Publié il y a 1 h - Mise à jour le 12.09.2026 - Propos recueillis par Romain Fiore - 6 min  - vu 103 fois

L'INTERVIEW SPORT Sébastien Peredes (Aigues-Mortes) : « La Coupe de France, c’est justement ce genre de match »

Sebastien Peredes

Sébastien Peredes (à gauche) le coach principal d'Aigues-Mortes, avec Abdel Benzine (dirigeant) et son adjoint Dylan Hillaire. 

- D.R.

Ce samedi à 17h30, Aigues-Mortes reçoit l’OAC au stade du Bourgidou pour le troisième tour de la Coupe de France. Une affiche particulière puisque les Salinières, pensionnaires de Régional 1, accueillent une équipe alésienne qui évolue désormais en National 2. Entraîneur d’Aigues-Mortes, Sébastien Peredes connaît bien l’OAC pour y avoir joué entre 2013 et 2016. Avant ce rendez-vous, le technicien revient sur un tirage qu’il juge très frustrant, les chances de son équipe, ses retrouvailles avec Jean-Marie Pasqualetti et les ambitions de son groupe.

Objectif Sud : Un club de National 2 qui se déplace chez vous dès le troisième tour, c’est forcément une affiche particulière. Quel est votre sentiment à l’approche de ce match ?

Sébastien Peredes : Il y a eu deux sentiments. Le premier, c’est vraiment de la colère et de la déception. C’est la troisième année consécutive qu’à Aigues-Mortes, on tire une équipe hiérarchiquement supérieure. Il y a trois ans, au quatrième tour, on avait tiré Alès. L’année dernière, pour l’entrée des N3, on avait tiré Beaucaire. Et cette année, sur 35 boules, on retombe encore sur Alès.

Sébastien Peredes debout était avec Morgan Marion dans un duo d'entraîneur au Grau du Roi. • D.R.

Je me suis même demandé, comme je l’ai dit au président de la Ligue, s’il ne fallait pas que je lui donne un saladier avec 35 boules et une seule boule noire ! J’ai regardé avec ChatGPT, la probabilité de tirer trois fois de suite l’équipe la plus forte de son chapeau serait de 0,18 %. C’est une chance sur 145. C’est quand même assez incroyable. Maintenant, le match est là. On ne peut pas faire demi-tour. Ce sera un bon adversaire à jouer, un bon match de football et on va tout faire pour essayer de passer.

L’OAC est deux divisions au-dessus. Est-ce que vous le considérez comme le favori ou pensez-vous qu’Aigues-Mortes peut créer la surprise ?

Pour moi, si on était dans les paris sportifs, ce serait du 60-40 pour Alès. Ils sont favoris, c’est certain. Il ne faut pas oublier que c’est une équipe bâtie pour essayer de monter encore plus haut et qui, l’année dernière, sans les points de pénalité, serait montée à l’échelon supérieur. Ce sont des joueurs qui s’entraînent tous les matins. Nous, on a des climaticiens, des plombiers, des gars qui travaillent aux Salins et qui arrivent à 14 heures du travail. Ce n’est pas comparable. Mais sur un match, tout est possible. Notre équipe a très peu bougé depuis deux ans et on a donc une certaine cohérence. Puis notre terrain est dans un état catastrophique, donc ça peut aussi équilibrer les débats. On a une carte à jouer.

Vous avez connu l’OAC comme joueur entre 2013 et 2016. L’affronter aujourd’hui comme entraîneur d’Aigues-Mortes donne-t-il une saveur particulière à cette rencontre ?

Oui, forcément. J’ai vécu trois années mémorables à Alès. J’y ai rencontré des personnes avec qui je suis encore en contact aujourd’hui. J’habitais à Salindres, je m’étais vraiment bien fondu dans le paysage.

Photo d'archives. Sébastien Peredes, Quentin Pomies et Sylvain Reynouard, trois des dernières recrues de l'OAC lors de la saison 2013-2014. Ph DR/OAC

Affronter Jean-Marie Pasqualetti, c’est forcément particulier. Quand je l’avais comme entraîneur, il avait un certain charisme. À l’entraînement, il y avait beaucoup de respect pour lui. C’est quelqu’un que je respecte énormément et qui a obtenu de très bons résultats avec Alès. Cet été, on s’est d’ailleurs appelé longuement au téléphone. Mais samedi, même si je le respecte beaucoup, j’ai quand même envie de le battre. Ça, c’est une certitude.

Le fait de l’avoir eu comme entraîneur peut-il vous donner quelques clés pour tenter de faire tomber l’OAC ?

Je ne pense pas que cela me donne beaucoup d’avantages. 2013, c’était il y a treize ans ! J’ai quand même regardé beaucoup de vidéos d’Alès et je suis cette équipe. Je ne pense pas que Jean-Marie ait exactement la même philosophie aujourd’hui. Le football a changé. Quand je l’avais, il était très organisé, très structuré et très pointilleux sur le projet de jeu défensif. Il l’est toujours, mais j’ai l’impression qu’il a aussi apporté davantage de choses avec le ballon, avec beaucoup de changements de position et de jeu de possession. J’ai peut-être quelques souvenirs, mais je pense que lui aussi connaît notre profil et sait comment nous allons jouer.

L’OAC vient de s’incliner à domicile face à Berre (1-2). Est-ce une bonne chose pour vous de les affronter dans ce contexte ?

Non, j’aurais préféré l’inverse. Une défaite met toujours un effectif en alerte. Quand on gagne, on pense parfois que tout est beau et tout est rose. Quand on perd, on met le doigt sur les faiblesses et les choses à améliorer.

Peredes
Sébastien Peredes est déjà coach de l'équipe à 34 ans.  • D.R.

