C’est une boutique que les riverains de l’avenue Jean-Jaurès côtoient depuis 1974, qui va baisser son rideau définitivement. Il y a un demi-siècle, la télévision connait un engouement extraordinaire et chaque foyer veut un récepteur de TV. Un monde en pleine expansion qui se lie étroitement au quotidien d'un couple. Catherine est responsable d’une croissanterie dans la galerie marchande d’Euromarché et Alain est réparateur TV-antenniste chez Iaccono rue Émile Jamais. Mais le Nîmois tombe d’une toiture et il reste immobilisé pendant un an.
« On a cru qu’il allait rester paralysé »
« On a cru qu’il allait rester paralysé », se souvient Catherine. Fort heureusement Alain se remet, mais il doit adapter son activité professionnelle et prendre moins de risques. Les époux Serret sont face à un dilemme. Reprendre la Croissanterie ou la boutique d'antennes de Jean-Pierre Gain qui part à la retraite. Nous sommes alors en 1994 et c'est la seconde option qui est retenue. Une des premières décisions est de repeindre la façade du commerce en bleu. C’est cette couleur qui lui donne sa singularité et qui attire l’œil. « C’est nous qui avons décidé de peindre la façade de la même couleur que Canal satellite, bleu clair », explique Catherine.
Le pin's de bronze Canal +, Pierre Lescure, Laurent Gerra et les soirées parisiennes
Il faut dire que l’activité des artisans nîmois est fortement liée à la chaine qui est alors cryptée. « Au plus fort de l’engouement pour Canal, nous vendions une centaine d’abonnements par mois. Nous étions quatre à répondre toute la journée au téléphone », précise Alain. « Nous avons reçu le pin's de bronze Canal + et chaque année nous étions invités pour une soirée spectacle à Paris par nos partenaires. Une fois avec Canal et une fois avec TPS, les deux étaient concurrents. On a vu Pierre Lescure, Laurent Gerra et quelques acteurs. On est allés à Pigalle et nous avons vu des endroits que nous n’aurions pas connus sans ça », abonde Catherine.
« Les clients vont nous manquer »
La petite entreprise nîmoise installe des antennes et opère sur tout ce qui concerne la réception TV. Elle travaille d'abord qu’avec des particuliers, puis au bout de quelques années, il y a les agences, les hôtels et les corps d’État. La fin de l’aventure permet de se souvenir d’une autre époque et des soucis dont on se souvient en souriant : « À l’époque nous n’avions ni climatiseur ni chauffage. L'hiver, nous utilisions un radiateur d’appoint et on s’équipait d’après-ski. » Au fil des décennies, un lien important s’instaure avec les clients : « Avec certains nous avons gardé le contact et aujourd’hui on voit leurs enfants. On est soulagés car on va pouvoir profiter de nos cinq petits-enfants, mais c’est aussi un crève-cœur parce que les clients vont nous manquer », souligne avec beaucoup d’émotion Catherine.
« Notre plus cher désir est que le commerce soit repris »
Mais le mode de consommation change au grand regret de la commerçante : « Maintenant, la majorité des foyers a Internet, mais quand il y a une panne, ils ne captent plus rien. Alors qu’avec une antenne, il suffit de la faire pivoter. » La façon de travailler évolue également, le rapport artisan-client n’est plus tout à fait le même que dans les années 1990. « Notre plus cher désir est que le commerce soit repris, mais les gens ne veulent pas s’investir et les jeunes n’ont pas trop envie de reprendre une affaire. Ils veulent pouvoir s’arrêter quand ils le souhaitent et ne pas avoir de contact avec les clients. »
La fin d'une époque
S’il le montre moins que son épouse, c’est certainement le cœur serré qu’Alain baissera une dernière fois le rideau de sa boutique : « J'ai aimé le côté relationnel. Nous avons trois générations de clients et quand on leur dit qu'on va s'arrêter, ça les préoccupe. Ils nous disent que nous allons leur manquer et moi je m’inquiète pour eux. » Au mois de décembre va se tourner une page pour le quartier Jean-Jaurès. La fin d’un chapitre mais aussi d'une histoire humaine témoin d'une époque qui semble s’effacer peu à peu.