliers signent dans l'Écusson de Montpellier, je préfère ça que les hôtels miteux, où on hébergeait des mineurs non accompagnés ou d'autres activités peu morales. Le niveau d'investissement que nous avons déployé dans le premier mandat, c'était pour rattraper ce qui n'avait pas été fait et remettre Montpellier sur la carte. Bien sûr qu'on a tous besoin d'une voiture, mais on permet aux gens de pouvoir se déplacer gratuitement quand le diesel est à 2,30 €, c'est un truc de dingue, ça dévore la feuille de paye. Ce que payent les chefs d'entreprise, ça va dans le déficit du commerce extérieur pour des types sans scrupules sur la péninsule arabique. Donc, il y a un moment, cette mesure permet de changer. Et elle fait parler partout de Montpellier.

"Il faut préparer la France au XXIe siècle"

Comment remédier à la crise du logement sur le territoire de Montpellier ?

Il y a une crise du logement partout en Europe. Montpellier, évidemment, n'y échappe pas. Les choses se sont fortement dégradées quand M. Lemaire a supprimé le dispositif dit Pinel. Tous les investisseurs ont commencé à mettre en difficulté la filière du logement. Parallèlement, produire du logement est devenu beaucoup plus difficile d'un point de vue réglementaire. Aujourd'hui, vous voulez vous faire élire, vous dites que vous ne faites pas le logement. Moi je dis, il faut en produire. La question, c'est l'accès. Donc, on travaille sur plusieurs leviers. Il existe un outil très intéressant, l'organisme foncier solidaire, qui permet aux jeunes ménages d'accéder à la propriété à travers le bail réel et solidaire. On a un projet de 4 000 logements à l'échelle de la commune, on a commencé. Ce qui doit permettre aux gens de pouvoir financer leur logement en le finançant et en étant propriétaires. Nous attendons beaucoup de l'élection présidentielle, où je soutiens Raphaël Glucksmann, parce qu'il faudra que l'État prenne sa part pour relancer la filière du logement. Ce n'est pas en mettant les permis de construire de manière dématérialisée qu'on règle les problèmes, ça c’est pour M. Kasbarian, éphémère ministre du Logement.

Pour finir, en termes de carrière politique, avez-vous envie d'aller plus loin que Montpellier ?

Je suis engagé sur ce territoire depuis toujours. François Hollande a fait une réforme qui a fait beaucoup de mal au pays que j’ai soutenu, mais qui est une fausse bonne idée. Il a mis fin au cumul des mandats et donc vous avez deux types de classe politique : celle des maires, vice-présidents, adjoints au cœur des réalités, à portée d'engueulades comme on aime le dire. Et puis vous avez des députés qui ne sont plus en lien avec les administrés. Cela fait beaucoup de mal au pays. Mon engagement est pour la métropole de Montpellier. Et si je vous dis, et au-delà, je vais avoir des ennuis (rires). Il faut surtout que l’on arrive à travailler avec le nouveau maire de Nîmes, Vincent Bouget, le nouveau maire de Sète et avec Stéphan Rossignol. Mais je ne m’interdis pas d'avoir des idées pour mon pays. À un moment, on ne peut pas continuer comme ça, à ce que le niveau scolaire chute. Dans une école primaire à Montpellier, comme on est absolument nuls en langue étrangère, les animateurs du périscolaire parlent en anglais aux enfants. Il faut préparer la France au XXIᵉ siècle. La France ne peut pas rester sur elle-même à penser que c'est la grande nation du temps de Louis XIV ou de Napoléon. C'est fini. Aujourd'hui, il y a une nation qui s'appelle la Chine qui va de l'avant. Il faut qu'on se prépare. Si on n'est pas au rendez-vous des infrastructures de compétitivité en matière de transport, si on ne soutient pas notre développement économique, l'innovation, si on n'accompagne pas aujourd'hui nos entreprises sur la question de l'intelligence artificielle, absolument majeure, nous allons être déclassés à une vitesse grand V. J’aime mon pays, j'aime ma ville et donc je m'efforce de faire réussir Montpellier pour contribuer à faire réussir la France.

* La série "Un si grand soleil" de France 2 est tournée à Montpellier. "Demain nous appartient" et "Ici tout commence" sur TF1 sont surtout tournées à Sète et dans le Gard, mais étroitement liées à l'essor des studios de la région montpelliéraine.

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