La réponse coulait de source mais la question méritait d'être posée : non, le secrétaire des cheminots CGT d'Alès, Patrick Lapanne, n'a pas regardé l'allocution d'Emmanuel Macron ce lundi soir. "J'ai boycotté, télé fermée, confirme-t-il. Tant que la mesure des 64 ans reste, il n'y aura pas de discussion possible. D'ailleurs, dans l'heure qui a suivi, il y a eu un communiqué de l'intersyndicale. Ils auront du mal à s'en sortir. D'autant qu'on garde l'intersyndicale et je pense que ça les embête."
Dans cette union syndicale, les cheminots CGT alésiens ont été à la hauteur de leur réputation, observant une grève depuis le 7 mars. "Les cheminots nîmois ont repris lundi. Nous, on compte finir la semaine, témoigne Patrick Lapanne. Ensuite, comme ceux de Nîmes, on se mobilisera sur tous les temps forts. Parce qu'il faudra garder des forces pour tenir dans la durée, on ne peut pas se permettre d'avoir deux fiches de paie à zéro." C'est donc bien le portefeuille du foyer qui s'use, pas la motivation à lutter contre une réforme. Car même si la caisse de solidarité est abondée, elle ne couvre évidemment pas les pertes d'une grève, même tournante. "Il faut garder des forces pour tenir dans la durée", anticipe Patrick Lapanne.
"Il est de moins en moins crédible en tant que président"
Patrick Lapanne, secrétaire des cheminots CGT d'Alès
Ce jeudi, à l'occasion de la journée de la colère cheminote, les Alésiens ne descendront pas à la manifestation montpelliéraine, préférant rester à Alès, en gardant un oeil sur cette voie du 49.3 qui, depuis le 17 mars (relire ici), barre l'accès au parterre devant la gare. Le vendredi 28 avril est aussi évoqué comme une éventuelle prochaine journée d'action. Avant le rendez-vous du 1er mai, qui donnera sans doute des indications sur la suite du mouvement. Pour les cheminots, celle-ci ne fait guère de doute. "On doit tenir dans la durée, poursuit Patrick Lapanne. Il campe sur ses positions, nous aussi. Ce sont les travailleurs qui paient les pots cassés de cette réforme. En s'obstinant, le pauvre, ironise le secrétaire des cheminots, il est de moins en moins crédible en tant que président."
Quant à un éventuel essouflement des personnes mobilisées, "ce sont des propos du Gouvernement, pour inciter les Françaises et les Français à passer à autre chose. Mais on ne passera pas à autre chose !" Patrick Lapanne en veut pour preuve la mobilisation du privé, "même s'ils sont moins médiatisés que nous parce que, cheminots ou pétroliers, quand on s'arrête, ça se voit tout de suite". Côté cheminots, "on peut toujours partir en retraite à 57 ans, mais avec cinq ans de décôte. Donc on part à 62 ans. Mais on continue à cotiser pour la caisse de retraite des cheminots."
Chez les cheminots, "au niveau Languedoc-Roussillon, conclut Patrick Lapanne, on a été toujours été très forts pour se mobiliser." Alès le prouve encore dans cette protestation contre la réforme des retraites. Patrick Lapanne en sourit presque, en évoquant le Gouvernement : "Ils auront du mal à s'en sortir".