Les 16 et 17 juillet 1942, il a donc aujourd'hui 81 ans, 13 152 juifs français parmi lesquels des enfants, étaient arrêtés par des policiers et gendarmes dans le cadre de l'opération intitulée "Vent printanier". "Vocable indécent et provocateur", a souligné Guy Laick, président l'association Cultuelle Israelite de Nîmes et du Gard. Comme il l'est rappelé dans le message de Patricia Miralles, secrétaire d’État chargée des Anciens combattants et de la Mémoire, les célibataires et les couples sans enfant ont été envoyés au camp de Drancy. Les familles enfermées dans l'enceinte du Vélodrome d'Hiver.
"Pendant plusieurs jours, 8 160 personnes y sont entassées dans des conditions insoutenables. En tout ce sont 75 721 Juifs qui sont déportés de France vers l’extermination, plus de 10 000 enfants. Plus de 70 convois partent de France vers les camps, d’Auschwitz principalement mais aussi de Sobibor et de Majdanek ou encore vers Kaunas. 2 566 survivants sont comptabilisés à la libération des camps."
Réunie devant la stèle située à proximité de la gare, au 1 bis rue Général Leclerc, l'assemblée composée d'élus, de représentants de l'État, d'associations et de citoyens, avait à coeur de se souvenir. "Le 16 juillet 1942, la France, patrie des Lumières et berceau des droits de l'Homme a commis l'irréparable, l'innommable, l'indicible, comme l'avait déclaré avec courage Jacques Chirac, président de la République. Bafouant toutes ses valeurs, la France s'est égarée, s'est perdue, a souligné Guy Laick. Aujourd'hui nous honorons la mémoire de ces 13 152 personnes raflées, déportées parce qu'elles étaient juives."
Et le même de poursuivre : "plus de 80 ans après la rafle du Vel' d'Hiv, l'antisémitiste latent perdure. Des ravages quotidiens exacerbés par la crise économique mais aussi existentielle. Quand mettrons-nous enfin un terme à cette effrayante banalisation de la Shoah ? Devons-nous accepter d'entendre le slogan : "Mort aux Juifs" ? Faut-il se résilier face à la dégradation du mémorial de la Shoah à Nanterre, il y a quelques semaines, en marge des émeutes ? La paix sociale ne peut être que le fruit vertueux d'un réciproque respect mais en aucun cas celui de la compromission."
Un hommage a également été rendu aux Justes de France parmi lesquels "il y avait entre autres des fonctionnaires d'État, des pasteurs, de bonnes âmes n'écoutant que leur coeur, leur humanisme", a ajouté David Storper, président du collectif Histoire et Mémoire, assurant poursuivre "le chemin tracé par Jacques Decalo et Jean-Marc Storper pour commémorer la journée du Vel' d'Hiv et porter haut la flamme de la vérité sur cette page d'histoire."
Et le même de rappeler le soutien du collectif concernant un projet de création d'un lieu dédié à la transmission des savoirs. "Cet espace, nous le voulons, ici, derrière moi, en ce lieu empli de mémoire, la gare de Nîmes, une arche consacrée à la Résistance, une à la déportation." Propriétés de la SNCF, ces arches citées par David Storper, ne pourraient être aménagées, d'après certains élus.
Qu'en est-il de la création d'un nouveau monument aux Jardins de la Fontaine, en hommage à Bernard Lazare, le précédent avait été descellé en 1942 et utilisé en matériau lors de la construction du monument aux martyrs de la Résistance ? "Nîmes peut être fière d'avoir vu naître Bernard Lazare (14 juin 1865, NDLR) et d'avoir montrée sa reconnaissance à ce citoyen de notre ville, juif, qui défendit un autre citoyen, Dreyfus, juif lui aussi, injustement accusé à tort. Les citoyens de Nîmes ont le droit et le devoir de le faire savoir", a-t-il insisté.
Un dossier déjà ouvert par la Ville de Nîmes. "Nous avons rencontré l'association à ce sujet. C'est un projet important, nous le soutenons, mais la municipalité ne peut pas en prendre seule la charge", a répondu Sophie Roulle, adjointe au maire de Nîmes, déléguée à la Culture. L'élue prévoit d'inscrire ce projet au prochain budget, à condition que l'association soit en capacité d'annoncer un nom d'artiste sculpteur, de présenter une esquisse et un devis. Le lancement d'une souscription publique est également envisagé.