À seulement quelques jours du prochain conseil municipal, prévu ce lundi 2 novembre, la majorité de Vauvert a révélé le résultat de l'audit financier de la commune. C'est à travers une réunion publique à la salle George-Bizet que le maire Nicolas Meizonnet a souhaité s'exprimer aux habitants présents, venus garnir les chaises disposées. Sans qu'aucun élu de l'opposition ne soit présent.
"Cet audit s'inscrit dans l'état d'esprit qui anime la nouvelle municipalité, de veiller au bon usage des deniers publics, de l'argent du contribuable, c'est-à-dire le vôtre. Vauvert n'est pas riche, chaque euro dépensé doit être utile aux habitants", explique le premier édile. Pendant la campagne électorale, celui qui était alors candidat a souhaité mettre ce sujet en lumière. "La situation que j'ai décrite à ce moment-là n'était qu'une vision partielle. Mes détracteurs disaient que j'exagérais, que je forçais le trait ou que je mentais."
"À notre arrivée en mairie, nous avons pris conscience plus en profondeur de la situation réelle. Et elle est pire que ce que l'on pouvait imaginer, avec un surendettement implacable." Selon les informations du maire, la ville vivrait au-dessus de ses moyens, suite à "une trajectoire prise qui mène dans le mur", comme il l'explique.
Quelques jours après sa prise de fonction, Nicolas Meizonnet a sollicité la préfecture du Gard pour un rendez-vous. L'ancien préfet Jérôme Bonet, la directrice départementale des finances publiques mais aussi le secrétaire général de la préfecture. Et les services de l'État ont été très catégoriques : la commune de Vauvert est située sur le réseau d'alerte et fait l'objet d'une surveillance accrue. "La situation est très fragile, et si ça continue, ce sera l'État qui choisira le budget de la ville." Signification : une mise sous tutelle, qu'il faut "absolument éviter".
Après un premier rapport de la DGFIP, présenté lors du dernier conseil municipal, le cabinet parisien Aspasie a été sollicité pour un audit financier, sur la période 2020-2025, permettant d'y voir plus clair et d'avoir des éléments de compréhension. Sans oublier de parler des projections pour la fin de l'année 2026, jusqu'à la fin du mandat municipal.
Le rapport en détail
Djamel Bouzerzour, directeur général et fondateur du cabinet Aspasie, est venu de la région parisienne pour présenter le rapport en détail, des finances entre 2021 et 2025. Et le bilan présenté n'est pas très encourageant, à en croire les chiffres avancés par le cabinet d'audit.
Premier indicateur : la capacité d’autofinancement (CAF). La CAF brute de la commune est tombée à 647 000 euros en 2025, contre 1,485 million d’euros en 2024. Elle représente 55 euros par habitant, quand la moyenne nationale de la strate s’établit à 216 euros (205 euros dans le Gard, 196 euros dans la région). Le taux d’épargne brute atteint 3,56 %, bien en deçà du seuil de vigilance de 8 % retenu par le cabinet et du seuil d’alerte de 7 % fixé par la Cour des comptes.
Surtout, cette épargne ne suffit plus à couvrir le remboursement du capital de la dette, qui s’élève à 1,244 million d’euros. La CAF nette, qui mesure ce qui reste pour investir une fois les emprunts remboursés, est donc négative : -597 000 euros en 2025, après +316 000 euros en 2024 et +338 000 euros en 2023. La commune doit ainsi mobiliser d’autres ressources avant même de financer de nouveaux équipements.
Des dépenses en hausse de 26 % en quatre ans
Les dépenses réelles de fonctionnement atteignent 18,1 millions d’euros en 2025, en progression de 5,6 % sur un an et de 26,3 % depuis 2021 (14,4 millions d’euros à l’époque), soit environ 3,78 millions d’euros de plus. Deux postes concentrent l’essentiel de la hausse : les charges de personnel, passées de 8,5 millions d’euros en 2021 à 10,9 millions en 2025, soit une hausse de 811 000 euros sur la seule année 2025 selon le cabinet, et les charges à caractère général, de 2,97 millions à 4,12 millions d’euros sur la période.
Selon la présentation, les charges de personnel représentent désormais 60 % des dépenses réelles de fonctionnement et mobilisent 887 euros par habitant, contre 752 euros en moyenne nationale. La commune compte 249 équivalents temps plein, dont 204,63 titulaires. Le ratio de rigidité des charges, qui mesure la part des recettes absorbée par des dépenses difficilement compressibles, atteint 65,4 %, contre 54,3 % pour la strate. Les marges de manœuvre budgétaires s’en trouvent réduites.
