En Méditerranée, la colère monte chez les pêcheurs. Ce mardi matin, ils se sont mobilisés à Fos-sur-Mer où ils ont bloqué le port. L'après-midi, ils étaient à Sète. D’autres professionnels ont également mené des actions entre Béziers et Perpignan.
Philippe Rosellini, pêcheur aux Saintes-Maries-de-la-Mer, participe lui aussi au mouvement. Parmi ses principales revendications : la surcharge administrative, qui pèse de plus en plus sur les professionnels. Les pêcheurs doivent multiplier les déclarations et les papiers pour exercer leur activité. "Personnellement, je fais partie des petits métiers, je dois donc déclarer mon activité une fois par mois. Mais certains de mes collègues, notamment ceux avec des chalutiers, doivent déclarer leur activité tous les jours. Ils doivent préciser dans un carnet à quelle heure ils sont allés en mer, à quelle heure ils ont lancé le filet, combien de poissons ils ont pêché...", explique-t-il.
Le carburant au centre de la colère
Autre point de révolte : le prix du gasoil. "Avant la période du Covid, nous étions à 0,56 € le litre. Au moment du Covid, avec les aides de l’État, nous étions descendus à 0,28 €. Désormais, nous sommes à 1,30 € le litre, ce qui est une perte totale de rentabilité", indique le Saintois.
Avec ces tarifs, sur cinq jours de pêche, trois servent à rembourser le coût du carburant et les deux autres à payer les matelots. Une situation devenue insoutenable pour certains patrons de pêche de chalutiers. "Pour ma part, mon petit bateau consomme moins. Mais certains possédant des chalutiers doivent puiser dans leurs économies personnelles afin de payer l’essence pour pouvoir pêcher", témoigne le pêcheur professionnel.
Les pêcheurs réclament désormais une aide permettant d’atteindre un coût net cible de 0,60 € le litre pour les entreprises de pêche. Ils attendent également toujours d’être payés par l’État pour les précédentes aides.
Le plan WestMed dans le viseur
Autre problème : depuis 2018, l’Union européenne a mis en place le plan WestMed pour une durée de cinq ans. Son objectif : restaurer les stocks de poissons menacés, tout en conciliant la conservation de la biodiversité marine et la viabilité économique des flottes de pêche locales. Le plan pluriannuel ayant touché à sa fin, sa gestion devient désormais annuelle. Une situation qui inquiète les pêcheurs, car elle leur offre peu de visibilité économique.
Parmi les revendications des organisations de pêcheurs, aider les entreprises à faire face aux contraintes du plan WestMed est donc une priorité. La profession souhaite mettre en place, avec les structures professionnelles, un plan pluriannuel d’accompagnement économique de la flotte méditerranéenne pour faire face aux conséquences cumulées du dispositif. L’objectif est également de donner aux entreprises une visibilité sur leurs conditions d’activité en 2027 et au-delà.
Des contraintes toujours plus nombreuses
La répartition des quotas de thon rouge pour 2027 a également été dévoilée. Une nouvelle contrainte qui s’ajoute à la surcharge administrative et financière. La quasi-totalité des licences a été attribuée à l’Atlantique, notamment à la Bretagne. "Cela crée une inégalité sur le territoire", explique Philippe Rosellini. Les organisations réclament de revenir à la "répartition historique" appliquée et de ne pas redistribuer le quota au détriment des flottilles méditerranéennes concernées. Autre problématique : la protection des anguilles. Les pêcheurs doivent faire face à des pertes économiques en raison de deux mois de fermeture supplémentaires.
À toutes ces contraintes s’ajoute le changement climatique. "À l’avenir, notre métier va devenir de plus en plus compliqué car il y a de moins en moins de poissons en Méditerranée. Des espèces disparaissent, d’autres diminuent au fil des années. Contrairement à des agriculteurs, nous ne semons pas. Nous récoltons seulement…"
Une rencontre avec la ministre ce jeudi
Les pêcheurs se sont ainsi réunis ce mardi, en début d'après-midi, à la capitainerie de Sète. "Nous nous mobiliserons jusqu’à ce que nous soyons entendus par l’administration. Et jusqu’à l’obtention d’un rendez-vous avec les cabinets ministériels", ont témoigné les organisations de pêcheurs.
Pour se faire entendre, les pêcheurs méditerranéens ont bloqué à quai un bateau de Corsica Ferries. Leur objectif : obtenir un rendez-vous avec Catherine Chabaud, la ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche. Les pêcheurs ont finalement obtenu gain de cause. Les organisations ont décroché un rendez-vous avec la ministre jeudi à 11 heures, à Paris. En attendant cette rencontre, tous les bateaux qui doivent rentrer dans le port de Sète seront bloqués.