Il aurait juste fallu prendre le micro à l’issue de paseo (ou avant), dire au public qui ne suit pas forcément l’actualité taurine que la présidence de la course allait avoir des critères qui ne sont pas ceux usités par les palcos nîmois habituellement. C’était simple. Rappeler que s’égosiller ne donne pas d’oreille et que la musique arrive quand il le faut, pas quand on le veut. Merci au palco qui a tenu bon et qui a redonné un peu de valeur aux poids de la décision et aux trophées locaux.
En effet, la présidente des arènes de la Maestranza de Séville, Macarena de Pablo-Romero, présidait l’amphithéâtre nîmois en ce samedi de feria des Vendanges. Elle était accompagnée d’Isabel Vigne, présidente de l’Union taurine nîmoise et de Juan Villanueva, matador de toros et formateur.
En théorie, le samedi de la feria des Vendanges, la fête doit être belle et partagée par le plus grand nombre. À l’image de la corrida Carmen de la veille, la course du jour réunit trois toreros liés au public nîmois et qui offrent une certaine « garantie » au public. Une belle entrée mais pas mal d’incompréhension.
Avec plus de 1 400 corridas dans sa carrière, Sébastien Castella a coupé 100 oreilles à Nîmes ! Cette longévité, cette durabilité font de lui une icône vivante que certains adulent pendant que d’autres jalousent. Certains sont lassés. Castella a des choses à montrer, encore, et c’est peut-être ici qu’il peut les dévoiler en toute confiance ! L’âge venant, les jeunes nouveaux arrivent fort, le vieux briscard doit s’imposer encore et toujours. Techniquement toujours fiable et serein, Castella sait tout, fait tout. Il assure une faena de bon aloi, rythmée, plaisante et sérieuse devant un bon toro. Une oreille après une entière concluante.
Deuxième toro pour le Biterrois et les tendidos attendent la musique qui ne vient pas. Le palco, à juste titre, ne voit pas pourquoi la mettre. Le toro est faible et les séries ne sont pas liées. La pression commence à monter, Castella passe à gauche et montre de belles choses. Encore insuffisantes pour le palco. C’en est trop pour les étagères qui conspuent la présidence. Castella maugrée, roumègue, bougonne. Il pense sans doute qu’il a fait suffisamment d’efforts pour enclencher les belles mélodies jouées par les experts de la formation musicale Chicuelo II, toujours aussi bien inspirée. Pas de musique, une bronca. Un jeu « coquin » entre un Castella déçu, un palco serein et un public en majorité dans l’incompréhension. Dommage. Oreille quand même.
José Maria Manzanares fils connaît, lui aussi, parfaitement notre amphithéâtre et il a récemment ouvert la porte des Consuls (Pentecôte 2025) affirmant ainsi une douceur appuyée et une esthétique retrouvée. Il écoutera le silence après son duel face à un nouveau toro de Garcia Jimenez faiblard. N’est pas réanimateur qui veut…
L’Alcantino qui a de la bouteille, ne triche pas, mais, à 44 ans, on ne torée pas comme à 18, surtout quand on torée plus de 30 corridas par temporada. 23 ans d’alternative, ça use. Rien qu’ici, il est venu toréer à 24 reprises. Pour cette fois, il coupera non pas une mais deux oreilles ! Le palco a mis un mouchoir, l’a retiré puis en a mis un autre, pour le coup, pas facile à suivre, autant laisser les mouchoirs quand on donne un trophée afin que l’ensemble des gradins puisse avoir le temps de le voir ! Et ces deux oreilles sont presque tombées du ciel tant on ne s’y attendait pas. Une lidia peu appréciable mais un toreo de génie. Le tact, la douceur, la précision, le savoir-faire… Manzanares trace des courbes magiques sur le sable mais la faena tombe peu à peu en intensité. Comme souvent, un petit recibir pour se remémorer de bons souvenirs, une demi-lame suffisante, deux oreilles !
Tomas Rufo a son club taurin à Nîmes. En quatre corridas ici, il a connu de sacrées sensations ! Un indulto, neuf oreilles coupées et quatre portes des Consuls ! Mazette… Mais son nom porte-t-il et impacte-t-il l’aficion ? pas sûr. Pourtant, quel torero ! Ce samedi à Nîmes, il aurait pu sortir encore une fois par la grande porte. L’épée lui coûte beaucoup. Les deux oreilles ? Le rabo ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, Rufo fait voyager les arènes, il arrive à les faire chavirer. Simple, le cœur sur la main, le regard qui va bien. Rufo ne fait pas dans la fioriture, non, il est profond, il se montre et montre le toro, un d’Olga Jimenez pour l’occasion. Peut-être le meilleur de la tarde d’ailleurs ! Mais encore faut-il, quand on le touche, ne pas passer à côté… Tomas Rufo l’a pris de plein fouet et nous a régalés en enchainant les séries et les surprises. Trop d’envois aux aciers, déception, salut. Le public aurait pu lui demander de faire la vuelta et le mouchoir leu aurait pu être sorti.
À 27 ans, le natif de Talavera de la Reina est prêt à faire ce qu’il doit faire pour son ultime combat de la tarde. Il ne pourra pas à cause de son opposant qui n’avait rien à offrir, rien à tirer. Sans force, sans mental, sans caste, sans race mais monté sur rail. La noblesse ne suffit pas, il faut un peu d’adversité pour engager un combat. Tomas Rufo n’aura pas grand-chose à faire ni à se reprocher. Silence.
Notez que Castella est sortie en triomphe, porté sur les épaules, par la porte des Cuadrillas, quand Manzanares a préféré sortir à pied avant lui.