« La sécurité des habitants sera notre sécurité. » Une promesse, mais aussi la ligne rouge posée par Ludovic Di Rollo, maire de la commune, devant les riverains. Mercredi 16 septembre, dès midi, une dizaine de riverains avaient pris place dans l’ancienne salle du conseil municipal de Laudun-l’Ardoise. Au total, une cinquantaine de personnes se sont succédé au cours de la journée. Face aux représentants de MGH Energy, ils sont venus découvrir ce projet d’usine de carburants de synthèse à plus d’un milliard d’euros et, pour certains, questionner ses conséquences sur les risques industriels et leur cadre de vie. Les échanges se sont poursuivis jusqu’à 20 heures.
Retenu sous l’ancienne municipalité d’Yves Cazorla, avec Jean-Christian Rey alors président de l’agglomération du Gard rhodanien, le projet de MGH Energy avait été sélectionné à l’issue de l’appel à projets consacré aux sites industriels "clés en main" de France 2030. Le projet n’est pas encore définitivement autorisé : deux années d’études, estimées à 50 millions d’euros, doivent désormais en préciser la faisabilité et les garanties de sécurité.
Pourquoi Laudun-l’Ardoise ?
Pour Élodie Haté, directrice du développement de MGH Energy, Laudun-l’Ardoise est « un des meilleurs sites de France » pour accueillir cette activité. L’entreprise disposerait de l’eau et de l’électricité nécessaires, mais aussi d’une plateforme industrielle existante de 35 hectares. L’usine ne viendrait donc pas occuper de terres agricoles. La proximité du Rhône permettrait d’expédier les carburants par barges et de limiter le trafic routier. Élodie Haté met aussi en avant « la culture de la sécurité et de la sûreté » de ce territoire situé entre Marcoule et le Tricastin. MGH Energy prévoit de produire des carburants de synthèse à partir d’hydrogène et CO₂ récupérés dans les fumées industrielles. Le méthanol ainsi obtenu pourrait être utilisé par les navires ou transformé en kérosène pour l’aviation.
Le bouclage financier est espéré fin 2028. Les travaux pourraient ensuite se poursuivre jusqu’à fin 2031. MGH rappelle que ces carburants durables sont
« imposés par la réglementation européenne ». Les compagnies aériennes qui ne respecteront pas les objectifs d’incorporation s’exposeront, selon Élodie Haté, à des « pénalités très, très fortes ».
Des stockages éloignés des maisons
Parmi les principales craintes des riverains figurent le risque d’explosion, l’impact visuel de l’usine et les possibles nuisances pour le voisinage. MGH affirme avoir placé les installations les plus hautes et les stockages au bord du Rhône, à l’autre extrémité du terrain et au plus loin des habitations. Selon les premières modélisations, « il n’y a pas un seul cercle de danger qui dépasse ces 35 hectares en direction des riverains ». Le projet a aussi été modifié après une rencontre avec l’association de protection du hameau de L’Ardoise. MGH a réduit les volumes qui pourraient être stockés sur place afin de rester classé Seveso seuil bas, une des principales craintes du collectif.
Cette décision entraînerait davantage de rotations par barges, mais limiterait les quantités de produits présentes sur le site. L’entreprise prévoit de privilégier le transport fluvial et le fret ferroviaire plutôt que les camions.
L’obligation de rester classé Seveso seuil bas doit être inscrite dans la promesse de bail. Ludovic Di Rollo souhaite désormais encadrer la suite du projet avec MGH : « Notre rôle à nous, c’est de travailler ensemble pour sécuriser tous les engagements. » Christophe Serre*, président de l’agglomération du Gard rhodanien soutient : « Tout changement conduisant à un classement SEVESO seuil haut ne sera pas accepté. Cette exigence figurera parmi les conditions structurantes de la relation contractuelle avec le porteur de projet. »
Emplois, fiscalité et rendez-vous mensuels
MGH annonce environ 450 emplois pendant la construction de l’usine, puis 200 lors de son exploitation. Le projet doit générer des recettes fiscales pour le territoire. Une première estimation interne avançait plus d’un million d’euros par an. Après l’intervention d’un cabinet de fiscalistes, Élodie Haté assure que le montant pourrait être « beaucoup plus élevé ».
