Ils sont en grève depuis mardi. Et avaient obtenu, ce jeudi, une rencontre avec la ministre de la Mer et de la Pêche. Au lendemain de ce rendez-vous, les pêcheurs de Méditerranée attendent toujours du concret. Notamment, en ce qui concerne le carburant. Point essentiel de leur réunion avec la ministre.
L’un des motifs de révolte des pêcheurs est en effet la flambée des prix à la pompe, qui ne leur permet plus de poursuivre leur activité dans de bonnes conditions. Les syndicats et le gouvernement ont d’abord convenu du prolongement des aides jusqu’en décembre. Leur montant sera défini en fonction des fluctuations du prix du carburant à la pompe. "Cela ne compensera pas la totalité, mais au moins 70 % des surcoûts", se satisfait Perrine Cuvilliers, secrétaire générale de l’OP (Organisation de producteurs pêcheurs) du Sud, présente au ministère.
Autre mesure évoquée : la mise en place d’un prêt bonifié garanti par l’État, avec un remboursement différé. Concrètement, ce dispositif permettrait aux navires ayant dû puiser dans leur trésorerie, pour continuer leur activité, de bénéficier d’un financement à des conditions plus avantageuses, avec un délai avant de commencer le remboursement.
Autre demande des syndicats : la hiérarchisation des dossiers. "Jusque-là, l’Agence de services et de paiement (ASP) traite les dossiers d’après leur date de dépôt. Il n’existe donc pas de priorité en fonction du montant ni de l’entreprise. Cette hiérarchisation permettrait donc de traiter en priorité les dossiers les plus urgents, afin de compenser en premier les flottilles les plus dépendantes au carburant et les plus en difficulté", ajoute Perrine Cuvilliers.
Thon rouge, quotas et anguille : des dossiers encore sensibles
L’attribution des flexibilités interannuelles de cette année est un autre point de préoccupation pour les pêcheurs. Ces flexibilités permettent de reporter une partie d’un quota de pêche non consommé d’une année sur l’autre. Cette année, elles ont été allouées de manière plus importante en Atlantique, par rapport à la Méditerranée.
La ministre aurait certifié, lors de cette réunion, que cela ne remettrait pas en cause les allocations de quota de l’année prochaine. Toutefois, pour les flexibilités interannuelles de 2027, le surplus de quota non consommé, pouvant être réattribué en cours d’année, sera discuté au sein même de la profession.
Concernant l’autorisation de la pêche du thon rouge, il avait été acté l’année dernière, en commission thon rouge avec la profession, que 15 nouvelles autorisations pour la pêche de cette espèce devraient être délivrées en Méditerranée. Mais, seulement cinq pourront actuellement être distribuées. Les dix autres devront être négociées en novembre, au moment de l’ICCAT, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique.
Le sujet de l’anguille a également été abordé. D’ici la fin de l’année, un plan de sortie de flotte sera établi. Celui-ci doit proposer un barème intéressant pour les bateaux souhaitant sortir de la pêcherie, autrement dit, cesser leur activité de pêche sur cette espèce en échange d’une aide. Il reste encore à régler le problème d’éligibilité de certains navires.
Les pêcheurs demandent une révision du plan WestMed
Selon Perrine Cuvilliers, Catherine Chabaud aurait "donné son accord pour établir des propositions de révision du plan WestMed auprès de la Commission européenne". Les syndicats de pêcheurs méditerranéens soulignent que ce plan n’est pas adapté à leur activité.
Le plan WestMed établit des mesures de gestion de la pêche au merlu en Méditerranée occidentale. Problème : cette pêche concerne uniquement un pourcentage restreint de chalutiers. "C’est l'un des plus gros dossiers qui doivent être traités. Pour l’instant, nous avons seulement évoqué le sujet. Des discussions plus approfondies sont attendues lundi lors de la venue de Catherine Chabaud au Grau-du-Roi", insiste la secrétaire générale de l’OP du Sud.
Des avancées, mais encore des garanties à obtenir
Cette réunion au ministère a donc permis d’ouvrir les discussions sur plusieurs dossiers. "Pour l’instant, ce n’était que des paroles. Nous attendons la mise par écrit des sujets évoqués, mais surtout des certitudes. Nous avons avancé sur quelques-uns, mais cela n’est pas encore suffisant. Il nous reste à évoquer la question de la surcharge administrative, et surtout à approfondir le sujet du plan WestMed. Lundi sera une journée décisive", martèle Perrine Cuvilliers.
En attendant, les syndicats ont tenté de calmer le jeu sur le terrain. Les bateaux resteront au port jusqu’à lundi, date d'une nouvelle réunion avec la ministre. Mais cette fois-ci, au Grau-du-Roi.