Publié il y a 4 h - Mise à jour le 20.09.2026 - Olivier Lemierre - 4 min  - vu 115 fois

FAIT DU JOUR Le Théâtre antique d'Arles fait le plein contre la ligne aérienne 400 000 volts

Le Théâtre antique d'Arles était comble.

- Olivier Lemierre

Pari gagné pour le collectif THT 13/30. Le Théâtre antique d'Arles a réuni 2500 à 3000 personnes ce samedi 19 septembre lors du grand rassemblement organisé contre le projet de ligne aérienne 400 000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-Sur-Mer. 120 élus de tous bords étaient présents pour réclamer que des solutions alternatives soient choisies par RTE (Réseau de Transport d'Electricité) et l'Etat afin de décarboner l'industrie dans la zone industrielle de Fos. 

C'était le rendez-vous de la dernière chance et le pari a été réussi. A l'occasion des journées du patrimoine, dans le joyau du Théâtre antique d'Arles, le rassemblement démocratique et citoyen organisé par le collectif THT 13/ 30 a rassemblé entre 2500 et 3000 citoyens dont 120 élus de tous bords, unis dans le même combat. Un combat essentiel pour préserver les territoires de la Camargue, de la Terre d'Argence et la Crau menacés par le projet de construction d'une ligne aérienne très haute tension de 65 km entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer, avec 180 pylônes de 60 à 80 mètres de haut.

L'objectif visé par l'Etat et RTE (Réseau de Transport d'Electricité) est à la fois de favoriser le développement économique de la zone de Fos et de décarboner l'industrie. Un impératif que chacun des intervenants lors de cette soirée reconnait et partage, mais qui ne doit pas se réaliser au détriment des territoires traversés par cette ligne 400 000 volts, au détriment des paysages, de l'environnement et de la biodiversité, de l'agriculture, du tourisme, un patrimoine culturel, naturel et rural qui fait la richesse de ces territoires jusqu'ici préservés et protégés.

Comme le souligne Jean Jalbert, directeur de la Tour du Valat prenant la parole au nom des gestionnaires d'espaces naturels protégés : "L'Etat français, a, au fil des décennies, confirmé la reconnaissance de la valeur exceptionnelle du patrimoine naturel de la Camargue et de la Crau, à tel point que ce territoire entre Alpilles, Crau et Camargue, connu dans toute l'Europe comme le triangle d'or de la biodiversité, connait aujourd'hui la concentration la plus élevée en France en outils de protection et en labels internationaux attestant sa valeur naturelle et culturelle. L'Etat lui-même est le garant de ces statuts et de ces reconnaissances. Mais alors avec ce projet de ligne électrique l'Etat a-t-il perdu la mémoire ? A-t-il oublié ses engagements ?  Nous affirmons que ces territoires emblématiques ne peuvent pas être des variables d'ajustement des politiques énergétiques, industrielles ou d'aménagement de la France. Un aménagement du territoire qui oppose transition énergétique et transition écologique est un non sens absolu". 

"Ne pas sacrifier l'avenir au présent"

Patrick de Carolis, maire d'Arles et président d'ACCM, se dit clairement "favorable à la souveraineté industrielle française, à la promotion d'une énergie décarbonée qu'impose le changement climatique. Je suis pour une France qui produit ce dont elle a besoin. Et c'est pour cela que je suis contre le projet actuel de ligne THT en aérien tel qu'il est imposé, car cette ligne porte en elle la promesse d'un échec.  Ce projet fait fi du consensus contre lui. Il mettra des années à sortir de terre. En créant les conditions d'un blocage, on prend le risque de faire fuir les investisseurs. RTE doit comprendre qu'il est temps de revoir sa copie. Nous sommes prêts et ouverts au dialogue, force de propositions pour trouver d'autres solutions. Comment peut-on imposer à ce territoire des règles de protection très fortes, et imposer ensuite la ligne THT aérienne ? C'est un paysage que l'on défigure, c'est un patrimoine que l'on détruit. Nous voulons transmettre ce patrimoine aux générations futures. Il ne faut pas sacrifier l'avenir au présent".

Nelson Chaudon, maire de Beaucaire et président de la communauté de communes Beaucaire Terre d'Argence, a lui évoqué les conséquences gravissimes de ce projet pour les agriculteurs. "L'agriculture, c'est le poumon de notre activité économique. On ne défigure pas un territoire par décret. Nous avons été ouverts, gentils, à l'écoute, constructifs malgré la condescendance des énarques. On a lancé des pétitions, voté des voeux en conseil municipal, mandaté un cabinet d'avocats. On a réclamé d'être entendus. Le collectif propose une alternative valable avec l'enfouissement de la ligne. Mais au bout de tout cela, des agriculteurs se font agressés par des visites d'experts. Il y a une détresse réelle et légitime.  RTE et l'Etat risquent de transformer notre esprit constructif en haine. C'est un constat et un avertissement. En fait il y a deux choix : soit l'enfouissement de la ligne, soit l'abandon du projet".

Michel Peronnet, ingénieur des Arts et Métiers, fervent défenseur de l'industrie, a apporté ses conseils et son savoir au collectif THT. Selon lui, beaucoup de projets industriels ont évolué à la baisse en besoins électriques avec un glissement dans le temps. "Les procédés à l'hydrogène ne seront pas à maturité économiques avant 2030.  Le renforcement en cours de la ligne Roquerousse-Fos apporte 1,2 GW supplémentaire et permet de permet de servir les projets déjà prêts comme le projet d'acierie électrique de Marcegaglia. RTE fait deux grandes erreurs vis à vis des industriels. Son projet de ligne THT Jonquières-Fos a une très grande fragilité juridique, et engendre beaucoup d'incertitudes pour les industriels. La seconde erreur c'est que ce projet renforce le seul recours au poste de Tavel : 12% de la population française dépend d'un seul poste électrique...Le projet de RTE ne sécurise ni les industriels de Fos ni les 7 millions d'habitants, de Montpellier à Nice..."

Des agriculteurs assignés en justice

Au cours de ce rassemblement, des agriculteurs ont aussi témoigné de leur désarroi, de leur colère face aux pratiques de RTE qui devient menaçant. Sept d'entre eux ont été assignés devant le tribunal administratif de Marseille. "Nous sommes révoltés, mais aussi terrorisés" témoigne Carole Guintoli. "J'ai peur qu'un jour on regarde la Camargue, la Crau et la Terre d'Argence consternés parce qu'en massacrant notre agriculture ils auront anéanti simultanément les paysages et l'identité même des habitants. Je vous le dis, si RTE et l'Etat s'entêtent nous finirons morts ou en prison, nous n'aurons plus rien à perdre." 

Les élus de tous bords étaient présents, près de 120 au total. • Olivier Lemierre

Pendant près de deux heures les prises de paroles de tous les acteurs des territoires concernés ont marqué une détermination intacte pour résister à ce projet qui fait l'unanimité contre lui. Les élus ont ensuite été appelés à signer un serment qui demande l'examen objectif de toutes les alternatives. Un texte qui appelle "l'Etat à ouvrir un dialogue territorial exigeant, constructif et durable avec l'ensemble des acteurs concernés, afin de rechercher des solutions permettant de concilier décarbonation, réindustrialisation, souveraineté énergétique, développement économique, agriculture, préservation de l'environnement et protection des territoires".  Un engagement politique fort des élus, à la mesure de cette soirée au Théâtre antique d'Arles qui fera date.

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