La rencontre du 16 septembre n’était qu’une première étape. MGH s’est engagée à revenir en mairie tous les mois jusqu’au lancement de la concertation officielle placée sous l’égide de la Commission nationale du débat public. Ces rendez-vous permettront de présenter les résultats des études et de répondre aux nouvelles questions. Ludovic Di Rollo souhaite organiser des réunions à L’Ardoise et des directs sur Facebook.
Les études ne font que commencer, mais le maire entend tenir les engagements pris devant les habitants, notamment en matière de sécurité. La commune et l’agglomération suivront le dossier et les garanties apportées par MGH. Face aux inquiétudes, Ludovic Di Rollo assure que les collectivités resteront aux côtés des riverains : « Ne dites pas que l’agglomération et la mairie ne sont pas avec vous. Bien au contraire. »
Christophe Serre, président de l'Agglomération du Gard rhodanien : "Poursuivre le dialogue, garantir la sécurité, préparer l'avenir"
"La sécurité des biens et des personnes est, et restera, la première des priorités des élus. Elle ne constitue en aucun cas une variable d’ajustement au service d’un projet économique. Les inquiétudes exprimées par certains habitants sont entendues et prises en considération. C’est précisément pour y répondre que le projet devra démontrer, au travers d’études techniques, environnementales et réglementaires approfondies, sa capacité à garantir un haut niveau de sécurité.
Il convient également de rappeler que le projet n’en est qu’à ses débuts. Aucune autorisation de construire ou d’exploiter n’a été délivrée à ce jour. De nombreuses étapes restent à franchir : études techniques et environnementales ; étude de dangers ; concertation préalable sous l’égide de la CNDP (Commission Nationale du Débat Public) ; enquête publique ; instruction par les services de l’État ; autorisations administratives… Aucun chantier ne pourra être engagé avant l’aboutissement de ces procédures. L’agglomération entend conduire ce dossier dans un esprit de transparence et de dialogue permanent.
Concernant le classement SEVESO, l’agglomération réaffirme sa position avec la plus grande clarté : la promesse de bail actuellement en préparation comportera des engagements fermes visant à maintenir le projet dans le cadre d’un classement SEVESO seuil bas, conformément aux orientations retenues par les collectivités, ainsi qu’aux conclusions des réunions publiques menées avec les entreprises et les habitants. Tout changement conduisant à un classement SEVESO seuil haut ne sera pas accepté. Cette exigence figurera parmi les conditions structurantes de la relation contractuelle avec le porteur de projet.
Le projet MGH Energy a été retenu à l’issue d’un appel à projets exigeant, où il a fait la démonstration d’une forte cohérence avec les ambitions du territoire en matière de décarbonation, innovation, emploi, multimodalité, chaîne de valeur et réindustrialisation.
Pour autant, l’agglomération et le porteur de projet demeurent pleinement mobilisés afin que son développement s’effectue dans le respect de la sécurité des habitants, de la protection de l’environnement et de la transparence vis-à-vis du public.
Enfin, et c’est le plus important, ce projet représente une opportunité majeure pour le territoire et son économie. Il s’inscrit pleinement dans les objectifs de réindustrialisation et de souveraineté énergétique de la France, en développant la production de carburants de synthèse décarbonés à partir d’hydrogène et de CO₂ valorisé.
Avec près d’un milliard d’euros d’investissements annoncés et plusieurs centaines d’emplois mobilisés pendant les phases de construction puis d’exploitation, ce projet constitue un levier important pour l’attractivité économique du Gard rhodanien, la commune de Laudun-l’Ardoise, les commerces, entreprises locales et services du territoire.
Les emplois créés contribueront à maintenir la vitalité, le dynamisme démographique et l’activité des équipements publics.
Président de l’agglomération du Gard rhodanien, je me félicite que le territoire puisse recevoir un projet d’une telle envergure, porté par une société qui souhaite s’impliquer et s’intégrer dans le tissu économique local. Un projet qui, n’en doutons pas, en précède d’autres tout aussi structurants pour le territoire."
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