Il aura fallu deux décennies de recherche, de nombreux essais et le soutien de partenaires institutionnels et industriels pour voir ALGIFOAM sortir des laboratoires d’IMT Mines Alès. Ce mercredi 16 septembre, l’école d’ingénieurs a organisé une conférence de presse à l’Agora HUB Créativité, sur le campus Louis Leprince Ringuet, afin de présenter ce matériau et de célébrer son premier succès commercial : un coffret premium réalisé pour la maison de parfumerie Caron.
Derrière cette innovation, une équipe de chercheurs et d’ingénieurs du Centre des matériaux des mines d’Alès (C2MA), avec notamment Éric Guibal, enseignant-chercheur, Thierry Vincent, ingénieur de recherche et développement, Benjamin Gallard, ingénieur de recherche et développement, et Arnaud Regazzi, enseignant-chercheur. Leur travail porte sur les biopolymères d’origine marine, et notamment l’alginate, une molécule naturelle extraite des algues brunes.
Des algues brunes aux objets structurés
L’histoire d’ALGIFOAM commence avec un premier matériau expansé baptisé ALGIMEL. Si les premières expérimentations ont permis de démontrer le potentiel de cette matière, elles se sont heurtées à des difficultés de production, notamment des temps de séchage trop longs et une fabrication limitée à des plaques.
L’équipe a alors imaginé une nouvelle approche, inspirée du fonctionnement des matériaux expansés utilisés dans l’industrie : produire des billes de biopolymère expansées, puis les agglomérer sans colle afin de former des objets structurés.
Le matériau obtenu se présente sous différentes formes et peut être adapté à de nombreux usages. Il peut être teinté avec des colorants naturels, associé à du bois, du papier, du cuir ou du textile, ou encore combiné à des résines et des fibres pour développer des composites. Ses propriétés mécaniques et sa résistance au feu ouvrent également des perspectives dans des secteurs techniques, au-delà du seul univers du luxe.
« Dans un premier temps, on a fait évoluer ce produit afin qu'il sorte du laboratoire. Aujourd'hui, notre objectif est de faire en sorte qu'il séduise un maximum de personnes », explique Benjamin Gallard.
Le matériau est issu d’algues marines bretonnes et se distingue, selon l’équipe, par son origine biosourcée, sa biodégradabilité en conditions de compostage ménager et un procédé de fabrication sans solvant ni composé toxique. La production repose par ailleurs sur une consommation énergétique limitée.
Une aventure née avec des moyens artisanaux
Avant d’atteindre l’échelle pilote, le projet a connu des débuts particulièrement modestes. Les premiers équipements ont été assemblés avec du matériel de récupération, parfois même des appareils de cuisine, comme le raconte Éric Guibal. « Nous n'avons répondu à aucun appel à projet, et les développements en matériaux nécessitent généralement beaucoup d'investissement ».
L’équipe a progressivement fait évoluer ses méthodes, jusqu’à obtenir le soutien de la région Occitanie et de partenaires industriels. Gainerie 91, entreprise spécialisée dans les écrins et emballages haut de gamme, a notamment accompagné le développement d’applications pour le secteur du luxe.
Pour Benjamin Gallard, le passage à l’échelle pilote a constitué une étape déterminante. Il a permis de répondre à des demandes industrielles plus importantes et de démontrer que le matériau pouvait dépasser le stade de l’expérimentation en laboratoire.
« Toutes les étapes que nous avions imaginées ont été franchies, tant sur le plan technique que dans la construction de nos partenariats », souligne-t-il. « Depuis notre paillasse, nous avons réussi à convaincre institutions et industriels, à valider nos hypothèses et à aller au-delà de ce que nous pensions possible. »
Un coffret Caron réalisé en 150 exemplaires
La concrétisation de cette recherche prend aujourd’hui la forme d’un objet destiné à l’univers du parfum. À l’occasion des 150 ans de Gitana, la lignée de bateaux de course liée au groupe Edmond de Rothschild, la maison Caron a souhaité développer un coffret premium en édition limitée autour de son parfum Pour un Homme.
Le projet a été imaginé avec le concours de ByKarbone, une société de design associant l’univers du luxe à celui des sports extrêmes, et de Gainerie 91. L’objectif était de créer un écrin singulier, à la fois esthétique et porteur d’une histoire.
Le coffret associe plusieurs matériaux. La boîte et sa structure intègrent de la fibre de carbone récupérée sur un bateau de course, un matériau choisi pour rappeler l’univers nautique et valoriser des chutes de production. À l’intérieur, ALGIFOAM intervient pour constituer la structure accueillant le flacon de parfum. Le bois peint et le cordon de cuivre viennent compléter l’ensemble, ce dernier faisant écho aux éléments du bateau.
Au total, 150 coffrets uniques ont été produits. Pour IMT Mines Alès, cette réalisation représente une première sortie commerciale concrète d’un matériau développé dans ses laboratoires.
Une collaboration entre recherche et industrie
André Font, directeur de l’innovation de Gainerie 91, était présent lors de la rencontre. Il a insisté sur l’intérêt de cette collaboration entre une école d’ingénieurs et une entreprise du secteur du luxe. « Avec ALGIFOAM, on est en plein dedans : un matériau biosourcé, entièrement biodégradable, avec plein d'avantages », explique-t-il.
Le partenariat a permis de confronter les propriétés du matériau aux contraintes d’un projet industriel réel. La fabrication des coffrets a également mobilisé les équipes de l’école, qui ont dû passer de prototypes réalisés en petites quantités à une production de 150 pièces, avec les opérations d’assemblage et d’expédition.
Pour Assia Tria, directrice d’IMT Mines Alès, cette première commercialisation illustre le rôle de la recherche publique dans le développement économique et industriel du territoire. « ALGIFOAM est la preuve que les investissements publics dans la recherche portent leurs fruits », affirme-t-elle. Elle souligne également le soutien de la région Occitanie et l’importance des liens entre les laboratoires, les institutions et les entreprises.
Vers de nouvelles applications industrielles
Après cette première réalisation dans le domaine du luxe, l’équipe d’ALGIFOAM® entend poursuivre le développement de sa technologie. L’objectif affiché est désormais de favoriser son transfert vers des producteurs industriels de matériaux, afin d’accélérer sa commercialisation.
Des perspectives existent notamment dans l’aéronautique, le packaging technique et d’autres secteurs à la recherche de matériaux alternatifs aux solutions issues de la pétrochimie. Des contacts ont déjà été noués avec des industriels spécialisés dans les mousses et les matériaux techniques.