Retraité, Gérard Ferrier s'initie à l'utilisation des baguettes de sourcier jusqu'au jour où il découvre que cet outil lui indique également les cavités souterraines. Dès lors cet ancien policier qui fut aussi éducateur sportif va se lancer dans une enquête qui va lui demander beaucoup d'intuition et de souffle afin de mettre à jour un réseau de souterrains tissé entre les différents châteaux médiévaux du Gard.
Gérard Ferrier fait partie de ces personnes qui dérangent. Chez les joueurs de boules de St Florent sur Auzonnet, le village où il habite, d'aucun pensent même qu'il est un peu fada. Pensez donc, aller courir la montagne à son âge, jour et nuit, simplement armé de baguettes de sourcier, à la poursuite d'un incroyables réseau de souterrain médiévaux auquel personne ne semble croire, il y a de quoi se poser des questions. Peu importe, notre homme a la qualité de l'emploi. Ancien policier, il ne lâche pas la piste et utilise son flair. Ancien éducateur sportif, il ne craint pas l'effort, même s'il avoue parfois s'être perdu dans la montagne, obsédé par ses recherches.
Tout cela aurai pu rester une simple lubie si l'homme n'était pas également un formidable conteur, aussi passionné que passionnant. Photographe à ses heures, il va se transformer en vidéaste puis en écrivain pour apporter les preuves de ce qu'il vit. Quelques années (et deux livres plus tard) il ne lui reste plus qu'une ultime étape à franchir pour atteindre son but. Parcourir enfin une des galeries dont il a dessiné le tracé en surface. Pour cela il fonde une association, l'APSAF (Association Poursuite des Souterrain Antiques et Féodaux) et contacte des spéléologues... mais attention, il ne laissera à personne savourer le jour de SA victoire. Et si tout cela n'était qu'un rêve ?
Gérard Ferrier débute ses recherches de souterrains en 2008 auprès du château du Martinet. Aidé par le témoignage de Yves Tendil, ancien mineur et cinéaste du village, et toujours en se rendant sur les lieux avec ses baguettes, il reproduit, en surface, différents trajets souterrains reliant ce château au château de Portes et d'autres châteaux et Mas. En 2010, est paru un livre qui fait le récit de ses découvertes: "A la poursuite des souterrains des châteaux Féodaux du Haut-Gard".
Gérard Ferrier y écrit en guise d'introduction : "Ce récit a pour objet de révéler l'existence de kilomètres de galeries souterraines défensives creusées au moyen âge et qui relient un château à un autre. Par la suite, en perdant leur utilité qui était la discrétion ou la dernière sauvegarde, elles sont tombées dans l’oubli. Par ce texte, je veux rendre un hommage admiratif à ces hommes du passé qui avec les moyens limités de leur époque ont réalisé ce travail incroyable et difficile et qui surtout devait rester ignoré."
Mais de nombreux points d'interrogations subsistent et l'histoire ne s'arrête pas là. Gérard Ferrier qui peut maintenant mettre un livre entre les mains de ses interlocuteurs, souvent dubitatifs, en profite pour recueillir de nombreux témoignages et élargir ces recherches. En se documentant sur les pratiques des Romains il s'interroge également sur la présence d'ouvrages plus anciens dans ces vallées où l'on a démontré la présence des romains notamment pour les mines de métaux et les forges. Ses recherches s'étendent maintenant à plusieurs vallées au nord du Gard et touchent la Lozère. Il établit une nouvelle carte (voir le document). Fort de ses nouvelles trouvailles, il publie en 2012 un second livre "La poursuite des souterrains continue en Gard et en Lozère". Mais il sent qu'il lui faut prouver maintenant concrètement ce qu'il avance, ce qu'il tente une première fois avec un professionnel au début du mois en mai 2013 au Collet de Dèze. Le récit donne le ton de ces aventures :
"Départ du Martinet avec Gérard Ferrier, président de l'Apsaf, en compagnie de Guy Delassus, vice-président, et Maurice Fiorucci, spéléologue confirmé, pour rejoindre au Collet de Dèze une galerie mis à jour par hasard. Il s'agit de s'introduire dans une toute petite galerie, large de 0,50 m pour une hauteur de 0,50m, révélée par le godet du tractopelle du propriétaire, Monsieur Leroux.Au fond de cette galerie, se trouve un mur en pierres sèches qui avait stoppé Gérard dans sa première tentative, le 18 Août 2011. Derrière ce mur, doivent se trouver le réseau de trois autres galeries communiquant avec le manoir de Sauveplane, les Mas de Rey et Girard. Leur découverte serait la concrétisation de toutes les recherches de Gérard. Le matériel professionnel et adapté de Maurice est déployé dans la galerie et il va y pénétrer, précédant Gérard, alors que Guy a le rôle de protection extérieure, aidé par une communication radio avec les Subterraneistes. 10h20: La reptation est entamée sur environ 7m et plus loin, la galerie s'élargit passant à 1m 60 x 0,80 m de haut, permettant de se redresser. Tout au fond, environ 19m, c'est la grande déception, le mur de pierres sèches est en partie détruit et obstrué par un éboulement. Malgré tout, Maurice s'active a dégager à la pelle l'ouverture qui existait à la base du mur, mais la tâche dépasse les moyens de chercheurs amateurs.Le film enregistré par Maurice, à l'aide de la caméra embarquée et d'un éclairage suffisant, va compléter notre certitude d'un travail fait de main d'homme. Le mur est bien en pierres sèches et on voit , surtout, que le plafond a fait l'objet d'un coffrage sur 3 à 4 m..."
Quelque jour plus tard, le mercredi 22 mai, la même équipe va tenter une nouvelle expérience chez M. Mordarski à St Jean de Valériscle ou un départ de galerie à pu être mis à jour. Là encore il faut rebrousser chemin au bout de quelques dizaine de mètres. La galerie a été obstruée.
Le suspens reste complet...
Raphaël MOTTE
Raphael.motte@objectifgard.com