Je ne sais pas s’ils vont faire tourner, mais si ce sont les titulaires, ils auront forcément envie de montrer un meilleur visage, surtout si la performance n’a pas été bonne. Et si ce sont les joueurs qui jouent moins, c’est encore plus dangereux : ils auront envie de saisir leur chance à 100 %. Donc, quoi qu’il arrive, je ne pense pas que cette défaite soit une bonne chose pour nous.

Vous avez remporté la Coupe Gard-Lozère la saison dernière et atteint les demi-finales de la Coupe d’Occitanie. Cette expérience des matches à élimination directe peut-elle faire la différence ?

Je l’espère. Même si, que ce soit en Coupe d’Occitanie ou en Coupe Gard-Lozère, on n’a pas joué de club de N2. La différence est là. On est aussi passés par les tirs au but lors de deux tours, donc c’est une épreuve que l’on maîtrise plutôt bien. On a aussi des joueurs qui se révèlent lorsqu’ils sont au pied du mur. Sur les grands matches, les matches à élimination directe, ils sont capables d’être à 100 %. Parfois, en championnat, quand on joue un match en hiver avec un déplacement un peu moins prestigieux, on a du mal à mettre le bleu de chauffe. C’est peut-être une caractéristique de notre équipe. Dans les matches à élimination directe, les joueurs se disent qu’il faut tout donner pour que ça passe.

La Coupe de France peut aussi permettre à certains joueurs de se révéler. Attendez-vous particulièrement certains éléments sur cette rencontre ?

Oui, il y en a deux ou trois qui ont peut-être l’occasion de lancer leur saison sur ce match. Certains étaient en très grande forme l’année dernière, mais ronronnent un peu depuis le début de cette saison. Il y en a aussi qui viennent d’un niveau inférieur et qui auront peut-être l’occasion d’être dans le groupe, voire titulaires.

aigues mortes
Les joueurs d'Aigues-Mortes pour le shooting photo du nouveau maillot.  • D.R.

Pour eux, c’est une opportunité de se lancer dans le grand bain et de prendre conscience qu’ils ont les qualités pour performer à ce niveau. Ils n’auront rien à perdre. Un jeune de 19 ans qui vient de R2 et qui joue contre Alès, s’il passe à côté, on dira qu’il est jeune et qu’il n’a pas encore le niveau. Ils auront donc peu de pression.

Vous avez connu une belle deuxième partie de saison dernière avec Aigues-Mortes. Est-ce que cette rencontre peut être le premier gros rendez-vous de ce nouvel exercice ?

Oui, clairement. Je pense que le premier gros rendez-vous de la saison dernière avait été le match contre Le Grau-du-Roi, qu’on avait plutôt bien réussi. Mais pour cette saison, c’est forcément un rendez-vous très important. L’année dernière, il y avait aussi tout le contexte avec le départ de Yoan Borg après de nombreuses années au club. Mais surtout, les conditions d’entraînement étaient très compliquées lors des premiers mois. Quand je suis arrivé, nous n’avions pas de terrain puisque le synthétique était en travaux. On s’entraînait à La Grande-Motte, au Cailar et parfois chez nous, mais sans lumière.

Sébastien Peredes
Sébastien Peredes avec les enfants du club d'Aigues-Mortes. • D.R.

À partir de janvier, lorsque le synthétique a été terminé, on s’est davantage épanouis à l’entraînement et les jours de match. Cela a coïncidé avec notre remontée au classement. Samedi, ce serait peut-être mon premier exploit en tant qu’entraîneur. Les joueurs en ont sûrement déjà réalisé, mais moi, je n’ai pas encore sorti une équipe hiérarchiquement supérieure. Ce serait donc une première belle page de mon histoire ici.

Au-delà du résultat, qu’attendez-vous de vos joueurs samedi ?

Honnêtement, je rejoins énormément Jean-Marie là-dessus : je suis pragmatique. Si mon équipe joue bien mais qu’on est éliminés, je n’en ai absolument rien à tirer. Mon objectif, c’est qu’on soit dans les boules au prochain tour. Je ne pense pas qu’on assistera à un grand match de football. Le terrain est dans un état compliqué et c’est un match à élimination directe. Les conditions font que la manière de jouer sera secondaire. Le plus important, ce sera la qualification. La manière, on verra plus tard.

Le Bourgidou devrait accueillir du monde. Quelle importance peut avoir le public dans ce genre de rencontre ?

J’espère qu’il y aura du monde. Nous avons aussi un tournoi qui se déroule samedi et dimanche, donc je pense que certaines personnes seront déjà sur place. Le tournoi se termine vers 16 heures ou 16h30 et le match est à 17h30. Avec le beau temps annoncé, certains resteront peut-être pour la rencontre.

Sébastien Paredes et Morgan Marion
Sébastien Peredes au second plan lors de son coaching avec Morgan Marion au Grau du Roi il y a quelques années.  • DR

En plus, l’entrée est gratuite. J’espère donc que les supporters seront là au maximum. On a vécu de très bons moments en Coupe Gard-Lozère avec énormément de monde. Je ne pense pas qu’il y en aura autant cette fois, mais on est toujours suivis et il y aura certainement du monde au Bourgidou.

Enfin, est-ce que vous sentez cette équipe d’Aigues-Mortes capable de réaliser un vrai coup et de poursuivre son parcours en Coupe de France ?

Sur un match, oui. C’est justement ce qui rend la Coupe de France intéressante. On sait qu’Alès est favori, mais on a nos armes, on joue chez nous et on connaît nos qualités. Maintenant, il faudra être à 100 %, parce qu’on sait que si on leur laisse trop d’espace ou si on n’est pas suffisamment concentrés, une équipe comme Alès saura nous punir. Mais si on arrive à jouer avec nos qualités et à mettre cette intensité, alors oui, on peut y croire.

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