À Saint-Laurent-des-Arbres, élus, représentants agricoles, services de l’État et acteurs de la gestion de l’eau étaient réunis pour prendre connaissance des conclusions des deux premières phases de l’étude, jeudi 29 octobre. Celles-ci portaient sur les ressources disponibles et l’évaluation des besoins à venir. Porté par l’Agglomération du Gard rhodanien et le Pôle d’équilibre territorial et rural (PETR) Uzège-Pont du Gard, le projet concerne 105 communes et près de 180 000 habitants.
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Les résultats présentés évaluent les besoins supplémentaires à 46,6 millions de mètres cubes d’eau par an à l’horizon 2050, principalement pour l’irrigation. Le schéma doit servir de feuille de route pour déterminer quels secteurs pourraient être approvisionnés, avec quelles ressources et à quel coût. Il concerne l’eau brute, une eau qui n’a pas été traitée pour devenir potable et qui peut notamment servir à arroser les cultures.
Une nouvelle étape après les enquêtes de terrain
Le travail s’appuie sur les enquêtes et les échanges engagés avec les agriculteurs et les communes. Selon Xavier Picot, ingénieur chargé du schéma à l’Agglomération, cette réunion marque la fin de la deuxième phase de l’étude. Il faut désormais passer du diagnostic à l’élaboration de scénarios, en tenant compte des besoins et des contraintes propres à chaque secteur.
Pour Cédric Clemente, vice-président de l’Agglomération du Gard rhodanien chargé de l’agriculture, l’enjeu est de préparer les vingt à trente prochaines années, au-delà d’un mandat. Jonathan Pire, vice-président du PETR Uzège-Pont du Gard, souligne également la nécessité d’une réponse collective : l’accès à l’eau engage l’avenir des exploitations, mais aussi l’emploi, l’économie et l’attractivité des communes.
L’irrigation représente l’essentiel des besoins
Le diagnostic rappelle les transformations du monde agricole. Depuis les années 2000, le territoire a perdu 45 % de ses exploitations et 16 % de sa surface agricole utile. Aujourd’hui, environ 3 190 hectares sont irrigués, soit 7 % des terres agricoles. L’enquête a recueilli 684 réponses, représentant environ 40 % des exploitations sollicitées.
Les demandes exprimées portent sur 13 500 hectares supplémentaires à irriguer. En étendant l’estimation à l’ensemble du territoire selon les hypothèses de l’étude, ce potentiel atteint 16 300 hectares. Les besoins supplémentaires pour l’irrigation sont ainsi évalués à 44,8 millions de mètres cubes par an à l’horizon 2050. Ces chiffres sont des projections destinées à préparer les décisions, et non des volumes de prélèvement déjà autorisés.
Préserver les productions et accompagner leur évolution
« On englobe toute l’agriculture », insiste Jocelyn Sigaud, représentant de l’association Les Porteurs d’eau. Créée à l’initiative de viticulteurs, l’association prépare une évolution de ses statuts pour accueillir davantage de représentants d’autres filières. Arboriculture, maraîchage ou oléiculture sont également concernés par l’accès à l’eau, avec l’objectif de préserver les rendements et la qualité des récoltes.
Cette réflexion prolonge les premiers ateliers, durant lesquels le maintien des cultures existantes et les possibilités de diversification avaient été évoqués. L’accès à l’irrigation pourrait ouvrir de nouvelles perspectives, mais il implique aussi de réfléchir à l’adaptation des cultures et à la manière d’utiliser l’eau. Les besoins agricoles se concentrent notamment pendant les mois où les ressources sont les plus sollicitées.
Le Rhône envisagé, parmi plusieurs pistes
Les possibilités de prélèvements supplémentaires dans les cours d’eau locaux et les nappes souterraines sont limitées. Le Rhône apparaît donc dans l’étude comme la principale ressource susceptible d’être mobilisée. Son utilisation devra cependant respecter les autres usages du fleuve, ses équilibres écologiques et l’évolution de ses débits. Le remplacement de certains prélèvements existants est également étudié pour soulager les ressources les plus fragiles.
Comme l’explique Marie Ogé-Ganaye, il faut maintenant confronter les besoins aux ressources réellement disponibles. Acheminer de l’eau depuis le Rhône, stocker pendant les périodes pluvieuses pour l’été ou mobiliser une ressource locale : les solutions pourront varier selon les secteurs. Aucun aménagement n’est encore arrêté.
L’eau potable et les incendies également concernés
La démarche dépasse les seuls besoins agricoles. Sept communes signalent des difficultés d’approvisionnement en eau potable et 45 déclarent en utiliser pour des usages non domestiques. Lorsque cela est possible, le recours à l’eau brute pourrait permettre de préserver l’eau destinée à la consommation. La présence du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) doit aussi permettre d’intégrer les besoins de la lutte contre les incendies.
Aux côtés des collectivités, de la Chambre d’agriculture et des représentants des bassins versants, l’État accompagne la réflexion. Sébastien Ferra, directeur de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Gard, souligne les enjeux d’aménagement du territoire et de maintien de la production alimentaire. Ce dialogue doit également permettre de préciser les contraintes administratives et environnementales avant les éventuelles demandes d’autorisation.
Des scénarios à discuter début 2027
Les scénarios d’approvisionnement doivent être travaillés en novembre et décembre 2026. Des ateliers de concertation sont ensuite prévus en janvier et février 2027, autour de trois secteurs, pour recueillir les observations des acteurs locaux. L’objectif est de finaliser le schéma en avril ou mai 2027.
Cette échéance concerne le document de planification, pas la mise en service des futurs équipements. Les aménagements, leur coût et leur financement devront encore être précisés. Pour Jonathan Pire, la suite demandera la mobilisation de tous les partenaires : « C’est un projet ambitieux. »