Véritable moment de satisfaction et de félicité, une novillada doit mettre en avant la génération qui pointe le bout de son nez en ayant les dents longues et qui rayent le sable des ruedos. L’avenir doit être sérieux, ouvert, festif.
Première des trois présentations à Nîmes de la matinée, celle des novillos. D’origine Juan Pedro Domecq et Torrestrella, le fer Hermanos Sandoval a lidié sept novillos en 2026 pour trois oreilles coupées. On ne connaît pas ce fer qui est propriété de la société Coque World SL. Une curiosité de feria comme l’empresra « invente » parfois ! Quelques bonnes idées, quelques déceptions. Un lot gros, le plus léger affichait 507kg sur la balane alors que le plus lourd, le cinquième, passait les six quintaux ! Une novillada plus forte que quelques corridas nîmoises.
Devant ces cornus, un Mario Vilau qui est au sommet de l’escalafon mais qui a subi une grave blessure. Saint-Gilles a dû composer sans ses talents. Le Catalan Vilau doit montrer l’étendue de son savoir à l’aficion nîmoise qui compte l’accueillir avec respect. Il se présente à Nîmes et doit avoir envie d’en sortir sur les épaules et par la grande porte. Il n’y parviendra mais il n’aura pas déplu, bien au contraire. Sérieux, professionnel, dans les bons terrains et l’œil vif, Vilau est prêt à franchir le cap. Il donne beaucoup et reçoit son novillo a porta gayola. Hélas pour lui, la suite sera moins frémissante et le novillo ne sera pas à la hauteur. Fade et sans relief, le cornu laisse l’assemblée perplexe. Une oreille de bienvenue pour un torero qui sait ce qu’il fait.
Deuxième essai pour Mario Vilau et second combat face à un novillo de la maison Hermanos Sandoval. L’an dernier le jeune avait, en 15 novilladas, coupé la bagatelle de 35 oreilles et un rabo ! Pas de chance pour le Catalan qui a pu voir dans les tribunes un joli drapeau en son honneur, son second novillo n’est pas plus intéressant que le premier. Cependant et comme toujours avec lui, le torero fait l’effort et montre de belles dispositions en restant sérieux et appliqué. Un élève qui n’a pas regardé à la fenêtre ou qui ne s’est pas mis à côté du radiateur. Encore une porta gayola, encore une faena pleine, mais sans adversité, il est dur de convaincre. Vuelta avec les honneurs.
Clovis s’est blessé et a dû être remplacé par un autre local, Victor. Remarquable d’aplomb et de force intérieure, depuis qu’il est vêtu de lumières, l’aficion a bien compris qu’elle tenait là un garçon qui pourrait aller loin s’il creuse son sillon avec sa personnalité. Le jeune montre de belles choses, dévoile ce qu’il sait faire. Calme, froid, poderoso et ingénieux. Victor plaît mais on comprend pourquoi. Quand il se laisse aller et quand le toro le permet, son toreo suspend le temps. Une paire de mains bien douces, des terrains bien choisis et une série remarquable tant il baisse la main et envoie la ceinture. L’épée n’a jamais été son point fort, il préfère laisser une sale, très sale lame et user du descabello, dommage. Vuelta.
Victor est un torero à part, loin du monde mouvant, avec ses repères et ses envies. Le novillero aime marquer les esprits et qu’on se rappelle de lui sous son plus beau jour taurin. Le Saintois va couper deux oreilles que le public a voulues. Si le premier trophée de la matinée fut un poil « généreux », le second de Victor peut l’être aussi. Mais bon, il a affronté un « novillo » de 607kg ! Bien présenté, la corne fière et le port altier. Encore une fois, Victor fait l’effort, se met devant, essaie les naturelles à pieds joints, change de mains comme on change de chemise (mais bien plus élégamment) et offre au public ce qu’il est venu voir. Dans les cornes après avoir toréé un peu plus loin, Victor est dans son confort. Il se rattrapera même à l’épée ! Deux oreilles, donc, et une sortie a hombros par la porte des cuadrillas.
Manuel Quintana est Cordouan. Il est donc un peu jumelé à la cité des Antonin et devrait se sentir comme chez lui. La terre des califes a fourni de nombreux talents et on dit de lui qu’il peut créer la surprise. Il se présente à Nîmes et saluera à l’issue de son premier combat. La planta torera, il l’a, sans aucun doute. Mais le jeune n’a pas que ça. Il a l’œil. Son toro ne semble pas à l’aise, boitille un peu. Quintana va faire en sorte de le mettre dans les meilleures dispositions pour éviter les problèmes. Toujours bien placé, il est fin, suave, précieux. Salut et belle découverte.
Avec son second Hermanos Sandoval, Manuel Quintana saluera discrètement après un rude passage. Il essaie, plie mais ne rompt pas devant un adversaire retors qui balançait la tête régulièrement et changeait de cadence entre les charges. Rien à faire si ce n’est d’assumer la difficulté. Challenge réussi, salut.