Une dette "difficilement soutenable"
L’encours de dette s’élevait à 16,87 millions d’euros au 31 décembre 2025, en baisse par rapport aux 18,12 millions de 2024. Cette diminution est jugée positive, mais insuffisante : la chute de la CAF porte la capacité de désendettement à 26,07 ans, contre 12,2 ans en 2024. La moyenne de la strate est de 3,76 ans, et le seuil de vigilance de 12 ans.
Le fonds de roulement a, lui, reculé de 4,822 millions d’euros fin 2024 à 2,573 millions fin 2025, soit une baisse de 2,249 millions d’euros (-46,6 %). Il ne couvre plus que 54 jours de dépenses réelles de fonctionnement, contre 105 jours un an plus tôt et 84 jours en moyenne pour la strate.
La municipalité prévient que la situation ne s’améliorera pas immédiatement. Pour 2026, elle projette une CAF nette de -900 000 euros, voire davantage selon l’une des hypothèses présentées. Elle l’explique par plusieurs facteurs : les décisions prises en 2025 (recrutements, contrats…), qui produisent leurs effets en 2026, un fort niveau de dépenses de janvier à mars (achats courants, personnel), deux recrutements (catégories A et B) au CCAS, et des dépenses de 2025 à régler en 2026, dont 80 000 euros à la communauté de communes.
Sans oublier la "continuité républicaine", c’est-à-dire l’obligation d’honorer les engagements pris avant mars 2026, notamment dans le cadre du NPNRU et de la politique de la ville. "Le ratio de désendettement à Vauvert est à 26 ans, en France il doit être à 4 ans. On est vraiment les derniers de la classe, on est même dans les 10 % des plus mauvais en France", fustige l'adjoint aux Finances.
Ont également été mises en avant les difficultés liées au budget de l’État : hausse des cotisations retraite CNRACL de 200 000 euros par an en 2027 et 2028, et, dans le projet de loi de finances 2027, baisse de 300 000 euros de la DGF et de 100 000 euros du FCTVA. Au total, plus d’un million d’euros serait à "remonter".
Les solutions de la majorité
Daniel Santamatilde, adjoint aux finances, a présenté un plan de redressement jusqu’en 2031. La municipalité affiche l’objectif de ramener la CAF nette à -200 000 euros en 2027, puis à l’équilibre en 2028, avant de dégager 100 000 euros en 2029, 200 000 euros en 2030 et 300 000 euros en 2031.
Pour y parvenir, elle s’appuie sur les recommandations de la DGFIP : maîtriser les dépenses (achats courants, dépenses de personnel, subventions) et développer les recettes (produits des services, bases fiscales, notamment via les nouvelles constructions et un travail avec la DDFIP sur les catégories 7 et 8). Des premières actions ont déjà été engagées : rigueur accrue sur les achats divers, réorganisation des services dans un objectif d’économie et analyse systématique des postes de dépenses et de recettes en vue du budget primitif 2027.
Plusieurs exemples chiffrés ont été avancés : la réorganisation des services (-450 000 euros), un travail sur les assurances du personnel : (-200 000 euros) et la mise à jour des bases fiscales avec la DGFIP à la suite d’une rencontre avec la préfète et la recherche de partenariats pour la culture et les festivités.
Daniel Santamatilde a rappelé le coût et les retombées économiques de Jazz à Vauvert. "Certains ont râlé parce qu'on a coupé 65 000 euros de subvention, mais c'était la meilleure décision à prendre à ce moment." Et la municipalité l'assure : les impôts locaux, déjà hauts pour une ville de cette taille, n'augmenteront pas. Une décision largement saluée par le public. "Ce serait trop facile de faire ça, et c'était une promesse du maire, on s'y tiendra", argumente l'élu.
La conclusion du maire
Voir de quelle manière la commune réduit les dépenses et accroît les recettes sans augmenter les impôts locaux, c'est tout le défi périlleux d'équilibriste qui attend la nouvelle majorité. "C'est un vrai casse-tête, un travail énorme, et on doit avoir aujourd'hui une analyse générale de ce que sera l'action municipale", précise Nicolas Meizonnet, qui pourrait prendre des décisions difficiles, mais certainement vitales à ce stade.
La préparation budgétaire 2027 débutera en ce mois de novembre, suivie des arbitrages en janvier 2027 et du vote du budget primitif en mars. Une réunion publique est prévue en avril 2027 pour présenter les choix effectués afin de redresser la commune.