Enfant chéri des Arènes de Nîmes, El Juli n'a eu droit qu'à un toro (son second était infirme) mais il a offert au nombreux public qui garnissait la plaza pour la corrida de clôture de ce lundi, l'une des plus belles faenas - sinon la plus belle avec celle de Sébastien Castella - qu'il ait été permis de voir durant ce cycle de Pentecôte.
Stupéfiant de domination et de détermination sur son premier toro de Victoriano del Rio - le même fer que celui qui lui transperça la cuisse de long en large et lui fracassa la mâchoire, il y a trois semaines de cela à Séville - El Juli a récité son répertoire avec une facilité déconcertante. De l'art à l'état pur, histoire de rappeler qu'il était le torero le plus complet de l'escalafon et qu'il ne craignait pas le bétail piquant. Brillant, appliqué, dominateur dans toutes les phases de son récital tauromachique, comme s'il voulait montrer que la cornada d'avril dernier qui l'a contraint à passer quatre fois sur la table d'opération, n'était qu'un mauvais souvenir. Et qu'il revenait plus fort encore, comme un pied de nez à la mort qui rôde au bout des cornes. Au final, une oreille s'est rajouté à son impressionnant palmarès.
A ce petit jeu de trompe-la-mort, il a trouvé sur son chemin un Alejandro Talavante qui s'était visiblement remis de son solo madrilène contre les Victorino Martin et qui a offert une faena cousue d'or sur son premier toro. Il ne refusait rien, Talavante ne lui refusa rien non plus, passant en revue l'étendue de son art. Une oreille l'a récompensé. Dans un tout autre registre, le jeune maestro Diego Silvetti qui confirmait son alternative, a touché un second très grand toro - sans doute le meilleur de la course - auquel il a livré une faena le plus souvent spectaculaire, pleine d'entrain, d'allant et d'allégresse. Avec un final qui a fait passer quelques frissons dans le dos des aficionados. Une oreille est également venue consacrer son joli travail et sa rage de vaincre, quitte à prendre tous les risques.